Les enfants ayant un diabète : Privés de bonbecs ! Mais pourquoi ?

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A la fin des années 50, Henri Lestradet, Fondateur de l’AJD(1) clamait « Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats, ... », refrain d’une chanson inventée pour faire passer son message qui à cette époque était révolutionnaire : les enfants qui ont un diabète peuvent consommer des produits sucrés sans danger, mais sous certaines conditions. Pour beaucoup de médecins, c’était une provocation...

Pas de sucreries pour les enfants qui ont un diabète : une idée reçue qui a la vie dure !

Dans les années 70 / 80, les nombreuses études sur les effets hyper glycémiants des aliments (index glycémique (2)) sont venues confirmer les dires du Professeur Lestradet. Le sucre et les produits sucrés (chocolat, barres chocolatées, glaces, pâtisseries, biscuits…) ont un index glycémique moins élevé que certains produits céréaliers comme le pain blanc, les corn flakes ou la purée de pomme de terre. La prise des aliments au sein d’un repas atténue leur effet hyper glycémiant.

Aujourd’hui, il n’y a aucune raison de proscrire les produits sucrés de l’alimentation des personnes qui ont un diabète de type I. Pourtant, cette possibilité est encore discutée. Des soignants sont en effet toujours peu convaincus et certains parents considèrent qu’il faut priver « de bonbecs » leur enfant atteint de diabète.

Comme l’explique Nathalie Jaupitre, diététicienne au Centre Rey Leroux (3) : « Dans ma pratique quotidienne, je rencontre encore des jeunes qui ont un diabète, persuadés qu’il ne faut pas consommer de produits sucrés. Je constate que cette idée reçue persiste, auprès de leur entourage, auprès des parents, mais aussi certains professionnels de santé. Ils ont toujours à l’esprit que les produits sucrés sont des glucides à absorption rapide. La notion d’index glycémique est floue voir inconnue pour bon nombre de ces jeunes et leur famille … »

Pourtant les recommandations (4) des spécialistes mondiaux du diabète de l’enfant sont claires sur ce sujet. La consommation de saccharose (glucides des produits sucrés) est compatible avec un bon équilibre du diabète si elle ne dépasse pas 10% de l’apport énergétique total. Seules les boissons sucrées sont à éviter sauf éventuellement pour traiter les hypoglycémies.

« Au sein de l’équipe Rennaise», précise Docteur de Kerdanet, pédiatre diabétologue au CHU de Rennes,« nous encourageons les familles, si elles le souhaitent et en fonction de leurs choix éducatifs, à conserver une consommation raisonnable d’aliments sucrés et de friandises pour l’enfant qui a un diabète. Or depuis plus de 15 ans, les résultats moyens d’HbA1c (5) que nous observons sont toujours inférieurs à la moyenne nationale, oscillants entre 7,5% et 7,9 %. »

Une privation irraisonnée, une confusion toujours présente

Dans l’entourage des enfants et adolescents voire pour certains professionnels, on retrouve des confusions notamment avec le diabète de type 2 « Le mot diabète est encore synonyme de suppression des aliments sucrés. Ces indications assez fréquemment données aux patients qui ont un diabète de type 2, dans le but de limiter leur surpoids sont parfois prises en compte, à tord, par les familles touchées par un diabète de type 1 » explique Nathalie Jaupitre.

De même, certains diabétologues continuent à préconiser la suppression des aliments sucrés, pour éviter que l’enfant n’entretienne son goût pour le sucré et puisse ainsi maintenir plus facilement son équilibre glycémique. « Or, le plaisir ressenti lors de la consommation de glucose est inné, ce n’est donc pas un problème éducatif. Cela est d’ailleurs utilisé par les soignants pour calmer les nouveau-nés lors de gestes un peu douloureux : on leur fait sucer une solution de sérum glucosé… et ils sécrètent des endorphines qui les calment », précise le Docteur de Kerdanet.

Priver de bonbecs l’enfant qui a un diabète, plus un risque qu’une solution !

