Le stress au travail double le risque de récidive de crise cardiaque

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Les personnes qui occupent un travail stressant après avoir eu un infarctus courent deux fois plus de risque d'être victimes d'une seconde crise cardiaque, rapporte une équipe de la Faculté de médecine dans l'édition du 10 octobre du Journal of the American Medical Association. Cette étude constitue la première démonstration des méfaits du stress professionnel chez les travailleurs qui ont déjà subi un infarctus du myocarde. Les chercheurs savaient déjà qu'un travail stressant augmentait le risque de subir une première crise cardiaque, mais les études concernant les récidives étaient rares et peu concluantes.

Corine Aboa-Éboulé, Chantal Brisson, Elizabeth Maunsell, Renée Bourbonnais, Michel Vézina, Alain Milot et Gilles Dagenais, de la Faculté de médecine, et leurs collègues Benoît Mâsse et Pierre Théroux, ont suivi pendant 6 ans 972 patients, âgés de 35 à 59 ans, qui avaient subi un infarctus du myocarde. Ils les ont interrogés six semaines, deux ans et six ans après leur retour au travail afin d'amasser des informations sur leur état de santé, leurs habitudes de vie, leur profil socioéconomique et le stress engendré par leurs activités professionnelles. Leur travail était jugé stressant s'il combinait une demande psychologique élevée (volume de travail important, exigences intellectuelles élevées et délais de production serrés) et une faible latitude décisionnelle (peu d'autonomie, de créativité et d'occasion d'utiliser ou de développer leurs compétences).

Pendant la période de suivi, 124 sujets ont eu un infarctus et 82 ont souffert d'angine instable, pour un total de 206 récidives. Les sujets qui vivaient un stress élevé au travail lors des deux premières rencontres avec les chercheurs couraient deux fois plus de risque d'être victimes de récidive que les autres participants. Ce risque subsistait même après avoir éliminé l'effet de variables comme le profil socioéconomique, le style de vie, le type de personnalité et l'environnement de travail.

L'étude indique que le stress n'affecte pas la probabilité de récidive pendant les deux premières années qui suivent l'infarctus. « C'est logique sur le plan biomédical parce que le processus pathologique causal requiert un certain temps avant de manifester ses effets », commente Chantal Brisson. Par ailleurs, les analyses des chercheurs montrent que le fait de profiter d'un bon soutien social au travail ne constitue pas un rempart contre les récidives d'accidents cardiaques.

Selon les chercheurs, il est important que les résultats de leur étude trouvent écho dans le monde du travail de façon à ce que les personnes qui reprennent leurs activités professionnelles après un infarctus ne se retrouvent pas dans des situations qui mettent leur santé en péril. « Les employeurs et les intervenants en santé au travail doivent trouver des façons de modifier la demande psychologique ou la latitude décisionnelle associées au poste de ces personnes, affirme Chantal Brisson. C'est possible, et le fait de favoriser l'autonomie, la créativité et l'utilisation des compétences des employés n'est pas incompatible avec la productivité d'une entreprise », estime-t-elle.

À la lumière de cette étude, le Journal of the American Medical Association publie un commentaire éditorial qui encourage les médecins, ou un autre membre du personnel soignant, à prendre le temps de mesurer le stress au travail que vivent les personnes qui ont subi un infarctus. « Patients et médecins gagneraient à ce que cette information soit incluse dans le portrait médical de chaque cas », conclut l'éditorial.

(Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 43, numéro 7 - 11 octobre 2007)

SOURCE : Université Laval

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