Les ados face au « diététiquement correct »

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Ils savent qu'il faut manger des fruits et légumes, faire des repas équilibrés, prendre un vrai petit déjeuner, ne pas grignoter entre les repas... Mais que font-ils vraiment ? Un professeur de sociologie de l'alimentation dresse un tableau hyperréaliste de l'alimentation des adolescents et plaide pour une information nutritionnelle plus adaptée.

Les ados face au « diététiquement correct » - Crédits photo : www.lusi.lu L’ado est incité à manger en tous temps et en tous lieux. A la table familiale, c’est normal. Mais aussi dans sa chambre ou à la cuisine, où il n’ignore rien des ressources du réfrigérateur et du congélateur. Dans l’autobus, à pied, à vélo ou sur un scooter. Seul ou avec ses copains. Au collège, à la cantine, à la cafétéria. En passant devant les distributeurs de boissons gazeuses et de barres énergétiques, les camions de pizzas, les boutiques de viennoiseries, de paninis ou de kebabs...

L’offre est pléthorique et permanente : sodas, produits aux packagings agressifs, tous plus attirants les uns que les autres et promettant le plaisir... Dur de résister. D’autant plus que la mode impose de nouveaux rituels, avec des aliments faciles à transporter et à consommer - de préférence dans la rue -, des symboles de liberté, de rapidité et d’efficacité sociale. Et puis, il faut imiter le comportement du groupe, ou tout simplement partager la convivialité...

Refus de l’ordre établi, prise de risque, recherche d’identité ; tous les adolescents connaissent à des degrés divers un passage mouvementé vers l’âge adulte. Assez loin du « bien penser » nutritionnel ! Les recommandations pour éviter des maladies futures ou limiter les coûts de santé de la collectivité peuvent les laisser perplexes. Le « devoir de santé » n’est jamais qu’un devoir de plus.

A cela s’ajoutent quelques erreurs ou incompréhensions diététiques. Les frites ou les pâtes sont prises pour des légumes, le ketchup pour la tomate, le nectar de fruits pour un fruit. Les barres ou les viennoiseries sont censées « combattre l’hypoglycémie de onze heures », fatale aux résultats scolaires. Le grignotage s’inscrit dans la sociabilité. Quant aux boissons, elles ne comptent pour rien dans les apports alimentaires...

Pour le professeur de sociologie, la traduction du Programme national nutrition santé (PNNS) est un peu défaillante dans le monde des ados. Le challenge de la communication nutritionnelle, résume Jean-Pierre Corbeau, c’est « l’inadéquation entre le message et les codes culturels de celles et ceux qui en ont le plus besoin ». Il y a sans doute encore beaucoup à faire pour intégrer les infos nutrition dans une « culture du risque, du jeu et du fun » !

(Pr Jean-Pierre Corbeau - Université François Rabelais, Tours. « Pour une approche plurielle de notre alimentation », Cholé-Doc n° 104, novembre-décembre 2007)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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