Les déficits en vitamines et minéraux qui favorisent le cancer

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Si les déficits majeurs en micronutriments sont devenus rares aujourd’hui, le problème des sub carences est encore largement répandu. Dans les pays industrialisés, bon nombre de sujets ont des apports alimentaires inférieurs aux apports nutritionnels conseillés en fer, zinc, acide folique, vitamines B6, B9 et C. Ces déficits marginaux peuvent être à l’origine de dégâts métaboliques importants. Ainsi, des carences modérées en zinc ou en acide folique peuvent causer des altérations de l’ADN et faire le lit de cancers.

Micronutriments : une étude complexe

On a longtemps étudié les relations alimentation et cancer sous le seul angle de l’exposition à des carcinogènes. Or les conséquences de déficits en substances protectrices d’origine alimentaire sont tout aussi importantes, sinon plus… Au plan épidémiologique, l’effet protecteur des fruits et des légumes est la donnée la plus convaincante : la plupart des études montrent qu’une consommation réduite en fruits et en légumes double le risque de développer un cancer. Les mécanismes à l’origine de cette protection sont encore mal connus : actions anti oxydante, anti mitogène et anti mutagène… On peut évaluer le statut d’un individu micronutriments, à l’aide de marqueurs sanguins, urinaires ou tissulaires. C’est une approche limitée, un micronutriment n’étant jamais isolé : le bêta carotène et la vitamine C sont souvent associés et considérés tous les deux comme des marqueurs de la consommation de fruits et de légumes. Les quantités exactes de micronutriments fournis par l’alimentation étant difficiles à déterminer, l’approche la plus directe pour évaluer les effets de certains composés sur le risque de cancer, repose sur des études de supplémentation… On peut, par exemple, mesurer les altérations de l’ADN d’un petit nombre de sujets carencés en micronutriments, avant, pendant et après une supplémentation… Cependant, à part quelques essais isolés ayant montré une réduction du risque de cancer, il n’y a, pour l’heure, pas suffisamment de résultats validés pour en tirer des conclusions solides…

Acide folique et cancer : un lien étroit

Les données épidémiologiques suggèrent qu’un faible apport en folates augmente les risques de nombreux cancers, dont celui du colon. La carence en folates accroît également les risques de cancer du sein, du pancréas (chez les fumeurs), de l’estomac et de l’œsophage… Au plan physiopathologique, la déficience en acide folique augmente, in vitro, l’incorporation d’uracile dans l’ADN des lymphocytes humains. Ces anomalies conduisent à des lésions chromosomiques qui peuvent faire le lit des cancers. Elles sont corrigées par l’administration d’acide folique. Le lien acide folique/cancer a été récemment étayé par la découverte de mutations du gène codant pour la méthylène THF réductase (MTHFR), une enzyme qui réduit le méthylène tétrahydrofolate (THF) en méthyl-THF. Certaines de ces mutations augmentent les risques de cancers du colon.

Vitamines B12 et B6 : même combat

Un déficit en vitamine B12 peut conduire aux mêmes lésions chromosomiques qu’un déficit en folates. Tous deux entraînent une accumulation d’homocystéine dans l’organisme par défaut de sa méthylation en méthionine. Tout comme pour l’acide folique, un déficit en vitamine B12 provoque une accumulation d’uracile dans l’ADN et des modifications chromosomiques. Une carence en vitamine B6 est associée aux mêmes anomalies cellulaires. Diverses études ont montré qu’un apport en vitamine B6 réduisait les risques de cancer du colon chez des individus porteurs d’une mutation de la MTHFR.

