Les compléments alimentaires : utiles ou futiles ?

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Les compléments alimentaires se présentent sous forme de « doses », en pastilles, gélules, ampoules... Contenant vitamines, minéraux ou autres substances, ils sont essentiellement commercialisés en pharmacie et en grande distribution. Ces dernières années, leurs ventes n'ont cessé d'augmenter: 20 % de plus en pharmacie entre 2003 et 2004. Les indications les plus porteuses sont le stress, la minceur, la ménopause, la recherche de tonicité. Mais ces pilules sont-elles vraiment efficaces ?

Une définition réglementée

La directive européenne du 10 juin 2002 a tranché : les compléments alimentaires relèvent de la même législation que celle des denrées alimentaires : ce ne sont donc pas des médicaments. Leur but est de compléter le régime alimentaire normal en apportant des substances ayant un effet nutritionnel et/ou physiologique sous forme concentrée. Restent à définir les substances concernées et les quantités.

Une composition variable en qualité et en quantité

La directive donne un liste de 13 vitamines et 15 oligo-éléments autorisés au sein de l'Union européenne. Mais d'autres ingrédients, tels des extraits de plantes ou des acides aminés, peuvent être admis au sein de chaque État membre. En France, par exemple, un fabricant qui souhaite ajouter une substance non mentionnée dans la directive peut demander un avis auprès de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Pour cela, il doit déposer un dossier démontrant l'intérêt de ces ingrédients. Quant aux quantités, d'une part, elles doivent être suffisantes pour que le consommateur bénéficie des effets escomptés.

D'autre part, elle ne doivent pas dépasser une limite maximale, au risque d'effets indésirables, voire toxiques. La directive de 2002 ne précise pas ces valeurs minimales et maximales. Pour fixer les doses, le fabricant doit tenir compte des apports liés à l'alimentation quotidienne et des recommandations établies pour la population. En attendant la nouvelle législation européenne, il est invité à suivre les recommandations françaises du Comité scientifique de l'alimentation humaine, qui a proposé des limites supérieures de sécurité.

Un étiquetage précis

Les règles d'étiquetage des compléments alimentaires reprennent celles des aliments. La dénomination de vente est donc « complément alimentaire ». L'étiquette indique la liste des ingrédients présents, les quantités, la portion quotidienne recommandée, avec un avertissement sur les risques pour la santé liés à un excès éventuel de consommation.

Il est précisé que le complément alimentaire ne remplace pas une alimentation diversifiée et qu'il doit rester hors de portée des enfants. Un complément alimentaire ne peut se vanter de guérir, traiter ou prévenir des maladies, mais il peut alléguer des propriétés fonctionnelles (par exemple: « participe à la régulation du transit intestinal »). Depuis le 1er août 2005, tout complément alimentaire mis sur le marché doit respecter cet étiquetage.

Des bénéfices discutés

L'étude française SU.VI.MAX a montré une diminution des risques de cancers et de décès dans un groupe d'hommes volontaires ayant pris des compléments alimentaires composés de 5 antioxydants. En revanche, aucun effet sur les maladies cardiovasculaires... Chez les femmes, par contre, les chercheurs n'ont noté aucun effet des suppléments, que ce soit sur le cancer, la mortalité ou les maladies cardiovasculaires... Au départ de l'étude, les femmes avaient un statut biologique en vitamines plus élevé que celui des hommes. Ce qui explique peut-être pourquoi la supplémentation n'a eu de bénéfice que chez ces derniers (dont le statut nutritionnel était initialement bas). D'autres études montrent des résultats divergents, voire même des effets nocifs des compléments.

Des indications pas toujours validées

Les preuves de l'efficacité des compléments alimentaires pour lutter contre le stress ou les effets de la ménopause sont discutables et restent à établir. Il en est de même pour toutes les allégations portant sur le bien-être. Les effets sur la minceur ne sont également pas démontrés ; toutefois, les compléments à base de vitamines et de minéraux peuvent être utiles chez les personnes suivant des régimes restrictifs ou des diètes protéiques pouvant entraîner certaines carences. Vis-à-vis des compléments à base de plantes, il faut retenir qu'une plante peut être à la fois naturelle et nocive. Certaines, comme l'Ephedra, ont été interdites à la vente après détection d'effets secondaires graves (accidents cardio-vascu-laires, psychose, décès...). En attendant la directive de 2007, les fabricants sont invités à suivre les recommandations du rapport de l'Afssa, en particulier les règles de sécurité sur l'utilisation des plantes. Et à faire valider leur produit par les experts. Mais cette évaluation n'étant pas obligatoire, il n'est pas impossible que des produits à risque soient commercialisés (notamment via Internet..).

Une grande prudence et une utilisation ciblée

La plus grande prudence est donc conseillée concernant la prise de compléments alimentaires. Et ce d'autant plus qu'une alimentation adaptée et variée permet de répondre aux besoins nutritionnels de la grande majorité des individus. Seuls certains groupes bien ciblés, à risque de carence pour des nutriments donnés, pourraient bénéficier des compléments alimentaires. Par exemple, des femmes en âge de procréer ne consommant pas suffisamment d'acide folique (ou vitamine B9). En effet, en cas de grossesse, des apports adéquats de vitamine B9 préviennent certaines malformations chez le fœtus. Si les conseils alimentaires appropriés se révèlent insuffisants, une supplémentation en acide folique peut s'avérer nécessaire...

En somme, il existe peu d'indications qui amènent à prendre des compléments alimentaires. Il est, de plus, préférable de toujours être vigilant, car des effets indésirables restent possibles pour certains d'entre eux. Dans tous les cas, les conseils d'un médecin ou d'un diététicien seront les bienvenus.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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