Les conséquences de la consommation de sucre en excès sont comme pour tout un chacun les caries et le surpoids… et pour ceux qui ont un diabète, les hyperglycémies et leurs conséquences néfastes à long terme.

Tout l’enjeu du traitement du diabète est de maintenir une glycémie la plus proche de la normale. Pour ce faire, l’enfant ayant un diabète s’injecte de l’insuline et contrôle sa consommation d’aliments contenant des glucides pour une bonne adéquation entre l’insuline injectée et les glucides consommés. Ceci n’implique en rien la suppression de tel ou tel aliment, y compris sucré ! Ce type de mesure radicale est inutile et peut conduire à des comportements non souhaitables pour ces enfants.

En effet, l’interdit génère chez l’enfant plus grand ou adolescent, des conditions favorables à la « transgression » et peut mener à des conduites d’autant plus difficiles à observer et canaliser pour les parents qu’elles seront cachées et excessives.

Pour le Docteur de Kerdanet, « Mieux vaut apprendre à ceux qui ont un diabète à consommer intelligemment ces aliments plutôt que leur interdire. Non seulement cela évitera des frustrations inutiles et contribuera à un meilleur épanouissement mais cela conduira, en évitant mieux ces erreurs liées au non-respect des interdits, à un meilleur équilibre. »

« Il n’y a aucun intérêt à supprimer les produits sucrés en cas de diabète. », ajoute Nathalie Jaupitre, « demander à un enfant de ne jamais manger de bonbon, c’est lui imposer une contrainte supplémentaire loin d’être anodine. Les sucreries sont un élément important dans la vie d’un enfant, ils sont présents dans de nombreuses situations, tels les goûters d’anniversaire et les fêtes et représentent un moment de partage, de socialisation. Les interdire peut au contraire encourager l’enfant à faire n’importe quoi et à l’insu de ses parents, au moment où il n’a pas forcément suffisamment d’insuline dans le sang, pour in fine, provoquer une hyperglycémie. »

Une contrainte d’autant plus inutile que ces enfants vivent avec une pathologie qui a un impact important sur leur quotidien : injections d’insuline, contrôle glycémique, contrôle de l’alimentation… pourquoi faudrait-il leur imposer une contrainte de plus sans justification ?

Vivre et profiter de sa vie d’enfant malgré le diabète, ça s’apprend

Lorsque le diagnostic de diabète est porté chez un enfant, les diététiciens jouent un rôle très important, celui de prendre du temps pour discuter de la place que tient le sucre dans la famille, comment ce dernier est utilisé, à quel moment il est consommé, etc… En effet, chaque famille est différente. Au sein de certaines, les sucreries sont omniprésentes et dans ce cas, il faudra apporter une limitation. Pour d’autres, leur consommation est plus rare et il n’y a pas de raison de ne pas respecter ce choix. « C’est très variable,» explique Nathalie Jaupitre, « le message doit donc être adapté à chacun. »

« La contrainte pour ces enfants est de ne pas manger d’aliments glucidiques entre les repas. Tout aliment contenant des glucides, même du pain, pris entre les repas engendrer une hyperglycémie. Quelques fois, les parents interdiront les sucreries mais donneront du pain à leur enfant entre les repas.» précise Nathalie Jaupitre.

« Il est tout à fait déconseillé de grignoter un « petit bout » de pain, même « sec », en dehors des repas ou d’un exercice physique. « 10 g de pain donneront l’équivalent en glucose d’un bonbon (5g) et l’absence d’insuline pour « ranger » ce glucose conduira à une hyperglycémie » explique le Docteur de Kerdanet.

La règle à suivre est donc de ne pas consommer d’aliments sucrés n’importe quand et de le faire en quantité « raisonnable ».

