Les antioxydants, future fontaine de jouvence ?

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Tous les scientifiques s’accordent sur le rôle protecteur des antioxydants face au vieillissement cellulaire. Consommer des antioxydants ne suffit pourtant pas à se protéger, et les recherches sur le rôle, les quantités ou l’assimilation des molécules ne font que débuter. Le tour de la question lors d'une table ronde du 4ème Congrès Goût-Nutrition-Santé organisé par Vitagora l'année dernière.

« Les antioxydants, future fontaine de jouvence ? » - Crédit photo : www.web-libre.org "On s’oxyde tous en vieillissant, on espère seulement s’oxyder le moins rapidement possible" a introduit Pierre Sirois, professeur en pharmacologie à la faculté de médecine de l’université de Sherbrooke (Canada), lors de la table ronde organisée par Vitagora sur le thème "Vieillissement et antioxydants". En cause dans les phénomènes d’oxydation, les radicaux libres, espèces chimiques possédant un électron qui cherche à s’appareiller et finit par endommager les cellules. Ces radicaux libres se forment in vivo dans le corps humain ou proviennent de sources externes comme la fumée de cigarette, les polluants, les radiations, les rayons ultraviolets ou certains médicaments.

Déclin cellulaire

Le vieillissement cellulaire est le résultat du déclin progressif des capacités prolifératives et de la longévité des cellules. "Il y a plusieurs théories expliquant le vieillissement, la théorie des télomères et la "free radical theory" sont hautement crédibles" précise le professeur Sirois. Le vieillissement cellulaire est le résultat de facteurs génétiques et environnementaux qui conduisent à la fabrication de radicaux libres. La somme des dommages oxydatifs en fonction de l’âge conditionnerait donc le vieillissement.

"L’action des radicaux libres entraîne une diminution d’oxygène au niveau des mitochondries, des augmentations du calcium cytosolique et, ensemble, ces différents événements vont agir sur plusieurs enzymes et conduire à des dommages sur les cellules et leur squelette" explique le professeur Sirois. Ces dommages membranaires contribuent aux réactions inflammatoires de certaines maladies : les complications du diabète ou les problèmes de douleurs neuropathiques sont toutes reliées à des dommages vasculaires qui impliquent en grande partie les radicaux libres. L’effet des radicaux libres est aussi externe et bien représentatif des effets du vieillissement.

"Les cellules âgées ont tendance à beaucoup moins se défendre et à répondre de façon exagérée à une attaque radicalaire" précise Isabelle Renimel, responsable du laboratoire de criblage biologique de LVMH Parfums et Cosmétiques, "d’où une dégradation de la matrice extra-cellulaire et la formation des rides". Pour autant, les radicaux libres ne sont pas à… éradiquer ! Ils ont d’autres rôles physiologiques plus positifs comme l’a rappelé le professeur Sirois : "Ils sont impliqués dans la relaxation musculaire, dans les fonctions reliées aux champs électromagnétiques pulsés, à la transmission de signal de plusieurs récepteurs membranaires et à plusieurs fonctions immunologiques." Les radicaux libres constituent un mécanisme de défense essentiel dans la lutte contre l’infection et la destruction des bactéries, le corps humain les fabrique et les détruit pour maintenir la santé de l'organisme.

Un système régulé

Le niveau de défense antiradicalaire chez l’homme présente une valeur normale régulée aussi bien qu’une glycémie. "Si on sollicite trop ce système de régulation, on finit par l’user prématurément" analyse Michel Prost, PDG des laboratoires Spiral. Outre l’alimentation, une activité physique régulière et raisonnée permet de maintenir les systèmes de régulation. Ainsi, les tests de défense antiradicalaire globale montrent une diminution de cette défense globale après une action physique prolongée. Pour un sportif ponctuel non entraîné, on trouve une défense antiradicalaire globale inférieure à la normale, expliquant en partie les risques d’infarctus lors d’efforts physiques inhabituels chez l’être humain. "Par contre, lorsqu’il y a une activité physique régulière, on va induire un niveau circulant de défenses antiradicalaires supérieures à la normale" précise Michel Prost. Les cardiologues prennent maintenant en compte ce temps de réadaptation dans le traitement de leurs patients, en faisant très attention au premier effort et en tirant les effets bénéfiques d’efforts réguliers et raisonnés.

Retarder les dommages

"Le vieillissement pourrait être retardé en diminuant l’accumulation des dommages métaboliques ou en augmentant la réponse de l’organisme à ces dommages" explique Pierre Sirois. Plusieurs études scientifiques montrent, en effet, que la longévité de diverses espèces est inversement proportionnelle aux taux de formation des radicaux libres. Cependant, peu d'études démontreraient qu'une baisse des radicaux libres puisse augmenter la longévité. Si complexe que soit le système de régulation, il peut, dans tous les cas, être aidé par des antioxydants exogènes. De nombreux antioxydants présents dans les fruits et légumes ou le thé et le vin peuvent jouer un rôle protecteur. Une richesse dont tentent de tirer partie les professionnels de l’alimentation. Nestlé axe notamment ses recherches sur les polyphénols, présents dans le café ou le cacao. "On s’intéresse particulièrement à leur métabolisme, leur devenir dans l’organisme" explique Denis Baron, chef de projet au centre de recherche de Nestlé à Lausanne.

