Les acides gras trans : le point sur leurs effets physiologiques

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Dans son rapport de 2005, l'AFSSA avait réalisé une analyse très complète des données scientifiques expérimentales et épidémiologiques des effets biologiques des acides gras trans (AGT). Elle avait confirmé comme l'avait fait également l'AESA (Autorité européenne de sécurité alimentaire) le taux de 2% de l'apport énergétique total d'acides gras trans comme le seuil à partir duquel était observée une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires.

« Les acides gras trans : le point sur leurs effets physiologiques » Depuis, de nouvelles données sont disponibles. Elles concernent surtout les AGT monoinsaturés (18 :1 trans), les plus abondants dans l’alimentation (1). Voici le point sur les publications les plus récentes (2007-2008) concernant les effets physiologiques des acides gras trans.

Acides gras trans et risque cardio-vasculaire :

Données épidémiologiques

Les résultats de nouvelles études ou de nouvelles méta-analyses d’anciennes études, le plus souvent prospectives, ont été publiés (voir par exemple, 2, 3, 4 ,5). Ces travaux confirment que les AGT consommés en quantité excessive constituent un facteur de risque cardiovasculaire. Cependant la distinction entre source animale ou technologique de ces AGT n’est pas souvent possible. Lorsque c’est possible, aucune association n’est mise en évidence entre la consommation dans des quantités « alimentaires », d’AGT issus des ruminants et le risque cardiovasculaire.

Ces données ont été très récemment confirmées par une étude épidémiologique danoise menée sur environ 3600 personnes pendant 18 ans, qui montre que même dans le quintile supérieur de consommation soit 2,7 g/j chez les femmes et 3,4 g/j chez les hommes, les AGT d’origine animale n’ont aucun effet sur la fréquence des atteintes cardiovasculaires (6). A titre indicatif, la consommation journalière de 2,7 g d’acides gras trans d’origine animale représente un litre de lait demi-écrémé, 100 g de camembert et 50 g de beurre.

Etudes expérimentales

Les résultats de deux nouvelles importantes études expérimentales ont été publiés début 2008 (7,8). Elles ont cependant été réalisées le plus souvent avec des doses d’AGT bien supérieures à celles qui peuvent être atteintes par les consommateurs européens. Un seul essai a consisté à administrer à des volontaires en bonne santé (38 sujets), des doses journalières plus « modérées » d’AGT d’origine laitière de 4,2 g/2500kcal, soit 1,5% de l’énergie, pourtant déjà supérieures aux plus fortes consommations enregistrées dans l’étude danoise évoquée ci-dessus. Ses résultats montrent que les AGT d’origine animale n’affectent pas les marqueurs plasmatiques du risque cardiovasculaire (8).

Acides gras trans et risque de cancer du sein :

Les résultats d’un travail d’épidémiologie réalisé sur la cohorte française E3N, dans le cadre de la grande étude européenne EPIC, ont été publiés en avril 2008 (9). Ils suggèrent un lien entre une consommation excessive d’acides gras trans d’origine technologique et le risque de cancer du sein. Les conclusions de cette étude mériteraient cependant d’être discutées et relativisées car elles se basent sur des analyses de sérums prélevés il y a plus de 10 ans et sur des données de consommation et de composition de produits relativement anciennes.

Conclusion

Ces données montrent :

  • que les AGT d’origine animale consommés en quantité déjà nettement au dessus des consommations « alimentaires » (4,2 g/j soit environ 1,5% de l’apport énergétique total) ne présentent pas de risque cardiovasculaire ;
  • confortent le bien-fondé des recommandations de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) de limiter la consommation des AGT d’origine technologique ;

Environ une décennie après l’obtention de l’essentiel des données du rapport de l’AFSSA, il était donc particulièrement indiqué de se livrer, comme l’a fait l’IFN, à une évaluation de l’évolution des teneurs en AGT des huiles et matières premières végétales et des produits alimentaires, ainsi que des recettes de ces produits.

Sources et références :

  1. S. Stender, J. Dyerberg, A. Bysted, T. Leth et al. , A trans world journey. Atheroscler Suppl, 2006. 7, 47-52.
  2. A.L. Lock, P. Parodi, and D.E. Bauman, The biology of trans fatty acids: implication for human health and for the dairy industry. Aust JDairy Technol, 2005. 60, 134-142.
  3. K.Oh, F.B. Hu, J.E. Manson et al., Dietary fat intake and risk of coronary heart disease in women:20 years of follow -up of the nurses’ health study. Am J Epidemiol, 2005. 161, 672-679.
  4. D. Mozaffarian, M.B. Katan, A. Ascherio et al., Trans fatty acids and cardiovascular disease. NEJM, 2006. 354, 1601-1613.
  5. Q. Sun, J. Ma, H. Campos et al., A prospective study of trans fatty acids in erythrocytes and risk of coronary heart disease. 2007. Circulation, 115, 1858-1865.
  6. M.U. Jakobsen, K. Overvad, J. Dyerberg, and B.L. Heitmann, Intake of ruminant trans fatty acids and risk of coronary heart disease. Int J Epidemiol, 2008. 37, 173-82.
  7. J.M. Chardigny, F. Destaillats, C. Malpuech-Brugere, J. Moulin, D.E. Bauman, A.L. Lock, D.M. Barbano, R.P. Mensink, J.B. Bezelgues, P. Chaumont, N. Combe, I. Cristiani, F. Joffre, B. German, F. Dionisi, Y. Boirie, and J.L. Sebedio, Do Trans Fatty Acid from Industrially-Produced Sources and from Natural Sources Hâve the Same effect on Cardiovascular Diseases Risk Factors in Healthy Subjects? Results of the TRANSFACT Study. AmJClin Nutr, 2008. 87, 558-566.
  8. A. Motard-bélanger, A. Charest, G. Grenier, P. Paquin, P.Y. Chouinard, S. Lemieux, P. Couture, and B. Lamarche, Study on the effect of trans fatty acids from ruminants on blood lipids and other risk factors for cardiovascular disease. AmJClin Nutr, 2008. 87, 593-599.
  9. V. Chajès, A.C.M. Thiébaut, M. Rotival et al..Association between sérum trans-monounsaturated fatty acids and breast cancer risk in the E3N-EPIC study. 2008. Am J Epidemiol, Advance Access published April 4.

(Jean-Michel Chardigny / Gérard Pascal, INRA - Petit-déjeuner scientifique de l’IFN : « Mise au point sur les acides gras trans », 10 juin 2008)

SOURCE : Institut Français pour la Nutrition

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