Les Français et leur ventre

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D'après le Baromètre Ipsos Santé-Activia « Mon ventre en positif » de janvier 2011, le ventre est le premier objet de complexe des Français et source de nombreux petits maux du quotidien. Alors qu'un Français sur deux déclare vouloir aimer son ventre, celui-ci est souvent maltraité par nos habitudes alimentaires et par notre mode de vie. Il est pourtant un partenaire de notre équilibre et de notre bien-être. Il est le réceptacle de nos émotions, symbole de la maternité, source de plaisirs. Et c’est pour cette raison qu'il est important de le chouchouter !

Avoir « du coeur au ventre », « l’estomac noué » ou « la peur au ventre », nombre d’expressions traduisent le lien entre les émotions et la partie centrale de notre corps. Les anciens le savaient déjà, notre ventre est un centre énergétique, un centre de gravité et un centre émotionnel. Le stress et le trac sont les émotions ressenties dans le ventre les plus citées [4].

Alors que nos civilisations occidentales ont longtemps associé la région abdominale aux seules fonctions d’assimilation et d’élimination des aliments, on n’hésite plus, depuis les travaux du Pr Gershon [1], à présenter l’intestin comme un deuxième cerveau.

Le ventre, notre deuxième cerveau

Ce deuxième cerveau, logé au sein de notre corps et que l’on appelle le système nerveux entérique, est composé de neurones ( plus de 100 millions ! ), de neurotransmetteurs et de protéines, tout comme le cerveau « d’en haut » avec qui il interagit de manière autonome. Se noue alors un dialogue invisible entre ventre et cerveau.

Physiologiquement, nos « deux cerveaux » sont en relation étroite et permanente, morphologiquement, ils sont connectés par l’intermédiaire du « nerf vague » ou pneumogastrique et coopèrent grâce à différents neurotransmetteurs dont la sérotonine et la mélatonine.

Le ventre est bien structurellement et neuro-chimiquement un second cerveau, une parfaite unité fonctionnelle intégrée, capable d’apprendre, de se souvenir et d’engendrer émotions et sentiments. On peut, à son sujet, parler d’une véritable « intelligence viscérale » [2].

Maux de ventre, ou « mots » de ventre ?

Toutes les tensions psychiques ou physiques ont leur écho dans le ventre et toute altération de l’un des systèmes nerveux se répercute sur l’autre. Plus prosaïquement, lorsque la tête va mal, c’est entre autres, le ventre qui trinque !

Lors de périodes de stress, d’anxiété ou d’ennuis divers, il est fréquent que le ventre s’agite, se gonfle, se tortille, se crispe ou se vide. 88% [3] des Français déclarent avoir de temps en temps des soucis de confort digestif.

Mais ces maux ont une raison d’être : à travers l’inconfort qu’il génère, le ventre appelle l’attention sur lui, envoie un signal pour agir... avec ses mots à lui ! C’est une manifestation de l’élan vital qui émane alors de l’abdomen. Quoique douloureuse, elle est positive, car elle incite à rechercher une solution à cette situation.

La force vient du ventre, il faut le chouchouter !

En pratique, la nutrition est une voie qui a fait ses preuves. De nombreux hépatogastroentérologues font appel à des diététiciens pour apporter des recommandations alimentaires aux patients (orientation vers des fibres spécifiques, recommandations de probiotiques aux effets scientifiquement étayés...). En complément de la nutrition, des techniques douces et à la portée de tous permettent de soulager le ventre, comme les auto-massages, les étirements, le yoga.

« La renaissance du ventre »

David Le Breton, sociologue du corps, auteur de « Anthropologie du corps et modernité » (PUF), « La sociologie du corps » (PUF)

A l’image de l’oeuvre de Rabelais, longtemps dans nos sociétés occidentales les traditions populaires ont valorisé le corps, la sexualité, le boire et le manger. Une géographie joyeuse du corps s’attache à valoriser le bas corporel, particulièrement le ventre et les organes génitaux, à travers des actes comme l’accouplement, la grossesse, l’accouchement, le fait de manger ou de boire, la satisfaction des besoins naturels.

La dévalorisation du ventre, ou du bas corporel en général, accompagne le mouvement d’individualisation qui s’annonce à la Renaissance. Cette axiologie de la structure corporelle méprise désormais le ventre ou les organes génitaux, lieux de la vulgarité, et valorise le visage, les yeux, les lèvres, c’est-à-dire les lieux du corps voués à la communication, ou la poitrine et le coeur comme espaces symboliques de la pureté, de la spiritualité, de l’amour au sens noble. Le ventre est considéré comme un organe péjoratif, malencontreux. Lieu de l’embonpoint, il est associé au relâchement, au manque de caractère, à la lourdeur.