Les dangers des radicaux libres

Les radicaux libres sont connus pour leurs effets mutagènes. Si des antioxydants comme la vitamine C ou la vitamine E peuvent agir comme anti mutagènes et anti carcinogènes, les études de supplémentation sont loin d’être concluantes… De nombreuses données expérimentales et épidémiologiques indiquent que la vitamine C protège contre le cancer de l’estomac. Rien de surprenant : les lésions oxydatives provoquées par l’infection par Helicobacter Pylori sont un facteur de risque de cancer gastrique… La consommation de fruits et de légumes frais, qui – doit on le rappeler ?- sont notre principale source de vitamine C, est un puissant facteur de protection. Des études réalisées chez l’homme ont montré que la vitamine C réduisait les niveaux de biomarqueurs des lésions oxydatives au niveau de l’ADN, des lipides et des protéines. En outre, un déficit en vitamine C pourrait aggraver les lésions chromosomiques consécutives à un déficit en folates.

Tabac et fertilité : danger pour la descendance

Le tabac est un puissant générateur de radicaux libres. Résultat : pour maintenir un même niveau plasmatique d’acide ascorbique, les fumeurs doivent consommer 40% de plus de vitamine C que les non fumeurs. Les fumeurs ont également un liquide séminal moins riche en acide ascorbique et on trouve plus de lésions oxydatives de l’ADN dans leur sperme… On peut s’interroger sur les conséquences sur leur descendance… Si peu d’études ont encore été menées sur ce sujet, on sait que les enfants des fumeurs ont un risque plus important de cancer durant l'enfance. Une étude menée en Chine en 1997 a révélé qu’il y avait 3 à 4 fois plus de lymphomes, de leucémies lymphoïdes aiguës et de cancer cérébraux dans la descendance des fumeurs…

Fer et zinc : essentiels au fonctionnement cellulaire

Les relations fer et cancer ont été longtemps limitées aux seuls excès : trop de fer catalyse les oxydations in vitro et s’associe à un plus grand risque de cancer, en particulier colorectal. Mais un déficit en fer (qui touche une femme sur 4) peut également conduire à des altérations oxydatives de l’ADN. En effet, de nombreuses enzymes de défense contre les radicaux libres, comme la catalase et l’hème oxygénase II, ont besoin de fer. Il n’y a cependant pas de preuve épidémiologique qu’un déficit en fer est associé à un plus grand risque de cancer. Le zinc est l’un des éléments intracellulaire les plus abondants. Il entre dans la constitution de protéines de liaison à l’ADN, d’enzymes de protection comme la superoxyde dismutase, du récepteur aux œstrogènes et de protéines de transmission synaptiques… Un déficit en zinc peut altérer les fonctions d’enzymes de réparation de l’ADN, ce qui peut favoriser la survenue de tumeurs… Chez le rat, un déficit en zinc peut provoquer des cassures chromosomiques d’origine oxydative, liées à un défaut d’action de la superoxyde dismutase. On a pu montrer chez l’homme qu’une carence en zinc pouvait favoriser la survenue d’un cancer de l’œsophage. Enfin, le zinc est également un élément essentiel pour le développement testiculaire et la spermatogenèse. Un déficit en zinc est susceptible de favoriser les lésions oxydatives de l’ADN testiculaire ce qui pourrait contribuer à la survenue de cancer dans la descendance.

Augmenter la consommation de fruits et de légumes

Plus de quarante micronutriments doivent être apportés par l’alimentation. Les déficiences peuvent être sources de lésions de l’ADN et, donc, de cancer. Pour pallier ces risques de carences, diverses approches sont possibles : améliorer les habitudes alimentaires, enrichir les aliments ou favoriser la prise de compléments nutritionnels… Ces derniers ne sont pas sans risque quand les doses consommées dépassent les apports nutritionnels recommandés. De manière pragmatique, les personnes qui consomment peu de fruits et de légumes sont les plus exposées aux déficiences en acide folique et en vitamine C. Pour les autres micronutriments d’origine non végétale, comme le fer, le zinc ou la vitamine B12, la nécessité d’une alimentation équilibrée s’impose. C’est la meilleure façon d’apporter à l’organisme l’ensembles des éléments protecteurs, connus ou moins bien connus encore. C’est aussi la certitude de minimiser la survenue de lésions de l’ADN, de réduire les risques de cancer, d’améliorer la santé et de prolonger la vie dans de bonnes conditions.

SOURCE : Aprifel

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