Les aliments face aux maladies

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Les aliments face aux maladies

Que sait-on vraiment des rapports entre l’alimentation et les grandes maladies chroniques ? Les études sont nombreuses, de valeur inégale, parfois ambiguës, souvent contradictoires. Deux chercheurs de l’Unité de nutrition humaine de l’INRA à Clermont-Ferrand viennent de faire la revue systématique et exhaustive des liens entre les groupes d’aliments et une dizaine de maladies dites « de civilisation ». Tout n’est pas résolu, loin de là, mais quelques tendances se dégagent. Prélude à des recommandations pour renforcer notre potentiel santé.

Nos deux chercheurs ont procédé par ordre. Dans un premier temps, Anthony Fardet et Yves Boirie ont listé les dix principales maladies chroniques en relation avec une alimentation déséquilibrée : surpoids/obésité, diabète de type 2, santé mentale, santé osseuse, maladies chroniques digestives, maladies chroniques hépatiques, maladies chroniques rénales, maladies cardiovasculaires, cancers, sarcopénie (fonte musculaire). Puis, ils ont recherché toutes les études portant sur les relations entre les groupes d’aliments, les boissons et les maladies en question. Au total, ils ont recensé pas moins de 304 méta-analyses (synthèses d’études) et revues systématiques publiées entre 1950 et le 31 août 2013 !

C’est ce matériau qu’ils ont dépouillé, passé au crible, et dont ils extraient aujourd’hui quelques lignes de force. Certaines, selon eux, peuvent être converties en recommandations claires et durables, utilisables pour la prévention nutritionnelle en santé publique.

« Boire du lait ne doit pas être découragé ! »

Un premier constat porte sur les recommandations nutritionnelles classiques (du type pyramide alimentaire) formulées depuis longtemps. Nombre d’entre elles se trouvent confirmées par les résultats des chercheurs. Ainsi, à l’encontre des rumeurs, les chercheurs font le constat que « la consommation régulière ou élevée de lait est neutre, c’est-à-dire non associée à des risques majeurs de maladie chronique en relation avec une alimentation déséquilibrée. En d’autres termes, scientifiquement parlant, boire du lait ne doit pas être découragé, contrairement à ce qui pourrait être lu ou entendu dans les différents médias d’aujourd’hui ». Le lait, les produits laitiers, pas plus que la volaille, ne sauraient faire figure d’accusés.

Pour les produits animaux comme la viande rouge et/ou transformée (charcuterie...), les conclusions incitent à la modération. Ce qui ne veut pas dire « pas de viande du tout ». Les chercheurs expliquent que leurs résultats sont basés sur la comparaison entre des consommations élevées et des consommations faibles. Ce qui signifie simplement que ceux qui ont les niveaux de consommation les plus élevées de viande rouge ou transformée devraient vraisemblablement les diminuer. Le même conseil s’appliquerait pour les produits céréaliers raffinés, les œufs, les boissons sucrées, les légumes marinés (en saumure), les aliments à base de soja fermentés et même le thé très chaud !

Place aux légumineuses, fruits à coque, graines oléagineuses...

A l’inverse, ceux qui ont les consommations les plus faibles de fruits et de légumes devraient les augmenter ! Un résultat qui va, là encore, dans le sens des recommandations nutritionnelles. Précision toutefois : un super-bonus est attribué aux végétaux non raffinés, aux produits à base de grains et graines, jugés plus prometteurs que les fruits et légumes pour la prévention des maladies chroniques.

Place donc aux céréales complètes et aux légumineuses : haricots, fèves, pois, pois chiches, lentilles, lupins... Place aux fruits à coque : amandes, noisettes, noix, noix de cajou, noix de Pécan, noix du Brésil, pistaches... Place aux graines oléagineuses : arachides, graines de lin, de sésame, de tournesol... Fournisseurs d’énergie, et selon les cas de protéines ou de lipides, ces produits sont généralement moins chers et plus faciles à stocker que les fruits et légumes, remarquent les chercheurs. Ils sont aussi plus faciles à décontaminer des pesticides. Enfin, ils sont peu en faveur aujourd’hui dans les pays occidentaux, ce qui laisse une marge pour augmenter leur consommation.

Du thé plutôt que des boissons sucrées

Du côté des boissons, le thé (sauf s’il est trop chaud !) fait partie des boissons les plus protectrices d’après les études. Notamment vis-à-vis du surpoids et de l’obésité, du diabète, de la santé mentale, des maladies chroniques digestives et hépatiques, des maladies cardiovasculaires et des cancers. Les boissons sucrées, elles, seraient les moins protectrices.

Beaucoup d’études sont encore attendues, notamment pour préciser le rôle des groupes d’aliments vis-à-vis du poids, du diabète, de la fonte musculaire. Au-delà des groupes d’aliments, les chercheurs français précisent bien que ce sont habitudes alimentaires, les types d’alimentation qui mériteraient d’être analysés. Vaste programme, où devrait être prise en compte la diversité des populations, sans oublier la part de la génétique... Les liens entre l’alimentation, la santé et les maladies sont encore longtemps un objet d’étude !

(Nutrition Infos 2014 ;401 :37-40.)

SOURCE : http://www.cerin.org

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