Les belges respectent-ils les recommandations nutritionnelles ?

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Si l'on veut élaborer des politiques nutritionnelles efficaces, il est important de connaître les habitudes alimentaires actuelles. La première Enquête de Consommation Alimentaire Belge (ECAB) a débuté en 2004 (une description détaillée de sa conception et de sa méthodologie a déjà été publiée [1-2].

Illustrer une alimentation équilibrée

« Les belges respectent-ils les recommandations nutritionnelles ? » - Crédit photo : www.linternaute.com Les informations sur la consommation alimentaire ont été recueillies sur deux périodes de 24 heures à l'aide d'EPIC-SOFT [3]. La consommation a été estimée par la méthode de Nusser[4]. Un des objectifs de l'ECAB : vérifier si la consommation alimentaire était adaptée, et déterminer la proportion de la population satisfaisant aux recommandations nutritionnelles (FBDG : Food-Based Dietary Guidelines).

Les recommandations FBDG ont été développées et utilisées au niveau international pour illustrer une alimentation équilibrée. En Belgique, un triangle alimentaire et une pyramide alimentaire sont diffusés par les autorités sanitaires de promotion de la santé publique. Bien que les deux recommandations soient semblables dans chaque région, les apports alimentaires ont été comparés aux recommandations flamandes, qui sont exprimées en nombre et taille de portions.

Le modèle du triangle alimentaire

Selon le triangle alimentaire, une alimentation saine repose sur : l'équilibre, la variété et la modération.

Le triangle comporte huit groupes alimentaires :

  1. boissons (eau, café, thé, potages) ;
  2. céréales et pommes de terre ;
  3. légumes ;
  4. fruits ;
  5. produits laitiers (y compris fromages) et produits à base de soja enrichis en calcium ;
  6. viande, poisson, oeufs, légumineuses, noix et produits de substitution ;
  7. graisses ;
  8. aliments riches en énergie mais peu nutritifs.
Plus la surface d'un groupe d'aliments est étendue dans le triangle, plus importante devrait en être la consommation quotidienne. Afin de comparer les apports alimentaires réels avec les recommandations FBDG, la taille de certaines portions alimentaires rapportées a dû être convertie en une quantité équivalente d'un autre aliment selon des facteurs de conversion du guide alimentaire [5].

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Pas assez de fruits et de légumes

Les résultats montrent globalement que la consommation alimentaire de la population belge n'est pas conforme aux recommandations (Figure 1). Pour « l'activité physique », la population a été classée en majorité inactive (41,1%) et seulement dans 27,7% des cas, suffisamment active. La consommation quotidienne de « boissons » était de 1202 ml (± 593). Les recommandations pour la consommation d'eau étaient satisfaites par seulement 26,2% de la population.

La consommation quotidienne de « légumes » était de 138 g (± 53), ce qui est bien en deçà des recommandations (au moins 350g/j), qui ne sont respectées que par 1 personne sur 1 000. Même après inclusion des potages de légumes et des jus de fruits, seulement 13,0% des femmes et 8,8% des hommes se conformaient à ces recommandations. La consommation quotidienne moyenne de « fruits » était d'à peine 118 g (± 84) alors que la recommandation minimum est de 250 g/j. Seulement 7,6% de la population se conformaient à ces recommandations. Alors que les adolescents devraient consommer au moins 375 g de fruits par jour, aucun n'y parvient. Même après inclusion des jus de fruits, seulement 21,6% de la population générale respectaient ces recommandations.

Encore trop de protéines et de calories vides

La consommation quotidienne moyenne de « produits laitiers et à base de soja » était de 159 g (± 127). La consommation quotidienne de fromages était de 30 g (± 18), soit supérieure à la limite inférieure recommandée (20 g/j). Seulement 3,4% de la population consommaient quotidiennement les 450 g ou plus recommandés de produits laitiers ou à base de soja enrichis en calcium, tandis que 68,1% consommaient au moins 20 g de fromage chaque jour. Un quart des sujets avait une consommation supérieure aux 40g/j recommandés.

La consommation de « viande, poisson, œufs et produits de substitution » dépassait d'un facteur de 1,6 les limites supérieures recommandées. Seulement 11,9% de la population consommaient moins de 100 g de ces produits chaque jour. La consommation quotidienne de poisson et crustacés était de 24 g (± 14), ce qui est inférieur à l'apport recommandé (30 g/j). Près de 70% de la population ne se conformaient pas aux recommandations. La consommation quotidienne moyenne d'« aliments peu nutritifs », riches en énergie (incluant l'alcool) était de 481 g (± 395). En majorité (92,0%), la population en consommait plus de 100 g chaque jour.

On est loin de l'équilibre

Au final, la consommation d'aliments au sommet de la pyramide et de viande est excessive, tandis que pour tous les autres groupes, les portions moyennes consommées (sauf pour le fromage, les pommes de terre, le riz et les pâtes) sont inférieures aux recommandations. En ce qui concerne les légumes, les fruits, les produits laitiers et les aliments riches en énergie et peu nutritifs, moins de 10% de la population se conforment aux recommandations.

Références :

  1. De Vriese S. Debacker G. de Henauw S, Huybrechts I, Kornitzer M. Leveque A et al. The Belgian food consumption sur-vey: aims, design and methods. Arch Public Health 2005; 63:1-16.
  2. Vandevijvere S. De Vriese S, Huybrechts i, Moreau m, Temme E, de Henauw S et al. The gap between food-based dietary gui­delines and usual food consumption in Belgique. 2004. Public Health Nutr 2009; 12131:423-431.
  3. Slimani N, Valsta L. Perspectives of using the EPIC-SOFT pro gramme in the context of pan- European nutritional monitoring surveys: methodological and practical implications. Eur J Clin Nutr 2002; 56 Suppl 2:S63-S74.
  4. Nusser SM. Carriquiry AL, Dodd KW, Fuller WA. A semipara-metric transformation approach to estimating usual daily intake distributions. J Am Stat Assoc 1996; 91:1440-1449.
  5. Vlaams Instituut voor Gezondheidspromotie. De voedingirie-hoek: een praktische voedingsgids. 2004. Brussels.

(Par Stefanie Vandevijvere, Institut Scientifique de Santé Publique, Unité d'Epidémiologie, Bruxelles, Belgique - Equation Nutrition n°94 - Janvier 2010)

SOURCE : APRIFEL

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