Le plaisir, un allié du régime

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La notion de plaisir paraît de loin in­compatible avec celle de régime. Peut-être est-ce parce que la notion de régime est pervertie, ou bien parce que le régime au sens classique est toxi­que. Toujours est-il que la personne en surpoids considère qu'elle doit manger des choses « bonnes pour elle » qui ne sont pas « bonnes » et qu'elle ne peut manger les « bonnes » choses (qu'elle aime), ce qui ne lui laisse que deux situations négatives à vivre : je voudrais les manger et je ne peux pas ou je les ai mangées et je n'aurais pas dû !

« Le plaisir, un allié du régime » - Crédit photo : © pavel sazonov - istockphoto.com Le plaisir alimentaire n'est pas l'ennemi : il est normal d'aimer manger parce que c'est inscrit dans notre histoire et notre physiologie. Le plaisir est toujours présent dans les comportements utiles et même indispensables car il y va de la survie de l'individu et de l'espèce : l'alimentation, la sexualité...

Si le Créateur a mis le plaisir comme com­posante de notre biologie c'est pour notre bien. En effet c'est lui qui nous pousse à manger avec comme premier plaisir la dis­parition d'un déplaisir, la faim, véritable moteur de la recherche de nourriture. Puis la prise alimentaire est entretenue par l'ap­pétit, désir spécifique qui nous conduite la variété alimentaire.

Dans cette vision finaliste il fallait que les aliments qui nous permettent de sur­vivre, ceux qui apportent des calories in­dispensables à la vie, à la procréation (la graisse corporelle est indispensable à la fertilité féminine), à la libération d'énergie pour la survie, soit attrayants et donc bons : c'est le cas des aliments sucrés et gras. Il est normal gue les aliments gras et sucrés soient bons et vice versa. C'est d'une part leur abondance surstimulante et d'autre part la non écoute des signaux qui condui­sent au début et à la fin de la prise alimen­taire qui posent problème.

Manger sans faim est le drame de ceux à qui Ion impose des régimes, mangeant à l'heure parce qu'il le faut, c'est une première dissociation physiologique : au contraire manger lorsque l'on a faim est un élément de régulation, à condition de ne pas s'en culpabiliser et à condition de le faire posé­ment, d'apprécier, de déguster, de savourer, de mastiquer. Lorsque la « dose » de plaisir est obtenue naturellement le désir s'éteint parce que le plaisir est obtenu : on est dans la situation du gourmet raffiné, distingué, de l'oenologue qui cherche à stimuler ses papilles gustativos mais ne va jamais à l'excès. La gourmandise n'est mauvaise que lorsqu'elle confine à la luxure et nous coupe des autres. Le gourmet est social - convivial.

Oui l'homme est un mangeur intermittent (il ne mange pas tout le temps), gourmand et social. La prise alimentaire s'arrête pour plusieurs raisons, parce qu'il n'y a plus rien de disponible, parce que le temps du repas est fini, mais aussi parce que le rassasie­ment est là, c'est à dire le « remplissage » obtenu. Tout ceci survient difficilement chez celui qui a une alimentation déstructurée ; mais aussi chez celui qui n'écoute pas ses sensations, car lorsque l'on est « plein » le déplaisir était déjà perceptible auparavant. Ecouter cette sensation désagréable et en tenir compte est un autre signal utile, ne pas en tenir compte c'est prendre le risque de la surconsommation. Survient enfin le temps de la satiété, un temps de non faim, de désensibiiisation, où le besoin de man­ger ne se fait pas sentir sauf si on le surstimule par la vue, l'odeur, ...

Ainsi leplaisirbien compris n'est pas cou­pable, il est nécessaire ; les écarts ne sont plus des écarts ce sont des occasions où l'on prendra de « bon coeur » et consciem­ment certains aliments avec le plaisir de les avoir mangés et la satisfaction de ne pas en avoir consommé trop... avec une simple rectification du tir le lendemain. Ceci s'inscrit d'ailleurs dans la souplesse, normale et nécessaire du comportement alimentaire, loin de la rigidité des régimes, facteurs d'anxiété, de culpabilité et de dé­règlement. Oui le plaisir est l'allié des changements d'attitude par rapport à l'alimentation.

(Par le Dr Jean-Michel Lecerf, Chef du Service diététique et nutrition de l'Institut Pasteur de Lille - La Lettre de la Nutrition des Thermes de Brides-les-Bains N°5 - Janvier 2010)

SOURCE : Thermes de Brides-les-Bains

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