Au moment du repas, il est possible de consommer des aliments sucrés comme dessert. Par ailleurs, prendre un bonbon en plus en fin de repas ne provoque pas plus d’hyperglycémie qu’une bouchée de pain supplémentaire « pour saucer » ou une erreur de 20g dans la « ration » de riz ! Un exercice physique prolongé peut être une autre occasion pour manger des confiseries et d’autres aliments sucrés. La condition étant bien sûr de respecter les quantités adaptées à la dépense. Il est donc indispensable de bien se connaître.

De même, en accord avec ses parents, l’enfant peut prévoir pour un repas plus sucré, un goûter d’anniversaire par exemple, d’augmenter sa dose d’insuline injectée avant le goûter. En présence d’insuline le glucose, obtenu par la digestion des glucides, qui arrive dans le sang est rapidement intégré aux réserves du foie et des muscles et ne contribue donc pas significativement à augmenter la glycémie.

Bien connaître le fonctionnement du corps dans ce domaine est donc sûrement plus efficace que de suivre des recommandations sans les comprendre !

En pratique, quelques conseils !

A adapter toujours aux envies et aux habitudes de vie de la famille

Pour les repas principaux, 2 solutions :
  • Terminer le repas par un dessert sucré :
    • Si le dessert contient environ 20 g de glucides (un laitage sucré ou aux fruits, une crème, une mousse au chocolat, un esquimau….) il remplace le fruit.
    • Si le dessert contient plus de 20 g de glucides (pâtisserie), il faut également manger moins de féculent ou de pain.
  • Ajouter 1 ou 2 bonbons ou carré(s) de chocolat à la fin d’un repas sans rien changer à son repas
Pour le goûter :
  • Manger du pain avec du chocolat ou avec de la pâte à tartiner, des biscuits, une glace…les quantités consommées doivent être adaptées à l’insuline injectée avant le goûter. Les possibilités sont nombreuses
  • Pour les bonbons :
    • Prendre le goûter prévu et y ajouter 1 ou 2 bonbons en sus.
    • Pour en manger un peu plus, inclure les bonbons dans les quantités de glucides du goûter.
Dans le cadre d’une activité physique :
  • Les enfants raffolent des barres chocolatés ou aux céréales. Elles vont même augmenter progressivement la glycémie et sont intéressantes pour l’activité sportive. C’est le moment idéal pour eux de les consommer.
  • En cas d’effort intense et prolongé, ils peuvent en prendre plusieurs.
Dans le cas d’un repas de fête :
  • On sait à l’avance que l’enfant consommera beaucoup plus de glucides (apéritif, féculents, dessert sucré…). Avec l’aide du diabétologue, il convient d’adapter la dose d’insuline à ce repas.
Entre les repas, si l’enfant a une envie irrésistible de « sucré » :
  • Il reste malgré tout la solution des bonbons ou chewing-gum sans sucre (sucrés avec des édulcorants (6)), qui peuvent être pris à ce moment là.
Les boissons sucrées :
  • Elles restent déconseillées. Il est préférable de consommer occasionnellement des boissons light (sucrées avec des édulcorants).

Les conseils des professionnels doivent toujours être adaptés à l’enfant et sa famille en tenant compte du schéma de traitement par l’insuline, des goûts, des envies de l’enfant et des habitudes de vie de la famille. Le but étant de toujours laisser à ces enfants ayant un diabète cette notion de plaisir, indispensable, pour les aider à mieux vivre avec leur maladie !

(Sur la base d’un entretien avec Nathalie Jaupitre, Diététicienne au CHU de Rennes)

Références

  1. Association des Jeunes Diabétiques
  2. Index glycémique : un critère de classement des aliments contenant des glucides basé sur leur effet sur la glycémie
  3. Centre Rey Leroux (La Bouëxière 35) accueille des enfants ayant un diabète et des difficultés à accepter les contraintes de leur maladie.
  4. Recommandations de l’ISPAD – International Society for Pediatric and Adolescent Diabetes
  5. Hémoglobine glyquée
  6. Edulcorants : ils sont déconseillés aux enfants de moins de 3 ans

SOURCE : AFDN

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