Le rôle des acides gras saturés rééxaminé par les chercheurs internationaux réunis à Orlando lors du Congrès AOCS

lu 5492 fois

Ce qui avait été dit au niveau national sur les acides gras saturés, lors des journées annuelles de la Société Française de Nutrition (Brest, 26 au 28 novembre 2008), vient d'être confirmé au niveau international lors du dernier congrès annuel « The American Oil Chemists' Society » (AOCS) qui a réuni le 5 mai dernier à Orlando les plus grands spécialistes du sujet (1500 participants, 60 pays représentés) : les experts s'accordent désormais pour redéfinir la place des graisses saturées dans une alimentation saine et équilibrée.

« Formation des diététiciens : une réforme urgente... » - Crédit photo : www.cniel.com Alors que les graisses saturées ont longtemps et de manière non nuancée, été associées à l’augmentation du risque de maladie cardiovasculaire, les spécialistes remettent désormais en question ce dogme sur les acides gras saturés en affirmant que leur rôle doit être à présent réexaminé.

Deux des cinq orateurs de la session intitulée « Hot Topics session on Satured Fats » ont remis en cause la mauvaise réputation de ces acides gras saturés en montrant que l’observation des faits ne confirme pas cette idée reçue...

Pour le Docteur Dariush Mozaffarian, de l’Université de Harvard (USA), la relation faite entre consommation d’acides gras saturés et augmentation du risque cardiovasculaire a conduit à des recommandations visant à limiter les acides gras saturés dans l’alimentation. Or la réduction des graisses saturées qui a suivi n’a pas fait diminuer les maladies cardiovasculaires ni l’obésité, au contraire ; les études réalisées aux Etats-Unis entre 1970 et 2000 montrent que la diminution des lipides et donc des acides gras saturés s’est accompagnée d’une augmentation des glucides et des calories ; parallèlement, on a observé, sur la même période, une augmentation inattendue de l’obésité et un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires.

Dans la même logique, pour J. Volek, de l’Université du Connecticut (USA), ce ne sont pas les régimes riches en lipides qui poseraient problème, en termes d’obésité et de maladies cardiovasculaires, mais les régimes trop riches en glucides. J.Volek a présenté une étude qui montre qu’un régime pauvre en glucides, comparé à un régime pauvre en lipides, améliore les paramètres du syndrome métabolique, l’un des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires.

De plus, une diminution des glucides dans les apports alimentaires, quelque soit le type de lipides consommés par ailleurs, entraîne une diminution de la synthèse des lipides par l’organisme (la lipogenèse), ce qui est également bénéfique.

D’autres scientifiques ont identifié l’action spécifique de certains acides gras saturés sur la santé. On sait aujourd’hui que, tout comme il y a plusieurs types d’acides gras insaturés, il y a aussi plusieurs types d’acides gras saturés avec des caractéristiques et des fonctions différentes.

Pour le Professeur Legrand de l’INRA (France), les acides gras saturés présentent une grande diversité métabolique et fonctionnelle. On ne peut plus les mettre « dans le même panier » alors qu’ils sont multiples et différents. Ils doivent être distingués selon leurs structures, leurs fonctions et leurs spécificités métaboliques : l’acide butyrique, par exemple, a des effets protecteurs vis-à-vis du cancer colorectal, les acides gras à chaîne moyenne font baisser le taux de cholestérol et ne s’accumulent pas dans le tissu adipeux. L’acide myristique, particulièrement présent dans les produits laitiers joue un rôle métabolique majeur ; il est notamment indispensable au fonctionnement de certaines protéines cellulaires et contribue à la synthèse des oméga 3.

Le Professeur Elwood, de l’Université de Cardiff, (Royaume Uni), quant à lui, a montré, à partir d’une revue complète des données disponibles sur le sujet, qu’il n’existait pas de lien entre consommation de lait et risque cardiovasculaire. Les experts, réunis à Orlando, attirent l’attention sur les risques à recommander une diminution des apports de matière grasse, qui se traduit par une augmentation de la consommation de glucides, ce qui augmente le risque coronarien. Ils s’accordent sur l’urgence à avoir une approche globale de l’alimentation et, pour ce qui concerne l’apport lipidique, à prendre en compte à la fois l’aspect qualitatif (diversité des acides gras) et quantitatif. Consommés en quantité raisonnable, tous les corps gras ont leur intérêt et donc leur place dans l’alimentation.

Les présentations des chercheurs de cette session peuvent être retrouvées sur le site : Hot Topic Symposia

SOURCE : CNIEL

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s