Les cantines, gardiennes du modèle alimentaire français

lu 5276 fois

Les cantines, gardiennes du modèle alimentaire français

C’est presque un retournement historique. Face aux attraits du fast-food, de la street-food ou du sandwich pris au bureau, les restaurants d’entreprise ou d’administration – souvent dénoncés par le passé comme médiocres – apparaissent aujourd’hui comme les défenseurs de l’équilibre alimentaire. Et du « bien manger » à la française, célébré par les nutritionnistes.

Leurs heures de repas sont plus régulières. Ils font des repas complets, avec une entrée, un plat principal, voire un fromage et/ou un dessert… Ils peuvent choisir en fonction de leurs goûts ou de leurs envies du moment. Leurs menus sont variés et diversifiés sur le plan nutritionnel. Ils prennent aussi le temps de manger, de rester à table, de discuter…

Qui sont donc ces « ils », qui font presque figure de privilégiés de la pause-déjeuner ? Ce sont tout simplement, révèle une étude du Crédoc*, les 20 % de Français en activité professionnelle qui fréquentent chaque midi la cantine de leur entreprise ou de leur administration. Beaucoup de cadres, de professions libérales, de chefs d’entreprise, de professions intermédiaires. Proportionnellement près de trois fois plus nombreux que les ouvriers.

Ceux qui déjeunent à la cantine sont plutôt contents. Ils invoquent toute une série de raisons. Pêle-mêle : un coût modique et un bon rapport qualité/prix, la proximité du bureau, la rapidité du service. La variété des mets proposés, les choix possibles. L’offre de légumes, de poisson. Des plats moins gras qui permettent de se construire un menu sur mesure. Bref, l’équilibre alimentaire presque garanti sans avoir trop à y réfléchir. Et même en plus la convivialité. On évite de rentrer chez soi ou de manger seul. On peut selon les cas manger entre collègues, entre hommes, entre femmes…

Un actif sur cinq mange à la cantine : un privilège ?

En dépit des bonnes raisons avancées, la cantine peine à maintenir ses parts de marché. A peine un actif sur cinq y déjeune chaque jour : face aux 20 % d’aujourd’hui, ils étaient encore 26 % en 2010. Les Français sont de plus en plus nombreux à déjeuner au moins une fois par semaine sur leur lieu de travail : 40 % en 2013 contre 34 % en 2007. Et la restauration rapide attire maintenant 29 % des actifs, contre 18 % en 2007. A côté du fast-food, devenu quasi traditionnel, les boulangeries, sandwicheries, saladeries et autres bars à pâtes développent une offre concurrente à des prix attractifs.

Ceux qui boudent ou négligent la cantine ont aussi leurs raisons. Ils trouvent que son cadre est peu agréable, pas dépaysant, et ne permet pas de réelle coupure avec le travail. Que les repas se répètent, que les mêmes menus reviennent chaque semaine. Qu’on y rencontre les mêmes personnes qu’au boulot. Qu’il y a trop d’attente aux heures de pointe. Qu’il y a trop de bruit…

Si les cantines veulent garder leur place, voire tenter de l’agrandir, plusieurs de ces désagréments pourraient être corrigés. Par exemple en diversifiant l’offre de repas, avec des plats plus typiques et aussi plus exotiques. Ou encore en améliorant la gestion des files d’attente. Reste qu’aujourd’hui déjeuner à la cantine est plus souvent proposé aux catégories à revenus élevés. Devenue de manière presque inattendue un bastion de l’équilibre alimentaire, la cantoche serait-elle en voie de devenir un privilège ? (Nutrinews Hebdo)

*Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.

Mathé T, et coll. Crédoc. Consommation et modes de vie n° 277. Restauration collective au travail. Le bon équilibre alimentaire face à la concurrence commerciale.

Mathé T, et coll. Crédoc. Cahier de recherche n° 317. La restauration collective au travail conforte le modèle alimentaire français.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s