Les cantines scolaires face aux allergies

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« Si j’aurais su, j’aurais pas venu » disait l’écolier Petit Gibus dans le célèbre film d’Yves Robert en 1961. Ce n’était déjà pas de la cantine qu’il parlait. Aujourd’hui, même allergique, Petit Gibus n’y connaîtrait pas la guerre des boutons.

« Les cantines scolaires face aux allergies ? » - Crédit photo : www.andrm.fr Le handicap, quel qu’il soit, constitue encore aujourd’hui un frein majeur à l’intégration sociale. Pourquoi ne serait-ce point également le cas à l’école pour les enfants souffrant notamment d’allergie ou d’intolérance alimentaire ?

En l’occurrence, la gestion de la " différence " peut, il est vrai, s’avérer particulièrement complexe au quotidien : question d’organisation au sein d’une collectivité plutôt... remuante, question aussi de responsabilité posée à un personnel éducatif auquel on demande déjà beaucoup par ailleurs.

Diagnostic en entrée

Avant même d’envisager une quelconque forme d’organisation, encore faut-il déjà passer l’étape du diagnostic. Dans ce domaine, la situation a évolué de façon spectaculaire car il y a à peine une dizaine d’années, des symptômes comme des vomissements ou un eczéma n’étaient pas toujours attribués à une allergie. Aujourd’hui, on détecte généralement très rapidement l’origine de ces symptômes, les aliments incriminés et le degré de sévérité de la maladie. Ça aide, mais ça ne suffit pas, loin s'en faut.

L'organisation de l'accueil en restauration scolaire par les municipalités - pour les classes de maternelle et de primaire - n'est pas une obligation légale… a fortiori lorsqu'il s'agit de l'accueil des enfants allergiques ! De ce point de vue, le choix par les communes du mode de gestion de la cantine revêt une importance primordiale.

Selon qu'il s'agit ou non d'un self, que l'école dispose ou pas d'une cuisine préparant les repas, que le prestataire extérieur éventuel puisse ou non fournir des menus adaptés, les enfants s'intégreront plus ou moins au système en place. Avec en filigrane, le risque d'accident directement imputable au gestionnaire, le principe de précaution l'emportera toujours. Résultat, une politique de prudence absolue pourrait conduire l'école à refuser l'admission de l'enfant allergique... encourageant ainsi les parents à ne pas déclarer cette allergie et à faire courir à leur progéniture des risques accrus !

Attention à la bulle domestique

A la maison, les parents peuvent avoir tendance à appliquer à toute la famille les restrictions qui s'imposent à l'enfant allergique, histoire d'estomper les différences et de gommer les interdits. En réalité, il est de loin préférable que chacun conserve ses propres habitudes alimentaires. A l'extérieur, l'enfant vivra d'autant plus facilement son régime qu'il n'y aura pas de rupture avec la vie domestique.

Malade et comme les autres

Des textes réglementaires importants permettent aujourd'hui de faciliter la scolarisation des enfants malades. C'est le cas du Projet d'Accueil Individualisé (PAI) qui concerne également les enfants allergiques. Il s'agit d'une démarche entreprise par les parents auprès du directeur d’établissement sur la base d'un certificat médical.

Le PAI, établi par le médecin scolaire, précise les adaptations à apporter à la vie quotidienne : régime alimentaire, prise de médicaments, interventions médicales et paramédicales, activités incompatibles avec l’état de santé, soins à dispenser en cas d’urgence et suivi de la scolarité pendant les absences éventuelles, consécutives au traitement.

Et quand c'est vraiment grave ?

Il n'est pas toujours possible de fondre les cas particuliers dans l'intérêt général, même avec beaucoup de volonté. Les enfants souffrant par exemple de polyallergies (lait, oeufs, poisson, etc.) ne peuvent jamais bénéficier des repas classiquement servis aux autres enfants. Même si la municipalité acceptait de prendre la responsabilité de préparer des plats spécifiques (hypothèse déjà hautement improbable), le coût des aménagements matériels nécessaires et le risque de sacrifier la diversité et l'équilibre des menus collectifs suffiraient légitimement à l'en dissuader.

Le panier repas constitué par les parents et consommé avec les autres enfants à la cantine constitue la meilleure solution. Elle est d'ailleurs la plupart du temps adoptée en cas d'allergie sévère, pour permettre de limiter les responsabilités légales des autorités et les conséquences psychologiques liées à l'exclusion de l'enfant de la collectivité. Pourtant, comme toujours, certains rivalisent d'ingéniosité dans l'interprétation du sacro-saint principe de précaution et découragent les parents en leur imposant de fournir - outre le repas complet - les couverts, l'assiette, le verre et même l'eau du petit allergique. De quoi donner des boutons, effectivement.

SOURCE : BIENSÛR Santé

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