Les cosmétiques oraux : des produits de beauté qu'on avale

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Cléopâtre prenait déjà des bains de lait... Ensuite sont venus les masques au concombre ou au yaourt, qui donnent au visage un teint de pêche. Les cheveux friands de bains d'huile d'olive, de rinçages au citron ou au vinaigre... À coté de ces recettes de grand-mère, « prêtes à être tartinées », apparaissent aujourd'hui sur le marché de petites gélules « prêtes à être avalées » et baptisées « cosmétiques oraux ». Elles sont censées nous rendre plus beaux et aider notre peau à lutter contre le vieillissement... Quels sont leurs indications et leur mode d'emploi ? Sont-elles « sûres » ? Pour en savoir plus, Nutrinews a rencontré le Dr Martine Pellae, nutritionniste à l'hôpital Bichat à Paris.

Les « cosmétiques oraux » sont-ils des aliments ou des médicaments ?

Dr Martine Pellae : Les cosmétiques oraux sont au carrefour de la nutrition et de la cosmétologie. Ce sont des compléments alimentaires « à visée beauté », censés améliorer l'équilibre physiologique de la peau, des cheveux et/ou des ongles, grâce à l'apport - à des doses nutritionnelles - de nutriments administrés par voie orale.

Ni aliments, ni médicaments, ces produits s'adressent aux personnes en bonne santé et ont un statut et une réglementation particuliers. Ils sont régis par des directives européennes et des décrets nationaux. Ainsi en France - depuis mars 2006 - ils doivent, faire l'objet d'une déclaration de commercialisation aux autorités compétentes : AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) et DGCCRF (Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes).

Qu'apportent ces produits à notre peau, à nos cheveux ou à nos ongles ?

Dr M.P. : Tout ce que l'on trouve dans les aliments : des vitamines, des minéraux, des acides aminés, des acides gras essentiels, des polyphénols, des extraits de plantes... Mais sous forme concentrée. Certains de ces nutriments sont d'origine naturelle, d'autres sont des produits de synthèse. Leur origine dépend en fait de quatre critères :

  • la sécurité : la vitamine C naturelle, par exemple, est trop fragilisée par l'extraction, et l'on utilise préférentiellement de la vitamine C de synthèse;

  • la bio-disponibilité : les acides gras oméga 3, extraits d'huiles végétales ou d'autres sources naturelles, ont une meilleure assimilation que les oméga 3 d'origine synthétique;

  • la pureté : des acides aminés soufrés particulièrement concentrés dans les huîtres, peuvent être contre-indiqués sous cette forme naturelle chez les personnes allergiques aux crustacés. La forme de synthèse, plus pure, est donc privilégiée;

  • la technologie : certains constituant actifs comme les probiotiques ou les extraits de thé ne peuvent pas être synthétisés, et leur origine est donc naturelle...
Ces produits sont-ils efficaces et peut-on vraiment croire à leurs « promesses beauté » ?

Dr M.P. : La législation encadrant ces produits a beaucoup évolué et permet de gagner en qualité et en sécurité, en apportant certaines garanties quant à l'effet attendu. Ainsi, des quantités minimales et maximales pour chaque nutriment ont été fixées et les allégations sur ces produits doivent être étayées par des preuves scientifiques. Une hiérarchisation des allégations fixe la nature des preuves scientifiques nécessaires pour soutenir les revendications de chaque produit.

Ainsi, pour reconnaître à la vitamine E des actions antioxydantes ou au zinc une action sur les cheveux, des références à des publications scientifiques suffisent.

Pour pouvoir revendiquer des « contribue à » ou « favorise », des dosages d'efficacité et des études en tubes à essais faisant la preuve des propriétés alléguées sont nécessaires (par exemple : le produit X contribue à la synthèse du collagène).

Pour revendiquer des actions directes, du type « corrige, renforce, optimise », des preuves cliniques de l'efficacité du produit chez l'homme (études contre placebo) sont indispensables (par exemple : le produit X ralentit le vieillissement cutané).

En pratique, comment utiliser ces cosmétiques oraux ? Y a-t-il danger à en consommer trop ?

Dr M.P. : L'important reste toujours et avant tout l'alimentation. Un alimentation variée et équilibrée suffit généralement à assurer tous les besoins de l'organisme. Ces produits ne sont que des « compléments », qui peuvent avoir un intérêt beauté pour des personnes ayant par exemple une alimentation peu satisfaisante.

Une étude menée en 2003 par l'AFFSA a montré que leur consommation n'engendrait généralement pas d'apports excessifs en nutriments, mais il est vrai que certaines utilisatrices (ce sont pour beaucoup des femmes) en consomment souvent plusieurs à la fois, sans toujours savoir si cela est souhaitable.

Il est alors préférable qu'elles fassent appel à un nutritionniste, qui vérifiera que les limites maximales journalières ne sont pas franchies et, dans un second temps, répartira les prises dans la journée pour optimiser l'assimilation de chaque nutriment et garantir une meilleure efficacité.

L'offre de cosmétiques oraux est de plus en plus large et choisir le « bon produit » n'est pas chose aisée... Quels conseils pourriez-vous donner ?

Dr M.P. : Il est important de s'assurer de deux points essentiels : l'efficacité et la sécurité du produit. L'efficacité sera intimement liée à la formule proposée, à l'assimilation optimale des actifs, et devra être garantie par des preuves d'efficacité clinique (ne pas hésiter à les demander).

La sécurité dépendra de la composition et des dosages des actifs, de la conservation de la formule aussi. Elle repose aussi sur les précautions d'emploi (ne pas laisser à la portée des enfants, ne convient pas aux femmes enceintes, prendre à distance d'une prise de fer, etc.) et sur les conseils éventuels de conservation. La date limite d'utilisation et le numéro de lot doivent apparaître sur chaque boîte.

Pour résumer, je conseillerais d'acheter ces produits dans des magasins spécialisés ou en pharmacie, de choisir des produits « de marque», de demander conseil à un professionnel de santé, et de ne pas oublier que l'important est de toujours garder une alimentation la plus variée et équilibrée possible.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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