Le poids du microbiote...

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Vous n’êtes pas seuls, s’exclame Karine Clément, professeur de nutrition à l’Université Paris VI et chercheur à l’Inserm. Chacun de nous vit en compagnie de pas moins de 100 000 milliards de bactéries, qui peuplent le tube digestif. Pour le bien-être et pour la santé, il faut vivre en équilibre avec cette flore intestinale, appelée aujourd’hui microbiote, qui assure l’interface entre les aliments et nos cellules. Le microbiote fait aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches. Notamment sur le rôle qu’il peut jouer par rapport à l’obésité et aux maladies métaboliques…

Chaque adulte abrite entre 160 et 200 espèces de bactéries différentes dans son tube digestif. Mais son microbiote est unique : comme une empreinte digitale, il ne ressemble pas à celui du voisin ! C’est un organe à part entière, qui exerce des fonctions très importantes. Il garantit l’intégrité de la barrière intestinale et la maintient étanche. Plus généralement, il assure notre défense, car il régule la maturation et la stimulation du système immunitaire. Entre autres tâches, il se charge aussi de dégrader dans le côlon les grosses molécules comme les fibres. Ou de produire des vitamines (B et K) et des acides gras à chaîne courte, sources d’énergie…

Même s’il est spécifique pour chacun de nous, le microbiote est constitué de populations bactériennes qui se répartissent, un peu comme les groupes sanguins, en trois grands groupes homogènes appelés entérotypes. Ces entérotypes sont indépendants de toute origine géographique, mais seraient plutôt associés aux habitudes alimentaires au long cours. Ainsi, une alimentation riche en protéines et en graisses animales est souvent associée à l’entérotype dominé par le genre bactérien Bacteroides. Alors qu’une alimentation riche en fibres, en fruits et en légumes, est souvent associée à l’entérotype des bactéries Prevotella…

Microbiote pauvre, maladies de surcharge…

Mieux encore, les chercheurs se sont aperçus que les grandes lignées bactériennes n’étaient pas les mêmes chez les personnes minces que chez les personnes obèses. Chez beaucoup de sujets obèses, les bactéries intestinales sont moins diverses. Et c’est en relation avec des dysfonctionnements métaboliques : taux de triglycérides sanguins plus élevés, résistance à l’insuline, voire prises de poids plus importantes.

A part les sujets obèses, il y a aussi des personnes dont la flore intestinale est plus pauvre. Cette pauvreté du microbiote est elle aussi associée à des traits cliniques que l’on observe chez les obèses et qui sont, là encore, en rapport avec des maladies métaboliques : augmentation de la masse grasse, de la résistance à l’insuline, des taux de lipides sanguins, de l’inflammation... Lorsque la flore intestinale est pauvre, il y a un plus grand nombre des bactéries qui peuvent favoriser l’inflammation. Lorsqu’elle est riche, c’est l’inverse, la proportion des bactéries inflammatoires décroît.

L’alimentation pourrait améliorer le microbiote

Beaucoup d’anomalies ou même de maladies métaboliques, cardiovasculaires, immunitaires et inflammatoires sont donc en rapport avec un déséquilibre du microbiote. Récemment, le Pr Karine Clément et son équipe ont mené une étude chez 49 personnes en surpoids ou obèses. Chez certaines, la diversité bactérienne du microbiote était diminuée, chez d’autres elle était préservée. Les unes comme les autres ont été invitées à suivre un régime hypocalorique. Leur poids a pu diminuer (d’environ 5%) avec une amélioration des paramètres métaboliques et inflammatoires. Chez les personnes dont le microbiote était plus pauvre, la diversité bactérienne a augmenté : la flore intestinale s’est enrichie de 30%.

Cependant, l’amélioration des constantes biologiques a été moins importante chez elles que chez les personnes dont le microbiote était plus riche en début de régime : les taux de triglycérides sanguins ont moins diminué.

Ces résultats soulignent une fois de plus l’importance de l’équilibre du microbiote dans les maladies de surcharge. Ils montrent que l’alimentation a potentiellement la capacité de moduler l’enrichissement et la diversification de la flore bactérienne. Dans l’avenir, estime le Pr Clément, il sera peut-être possible de corriger, voire de prévenir, les signes cliniques liés à l’obésité, en détectant précocement les altérations du microbiote et en suivant des conseils nutritionnels adaptés. Des tests diagnostiques fiables pourraient être mis au point pour détecter les personnes à risque… C’est un espoir qui n’est pas insensé : en prenant soin de notre microbiote, l’alimentation aurait une occasion de plus de se mettre au service de notre santé.

(D'après « Le microbiote et la santé humaine : focus sur les maladies métaboliques ». Conférence du Pr Karine Clément au Fonds français pour l’alimentation et la santé (FFAS), Paris, 1er juillet 2014)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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