Les enfants entretiennent avec la nourriture un rapport ludique qui s'apparente à des jeux interdits

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« On ne joue pas avec la nourriture ! » Au doux temps de l'enfance, combien de fois ne s'est-on pas fait servir cette réprimande à table par les adultes ? Et pourtant, qu'il était jouissif de transformer la purée de pommes de terre figée de notre assiette en un volcan en éruption d'où coulait une sauce brune maison changée en lave d'un autre monde. Le dessert comportait également son lot de plaisir ludique avec des biscuits dont on enlevait la garniture sucrée pour la manger séparément...

« Les enfants entretiennent avec la nourriture un rapport ludique qui s’apparente à des jeux interdits » - Crédit photo : www.alltombarn.se « Les enfants font preuve d’une imagination débordante quand il est question de nourriture », a révélé le sociologue Vincent Berry, lors d’une table ronde portant sur l’alimentation et la culture de l’enfance qui a eu lieu à l’occasion des 8e Journées de sociologie de l’enfance, les 1er et 2 octobre. Au cours de cette table ronde, des sociologues français ont partagé les fruits de leurs recherches sur la « ludoalimentation », plus connue en France sous le terme « Fun Food ».

Après avoir interrogé quelques enfants âgés de 4 à 12 ans et les avoir observés à table, Vincent Berry a constaté que le jeu avec les aliments prenait plusieurs formes :

  • Il y a d’abord les jeux d’habileté (bâtir une maison avec des frites, fabriquer de petits bijoux avec des pâtes non cuites et déshydratées);
  • les jeux d’incorporation (frotter un morceau de betterave sur la langue de manière à ce que celle-ci devienne écarlate, faire des lunettes avec de la mie de pain);
  • les jeux transgressifs (lancer des petits pois à son voisin d’en face) et enfin les jeux imaginatifs, comme lorsque le brocoli devient un arbre, cette dernière catégorie incluant également tous les mélanges inimaginables d’aliments et de saveur que les jeunes peuvent expérimenter.

« Les enfants peuvent aussi tomber dans la démesure et se vanter auprès des autres d’ingurgiter d’énormes quantités de nourriture, dit Vincent Berry. Je pense à un petit garçon qui disait à qui voulait l’entendre qu’il avait déjà repris sept fois d’un plat de viande lors d’un repas. En fait, il transgressait la norme qui dit qu’on doit manger raisonnablement ».

La mise à l’épreuve

Par ailleurs, les enfants repèrent très vite les aliments qui leur sont destinés, que ce soit au supermarché ou dans les publicités à la télévision : gommes à mâcher et bonbons emballés dans des papiers aux couleurs vives, biscuits en forme d’animaux, compotes de fruits en tube qu’on peut transporter et manger autrement, rien n’échappe à leur oeil de consommateurs avides d’aliments qui sortent de l’ordinaire. Ce qui ne signifie pas pour autant que les enfants n’ont aucun esprit critique face aux aliments, fait valoir Nicoletta Diaso, maître de conférences à l’Université Marc Bloch.

« Les enfants sont invités à entrer dans une culture enfantine par la consommation d’aliments qui leur sont destinés tout en étant constamment mis en garde vis-à-vis cette consommation, explique Nicoletta Diaso. La consommation est une mise à l’épreuve pour eux. On leur donne le feu vert, mais on les invite en même temps à bien se tenir, en somme, à ne pas tomber dans l’exagération ». Selon Nathalie Roucous, maître de conférences, Université Paris 13, les enfants font vite un lien entre leur santé et leur alimentation. « Grâce au discours ambiant, ils savent que manger trop salé ou trop sucré est nuisible, dit-elle. Malgré tout, ils continuent à consommer des chips ou des sucreries parce que le goût leur plaît et que c’est agréable à manger. Exactement comme les adultes ».

(Par Renée Larochelle - Journal de la communauté universitaire - Volume 45, numéro 7 - 08 octobre 2009)

SOURCE : Université Laval

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