Les alimentations particulières

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Il existe de manière quasi-universelle, et dans chaque groupe humain, des règles codifiant le partage de la nourriture et les modalités de la commensalité. Manger ensemble et partager la même nourriture crée du lien, refuser la nourriture offerte par un hôte peut l’offenser. Or cette trame semble mise en cause par le développement de nouvelles préoccupations marquées par l’individualisation croissante des choix alimentaires - plus nettement dans certains pays que dans d’autres.

À l’heure où les « alimentations particulières » des plus grands sportifs font l’actualité, le colloque organisé par l'OCHA (*), qui aura lieu à l’Institut Pasteur de Paris les 19 et 20 janvier 2012, se proposera de faire le point sur ces phénomènes qui touchent à des caractéristiques très profondément ancrées dans les sociétés humaines.

Pourquoi les uns sont-ils contraints à la surveillance de leur alimentation par des pathologies graves dont la fréquence croissante est mal expliquée ? Pourquoi d’autres, gênés par des intolérances diverses, souvent auto-diagnostiquées, ont-ils adopté un régime de santé spécifique ? Qu’est-ce qui explique que d’autres encore adhèrent à des régimes qui sont autant d’engagements éthiques, politiques, religieux ou spirituels ? D’autres enfin choisissent des régimes sélectifs et restrictifs divers, s’imposent des tabous électifs personnalisés ou les opposent avec plus ou moins d’insistance à leur famille et à leurs proches.

Pathologies nouvelles, auto-diagnostics, tabous électifs, régimes de santé... Que reflète l’individualisation croissante de nos comportements alimentaires ? Finirons-nous par manger seuls ou parviendrons-nous à inventer de nouvelles formes du manger ensemble ? Ce Colloque International de l’Ocha sous la direction de Claude Fischler (Cnrs) invitera de nombreux spécialistes internationaux à une réflexion et un regard croisé entre sciences humaines et biomédicales sur les singularités alimentaires.

Intolérances et allergies : démêler le vrai du faux

Le colloque abordera notamment l’importante question des allergies et intolérances et l’augmentation de leur fréquence. Une enquête (2) réalisée auprès d’un échantillon de sujets déclarant souffrir d’intolérances et d’allergies alimentaires montre la différence observée entre le nombre considérable des allergies déclarées et celui mesuré par les tests cliniques. Ce constat a conduit les chercheurs à analyser les représentations sur lesquelles les allergiques auto-diagnostiqués fondent leurs conceptions alimentaires, à en interroger les effets sociaux et sanitaires. Le rejet d’aliments essentiels emblématiques, comme le blé ou le lait ou la psychose de tout aliment transformé, va parfois jusqu’à priver les enfants des nutriments essentiels à leur santé.

Régimes en tous genres : attention danger

Les uns sont gênés par des intolérances diverses, parfois auto-diagnostiquées, ou ont adopté un régime de santé spécifi que (groupes sanguins, « living foods », instinctivorisme ou crudivorisme, macrobiotique...). D’autres adhèrent à des régimes qui sont autant d’engagements éthiques, politiques ou spirituels (végétarisme, végétalisme, veganisme...). D’autres enfin choisissent des régimes sélectifs et restrictifs divers, s’imposent des tabous électifs personnalisés ou les opposent avec plus ou moins d’insistance à leur famille et à leurs proches. Ce faisant, ils déclenchent des conflits, petits ou grands, ils remettent en cause des usages anciens et traditionnels, entrent dans des négociations, des arrangements – ou affrontent des ruptures.

Vers l’individualisation de l’alimentation : une atteinte au plaisir, au partage, à la commensalité ?

L’individualisation de l’alimentation prend en France des formes atténuées en comparaison d’autres pays, ce qui conduit à s’interroger sur les particularités de telle ou telle culture, de tel ou tel groupe social vis-à-vis de la sociabilité alimentaire. Les pratiques alimentaires constituent des marqueurs puissants d’analyse d’une société : ce colloque proposera de les aborder à travers les études et les réflexions de chercheurs de notoriété internationale en croisant les regards des sciences humaines et biomédicales.

Voir le programme définitif ou télécharger le bulletin d’inscription.

(1) Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires

(2) Recherche réalisée dans le cadre du programme MANOE en partenariat avec le pôle enfant de Cholet (Nova Child), le SEM des Pays de la Loire et l’AFPRAL - Association Française pour le Prévention des Allergies.

SOURCE : OCHA

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