Les Français face à l’alimentation : une spécificité qui s’affirme

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Au début des années 2000, plusieurs enquêtes pilotées par le sociologue Claude Fischler ont permis d’apprécier les spécificités de l’attitude des Français envers l’alimentation. Et d’établir des comparaisons, notamment avec les Américains. Dix ans plus tard, une nouvelle enquête montre que les Français restent plutôt fidèles à leurs valeurs.

En 2001, la Fondation Nestlé France a lancé une enquête sur l’alimentation auprès d’un échantillon représentatif de 2.100 Français de 18 ans et plus. Organisée par Claude Fischler, directeur de recherche au CNRS, l’enquête a été renouvelée dans les mêmes conditions 10 ans plus tard.

Entre-temps, le sociologue a aussi réalisé en 2002 avec l’OCHA [1] une série d’enquêtes comparatives sur l’alimentation dans plusieurs pays : France, Italie, Royaume-Uni Suisse, Allemagne et Etats-Unis. Les résultats ont été publiés et commentés dans un ouvrage paru en 2007 [2].

Alimentation plaisir et alimentation santé

On y voyait que les Français entretiennent un rapport très particulier avec l’alimentation. Surtout si on les compare aux Américains. Les Français se préoccupent d’une alimentation saine, mais ils portent aussi beaucoup d’attention à la qualité des produits, au plaisir de manger et d’être ensemble. L’alimentation revêt pour eux une dimension sociale, collective. Aux Etats-Unis, à l’opposé, elle est une affaire quasi strictement nutritionnelle. On la voit sous l’angle des calories et des nutriments : glucides, lipides, protéines, etc.

Elle met aussi en cause la responsabilité individuelle, avec l’angoisse de faire les bons choix alimentaires. En France, la santé n’est pas absente des préoccupations, mais on a tendance à penser qu’elle découle tout naturellement de la modération, de l’équilibre et de la qualité de l’alimentation.

Le « modèle français » persiste

Dix ans plus tard, l’enquête de 2011 [3] montre que les Français se seraient très peu américanisés ou mondialisés. S’il y a des changements, ils vont plutôt dans le sens de l’affirmation de la spécificité française.

Les Français confirment ainsi leur attachement aux repas réguliers. Ils continuent à réprouver ou à ne pas encourager le grignotage et les snacks à toute heure. Ils confirment aussi leur préférence pour les vitamines naturelles, présentes dans les aliments. Se méfient des médicaments et des compléments alimentaires. Et se déclarent aussi de moins en moins favorables aux régimes. Même si, dans les faits, les régimes sont encore largement pratiqués, les Français semblent y être plus opposés encore qu’en 2001.

Enfin, ils continuent à accorder une grande importance à la convivialité. Les enquêteurs interprètent ainsi le fait qu’au restaurant les groupes de convives français partagent l’addition à parts égales. Si l’on exclut les invitations où une personne paie pour tout le monde, une autre manière de procéder serait que chacun règle exactement ce qu’il a mangé. En France, l’addition divisée en parts égales pourrait signifier que les Français rémunèrent, en quelque sorte, le plaisir d’être ensemble !

[1] Observatoire CNIEL des Habitudes Alimentaires.

[2] Claude Fischler et Estelle Masson, Manger, Français, Européens et Américains face à l’alimentation, Odile Jacob, 2007.

[3] Enquête Fondation d’Entreprise Nestlé France 2011 : « Manger : mode d’emploi, évolution des comportements alimentaires pendant la dernière décennie. On peut aussi consulter Claude Fischler.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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