Les enjeux de l’alimentation pour un « vieillissement réussi »

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La population des seniors est très hétérogène vis-à-vis du vieillissement. A âge égal, les uns sont actifs et en bonne santé, les autres sont plus fragiles, moins actifs et à risque de pathologies, d’autres enfin sont atteints de maladies aiguës ou chroniques, et parfois déjà aussi entrés dans la dépendance. La durée de vie a beaucoup augmenté et l’objectif d’un vieillissement réussi, défini comme l’absence de pathologie et de handicap, permettant un haut niveau d’activité physique, cognitive et sociale, apparaît comme une priorité.

Les enjeux de l’alimentation pour un « vieillissement réussi » - Crédits Photo : © vgstudio istockphoto.com On dispose de davantage d’études sur les maladies associées au vieillissement que sur le bien-être, les capacités fonctionnelles, la qualité de vie... Si le vieillissement primaire est lié à des facteurs génétiques, le vieillissement secondaire peut être accéléré par les maladies, mais aussi par la manière de s’alimenter. Il est ainsi possible de prévenir le « mauvais vieillissement » en portant notamment attention à la nutrition. Le vieillissement a un impact sur la manière de s’alimenter, du fait de changements physiologiques comme la perte d’appétit, le rassasiement précoce, la diminution du goût.

Réciproquement, l’alimentation a un impact sur le vieillissement : il faut continuer à avoir des apports énergétiques satisfaisants en quantité et en qualité. L’exercice physique modéré améliore par ailleurs l’efficacité de ces apports. D’où l’intérêt d’observer les recommandations du Programme national nutrition santé après 55 ans, qui propose deux leviers pour le vieillissement réussi : « la santé en mangeant et en bougeant ».

Sur quels mécanismes du vieillissement l’alimentation peut-elle intervenir ?

Grâce à des apports suffisants de protéines, l’alimentation peut favoriser le maintien de la masse musculaire qui diminue physiologiquement avec l’âge (sarcopénie). Grâce au calcium, à la vitamine D et aux protéines, elle permet aussi de lutter contre la diminution de la masse osseuse (ostéoporose). Sarcopénie et ostéoporose sont en effet des facteurs de risque de chute, de fractures et, à terme, de dépendance. Grâce à des apports suffisants de vitamines et de minéraux antioxydants, l’alimentation favorise aussi la diminution du stress oxydatif, accélérateur principal du vieillissement. Elle permet aussi de conserver un équilibre pondéral satisfaisant. Un excès de poids important peut favoriser la résistance à l’insuline et le diabète.

Mais l’amaigrissement et la perte de poids sont aussi très dangereux et difficiles à « récupérer ». On n’insiste pas assez sur la gravité des risques liés à la dénutrition. Alors qu’une surcharge pondérale modérée serait même bénéfique en termes de mortalité et de maintien de la masse osseuse ! Enfin, l’alimentation joue un rôle important pour les fonctions cognitives : aucun organe ne dépend autant des apports nutritionnels que le cerveau. En plus du glucose, la plupart des nutriments de base sont requis pour maintenir en permanence une fonction cérébrale normale. Plusieurs études ont montré que le risque de démence sénile pouvait varier en fonction de facteurs alimentaires.

En pratique, quelle alimentation pour les seniors soucieux de réussir leur vieillissement ?

Les besoins alimentaires ne diminuent pas avec l’âge. Au contraire, l’utilisation des nutriments par l’organisme est moins bonne : ce métabolisme énergétique moins efficace rend nécessaire de manger autant sinon plus ! L’équilibre alimentaire doit être préservé, avec des apports corrects de macro et micronutriments, en optimisant l'alimentation. Il s'agit de ne pas manger moins, mais de manger mieux. Pour préserver la masse musculaire, des apports de protéines de bonne qualité biologique sont indispensables (viande, poisson, oeufs, produits laitiers). Les protéines et le calcium (produits laitiers) favorisent aussi le maintien de la masse osseuse.

Pour le maintien des fonctions cognitives, on connaît le rôle des acides gras et des vitamines : poisson, huiles, aliments riches en oméga 3. Fruits et légumes sont au nombre des aliments recommandés. Le rythme des repas (trois, plus éventuellement le goûter) sera maintenu. Les grignotages restent déconseillés. Les régimes et les restrictions ne sont pas justifiés chez les seniors en bonne santé, car le maintien du poids est essentiel.

Il est aussi très important d’assurer au corps un niveau d’hydratation correct : ce qui implique de « boire sans soif », et suffisamment, tout au long de la journée (eau, thé, café, lait, tisanes, jus de fruits...), car la sensation de soif diminue avec l’âge.

Enfin, il importe de veiller attentivement au maintien de l’appétit et du goût. Le recours aux aromates, l’enrichissement de l’alimentation peuvent être utiles. Le but est de conserver le plaisir de manger, ce qui dépend aussi des conditions économiques, sociales, psychologiques. Les faibles revenus, la solitude et l’absence de convivialité ne sont pas des éléments favorables. Les activités et contacts sociaux ont besoin d’être au maximum préservés.

A propos de Monique Ferry

Monique Ferry est chercheur Inserm à l’Université Paris XIII et médecin directeur du Centre départemental de prévention de Valence. Anesthésiste réanimateur de formation, elle a très vite orienté sa carrière dans le domaine de la nutrition. Après avoir montré l’importance de l’état nutritionnel sur la morbidité et la mortalité des patients âgés hospitalisés, Monique Ferry, devenue gériatre, s’est intéressée aux relations entre nutrition et vieillissement. Ses travaux ont porté sur le rôle de l’alimentation et de ses constituants dans certaines pathologies liées à l’âge mais aussi sur l’intérêt du dépistage et de la prise en charge précoce de toute malnutrition. Elle est membre de plusieurs commissions ministérielles et expert en nutrition du sujet âgé pour l’Afssa, la HAS...

(Monique Ferry, CDPRV, Valence - Colloque IFN « L'alimentation des seniors » de l'Institut Français pour la Nutrition - 02 décembre 2009)

SOURCE : Institut Français pour la Nutrition

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