"Nous avons déterminé que l’organisme humain n’absorbe pas et ne traite pas tous les antioxydants potentiels de la même façon. Les polyphénols, même si on en consomme plus que d’autres antioxydants tels que la vitamine C, seront moins présents dans le plasma." Une autre difficulté est apportée par l’interaction entre les protéines salivaires et les polyphénols qui induisent une saveur astringente en bouche. La recherche sur les antioxydants dans l’alimentation passe aussi par une réflexion en amont des pratiques culturales. Dans le cadre du pôle de compétitivité Vitagora, les projets "Qualivivant" et "Vitalim Senior" assurent un suivi transversal qui va du sol à l’assiette, en vérifiant l’ensemble des mécanismes d’augmentation de synthèse des vitamines et polyphénols. Une nouvelle approche baptisée la "3ème voie" vise notamment à réduire le recours aux pesticides, dont l’action pro-oxydante n’est plus à démontrer. Ces derniers se concentrent sous la peau des végétaux, là ou les molécules antioxydantes sont les plus présentes. "Une situation à l’encontre des politiques de santé publique incitant la population française à la consommation de fruits et légumes" constate Michel Prost.

Des doses à ne pas dépasser Si les effets bénéfiques des antioxydants ne sont plus à démontrer, des précautions sont à prendre dans les doses quotidiennes. "Nos études ont démontré que les associations de polyphénols allaient bien souvent à l’encontre de ce qu’on s’attendait à obtenir" témoigne Isabelle Renimel. "Ce n’est pas parce qu’on ajoute une forte dose d’un complexe de polyphénols qu’on va obtenir des propriétés antiradicalaires ; au contraire, des effets pro-oxydants vont souvent à l’encontre de l’effet recherché.

Il reste un énorme travail de fond à accomplir quant à l’utilisation des polyphénols et des antioxydants de façon générale" conclut Isabelle Renimel. Des recherches d’autant plus importantes que les antioxydants et, en particulier, les polyphénols présentent des effets quasiment analogues à des agents pharmacologiques. "Les études sur le pouvoir antioxydant du resveratrol, polyphénol du raisin, sont très claires" précise Norbert Latruffe, professeur de biochimie à l'université de Bourgogne. "Mais il constitue également un activateur qui se fixe sur une enzyme sirtuine qui joue un rôle sur le vieillissement cellulaire". Certains polyphénols, en activant certains récepteurs, ont donc des effets agonistes apparentés à une molécule pharmacologique.

Des pistes à explorer

L’absorption et la transformation des différents micro-constituants restent très mal connues. "S’il y a des perspectives de travail, elles sont sans doute au niveau du métabolisme de ces molécules au cours de la vie" constate Norbert Latruffe. Les polyphénols arrivent par la voie digestive et subissent des transformations dans la bouche et dans l’estomac. Souvent glycoconjugués, ils pénètrent très mal sous cette forme, et c’est grâce à la microflore intestinale qu’ils seront hydrolysés puis libérés sous une forme aglycone.

"Récemment ont été publiées les données du professeur Terao au Japon, qui ont montré que malgré le fait que les polyphénols avaient disparu du plasma, ils s’accumulaient dans certains types cellulaires" témoigne Valérie Shini-Kerth, professeur de pharmacologie à l'université de Strasbourg. Une information essentielle qui montre que la concentration plasmatique n’est peut-être pas le marqueur idéal, et qu’il y aurait éventuellement des concentrations tissulaires à analyser. "Le professeur Terao avait démontré dans le même article que les composés qui circulent effectivement sous des formes conjuguées, se trouvent déconjugués au niveau des tissus pour régénérer des molécules aglycones qui exprimeront leur activité antioxydante" précise Denis Baron. "Ces recherches offrent une lueur d’espoir sur la compréhension du rôle des antioxydants". Les travaux scientifiques devraient donc s’orienter maintenant sur l’action des polyphénols sur les cellules et les tissus cibles et leur accumulation dans l’organisme.

Intervenants :

  • Pr. P. Sirois (University of Sherbrooke, Canada)
  • Pr. Valérie Shini-Kerth (CNRS, France)
  • Mme I. Renimel (LVMH, France)
  • Pr. N. Latruffe (INSERM-UB, France)
  • Dr. M. Prost (Spiral, Dijon)
  • Mr. D. Barron (Nestlé, Suisse)

(Par Benoît Jullien, ICAAL - Table Ronde "Vieillissement et antioxidants" du Jeudi 19 mars 2009 - 4ème Congrès International Goût-Nutrition-Santé)

SOURCE : Goût-Nutrition-Santé

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