Le plaisir c’est la santé !

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Le plaisir c’est la santé !

Qui croire en matière d’alimentation ? « Y a pas d'mal à s'faire du bien » ou « Vous aimez tout ce qui est bon ? C'est très mauvais »… Les deux écoles existent et une première étude scientifique donne peut-être une explication en distinguant un plaisir épicurien, basé sur l'appréciation sensorielle et symbolique des aliments, et un plaisir viscéral impulsif répondant aux signaux externes et aux émotions. Le premier favoriserait une alimentation saine et – cerise sur le gâteau – augmenterait le sentiment de bien-être. Une seconde étude révèle chez des enfants que le fait d'associer spontanément des occasions festives (Noël, anniversaire, carnaval) à des aliments n'est pas corrélé à un IMC (Indice de masse corporelle) élevé, au contraire ! Autant d'indices qui plaident en faveur d'une éducation alimentaire et culinaire pour développer un plaisir « gourmet ».

Le plaisir épicurien, un allié pour manger sainement ?

La recherche en alimentation associe souvent les concepts de surconsommation - ou l’échec de l’autorégulation - au plaisir de manger, ainsi considéré de manière négative. Le plaisir représente alors la satisfaction des impulsions viscérales, en réponse à des signaux internes ou externes. La recherche sur les aspects socio-culturels de l’alimentation a, au contraire, développé une vision positive du plaisir alimentaire : plus durable, basé sur l’appréciation sensorielle et la valeur symbolique des aliments, il est nommé « épicurien ».

Dans cet étude [1], les auteurs ont développé puis testé une échelle mesurant le plaisir épicurien et ont ensuite comparé leurs résultats à ceux obtenus avec des échelles mesurant le plaisir viscéral (échelles d’alimentation en réponse à des signaux externes et aux émotions). Ils ont ensuite étudié les associations entre le plaisir épicurien et viscéral et deux paramètres liés à l’alimentation – la restriction alimentaire et l’inquiétude pour sa santé, ainsi qu’avec des variables démographiques. Enfin, l’association entre les deux types de plaisir, les préférences de taille de portion et le bien-être ont été analysés. 250 Américains ont répondu aux différents questionnaires validés préalablement.

Les résultats ont montré que les tendances au plaisir épicurien et viscéral étaient bien distinctes. Les femmes ont obtenu des scores de plaisir épicurien significativement plus hauts que les hommes (alors que les paramètres d’âge, revenu, éducation et IMC n’avaient pas d’impact). Les scores de plaisir viscéral ont été positivement corrélés à l’IMC. La préférence pour des grosses portions était négativement corrélée au plaisir épicurien mais très positivement corrélée au plaisir viscéral. Les mangeurs restreints, tout comme les personnes soucieuses de leur santé ont eu tendance à préférer de petites portions (mais avec un « coût hédonique »).

Enfin, le score de bien-être était positivement corrélé au plaisir épicurien et très négativement corrélé aux scores d’alimentation en réponse à des signaux externes et aux émotions. Le bien-être était également négativement corrélé à la préférence pour des grosses portions et à la restriction alimentaire.

Sur la base de ces résultats, les auteurs plaident pour une approche holistique, dépassant l’approche moralisatrice qui associe plaisir alimentaire à plaisir viscéral de « bas-niveau ». Ils incitent à reconnaître le rôle positif du plaisir épicurien qui favorise une alimentation saine et le bien-être.

Les enfants en surpoids associent-ils d’avantage les événements festifs à la nourriture ?

Lorsqu’on pense à Noël, on peut tout aussi bien se représenter un sapin de Noël qu’une dinde aux marrons ou une bûche : les fêtes et événements sont en effet souvent associés à l’alimentation. Cette étude [2] s’est intéressée aux associations spontanées entre des fêtes ou événements et la nourriture chez les enfants. 111 enfants allemands âgés de 10 à 13 ans ont été interrogés sur les 5 premières associations qu’ils faisaient avec les événements suivants : Noël, les vacances, le week-end, le carnaval et l’anniversaire.

Ces associations ont été classées en deux groupes, selon leur lien ou leur absence de lien avec la nourriture. Les enfants pouvaient ensuite choisir entre un bonbon ou un jouet. Les relations entre le nombre d'association en lien avec la nourriture et l'IMC des enfants ou avec le choix d'un bonbon plutôt que d'un jouet ont été analysées.

Contrairement à ce qui était attendu, l’IMC a été négativement associé au nombre d’associations en lien avec la nourriture (P = 0,02) : plus leur IMC était faible, plus les enfants ont fait des associations en lien avec la nourriture. Aucune relation n’a été montrée entre le nombre d’associations en rapport avec la nourriture et le choix d’un bonbon plutôt que d’un jouet.

D’après les auteurs, pour les enfants minces mais pas pour les enfants obèses, les sucreries seraient exclusivement reliées à des occasions spéciales, ce qui expliquerait les résultats liés à l’IMC. Ces associations pourraient découler de différences dans le style parental, avec un style souvent plus restrictif chez les parents d’enfants minces (qui restreignent certains aliments à des occasions précises) et plus permissif chez les parents d’enfants obèses.

Références

  1. Pleasure as an ally of healthy eating? Contrasting visceral and Epicurean eating pleasure and their association with portion size preferences and wellbeing. Cornil Y, Chandon P. Appetite. 2015 Sep 10. pii: S0195-6663(15)30014-3.
  2. Sweet Christmas: Do Overweight and Obese Children Associate Special Events More Frequently with Food than Normal Weight Children? Carolien Martijn, Sophie Pasch, Anne Roefs. Appetite, Vol 96, Jan 2016, 426–431.

SOURCE : CEDUS

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