Les édulcorants modifient la réponse cérébrale au sucre

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Les édulcorants favorisent-ils la prise ou la perte de poids ? Les données contradictoires publiées dans ce domaine alimentent une controverse sur laquelle une étude américaine, montrant que l'activation des aires cérébrales par la consommation de sucre diminue avec la consommation d’édulcorants, apporte un éclairage particulier.

Conditionnés par le goût

L’association établie par le cerveau entre le goût des aliments solides ou liquides et leur valeur nutritive supposée (plus précisément, leurs effets attendus en termes de satiété et de rassasiement) est un des mécanismes de régulation de la prise alimentaire. Ce phénomène de conditionnement par le goût risque d’être remis en cause chez les consommateurs d’édulcorants habituels puisqu’ils ont un goût proche de celui du sucre mais sans en avoir le contenu calorique.

Afin de vérifier cette hypothèse, une équipe américaine a utilisé l’IRM fonctionnelle pour rechercher une association entre l’activité cérébrale lors de l’ingestion de boissons sucrées et la consommation habituelle plus ou moins importante d’édulcorants.

Apports de l’IRM dans la réponse au goût sucré

Une expérimentation a été menée auprès de 26 sujets, dont 16 femmes, âgées en moyenne de 24,5 ans, de poids normal ou en surpoids. Un questionnaire a montré que leur consommation d’édulcorants variait de moins d’une fois par semaine (score 0) à 3 fois par jour (score 11). Après avoir bu 1 ml de sirops de saccharose diversement concentrés (12 concentrations de 0,045 à 2 mol/L) et présentés dans un ordre aléatoire, ils ont dû en apprécier l’intensité et le caractère plus ou moins agréable, à l’aide d’échelles visuelles adaptées.

La phase finale de l’expérimentation, conduite lors d’une autre journée, consistait à faire boire 7 fois de suite à chaque sujet 1 ml du sirop dont il considérait l’intensité forte, 1 ml du sirop dont il considérait l’intensité faible et 1 ml d’un sirop de contrôle sans goût. L’IRM fonctionnelle était effectuée en répétant 5 fois cette séquence.

Les édulcorants modifient la réponse cérébrale au sucre

L’IRM a montré deux pics d’activité répondant au contraste entre forte saveur sucrée et absence de goût : dans l’hémisphère droit, l’ensemble opercule rolandique et insula, et dans l’hémisphère gauche, l’ensemble insula-striatum.

L’analyse statistique a montré une forte corrélation négative entre la consommation habituelle d’édulcorants et l’activité mesurée d’une part dans l’amygdale (p = 0,011) et d’autre part dans une zone restreinte de l’insula (p = 0,014).

Ces données confirment le rôle de l’amygdale dans la représentation de la valeur nutritive (de l’utilité biologique) des aliments en fonction d’indices tels que le goût. Elles confirment également que la consommation régulière d’édulcorants pourrait dégrader la prédiction par le cerveau de la valeur énergétique des aliments sucrés.

(Rudenga K.J., Small D.M. "Amygdala response to sucrose consumption is inversely related to artificial sweetener use". Appetite, 2012, vol. 58, No. 2, pp. 504-507.)

SOURCE : CEDUS

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