Ces dernières années, on redécouvre la valeur du ventre, assimilé à la maternité par sa rondeur, sa douceur ou associé à l’érotisme, comme le montrent certaines oeuvres cinématographiques ou photographiques. En outre, la diffusion des marques corporelles au sein des jeunes générations a contribué à une transformation profonde du statut du ventre. Le piercing au nombril ou un discret tatouage à son entour ont restauré la noblesse du ventre et le chargent d’une valeur érotique. L’expérience montre d’ailleurs que même un ventre un peu replet s’affiche ainsi avec fierté. Le ventre et le nombril entrent aujourd’hui dans un renouveau de leur histoire symbolique.

« Dans l’intimité du ventre »

Bernard Andrieu, philosophe du corps, auteur de « Philosophie du corps » (Vrin), « Le monde corporel » (ed.L’âge d’homme)

Le ventre s’exprime à travers deux dimensions : esthétique et émotionnelle. Il est le symbole de notre histoire à travers le nombril dont on est fier et que l’on souhaite valoriser. Décoré, percé et massé, le nombril s’expose à travers les vêtements. L’objectif est d’attirer le regard et de le rendre désirable, il représente une porte d’entrée dans l’intimité de la peau à travers une dimension esthétique.

En Europe, le ventre exprime nos émotions inconscientes. Bloquant notre respiration ou retenant notre souffle, les plis du ventre montrent notre réaction intime aux évènements.

Le massage sensitif est aussi une approche thérapeutique originale pour restaurer cette confiance corporelle par un toucher intime basé sur l’interaction du physique et du psychique. À partir de touchers spécifiques bien définis, associés à la respiration, la caresse du ventre représente un moyen de libre expression corporelle du « massé ». Elle permet également une détente générale profonde et une nouvelle relation à soi-même et à autrui...

« Mon ventre le l'aime »

Justine, danseuse du ventre

« Dans la danse orientale, le ventre joue un rôle très important. Il est souvent dénudé, exposé, mais aussi décoré et accessoirisé. La danse orientale associe les mouvements du haut et du bas du corps. Le ventre représente une frontière naturelle et agit comme un lien entre les deux parties. Il est très sollicité à chaque mouvement car la particularité de la danse orientale est que l’on peut solliciter une seule partie du corps comme toutes à la fois. C’est un outil de travail très important pour moi, il incarne à la fois ma sensualité et la maîtrise de mon corps ».

Stéphane André, professeur en art oratoire, auteur du livre « Le secret des orateurs », éditions Stratégies

« Toute la force de l’expression part du ventre et pourtant, son travail est invisible. Muscle dynamique du ventre, le diaphragme crée la pression de l’air laquelle permet la diffusion des précieuses harmoniques de la voix. Celles-ci transmettent la sensation que l’orateur a de son texte et transforment ce texte en message. Sans ventre, il n’y a pas d’émotions, pas de sensations, et donc pas de sens au discours ni de jeu d’acteur. Chez un comédien qui a vingt ans de métier, le diaphragme est trois fois plus épais que chez un homme du même âge. C’est d’ailleurs au niveau du ventre qu’un comédien ressent le trac, on dit qu’il est noué. Pour un orateur, une bonne posture permet le passage de la colonne d’air, c’est donc le premier acte de soin du ventre ».

Pour connaître les résultats du Baromètre Ipsos Santé/Activia, consulter "Le ventre, premier objet de complexe des Français".

Références :

  1. Neurogastroentérologue, professeur d’anatomie et de biologie cellulaire au Centre médical Columbia Presbytérien de New-York, auteur du livre « the second brain »
  2. Pr. Michael Gershon et son livre « The Second Brain : a groundbreaking new understanding of nervous disorders of the stomach and intestine», Michael D. Gershon, Ed. Harper-Perrenial, New-York, 1999
  3. Etude Ipsos-Activia « Les Français et leur ventre » mai 2008
  4. Baromètre Ipsos Santé-Activia – « Mon ventre en positif » janvier 2011

(D'après la conférence de presse Activia sur le thème « Les Français et leur ventre » du 27 janvier à Paris)

Source : Alexandre Glouchkoff

SOURCE : Toute la diététique !

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