Le piège de la tentation

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Tout a commencé par une bête pomme. Rappelez-vous ! Eve, Adam, l'Eden. Ça aurait pu être une poire, des prunes ou des nèfles. A la minute où l'interdit survînt, ce fût la fin des petits pois ... plus fort qu'aucune volonté humaine ou ordre divin. Et depuis, rien n'a changé. Le goût de la tentation est irrésistible.

La tentation, le sésame de l'appétit

Il suffit au pot de confiture d'être haut perché pour devenir délicieux ; aux frites d'être contingentées pour être follement irrésistibles ; au chocolat d'être déraisonnable pour faire lever en pleine nuit tous les gourmands.

Une étude vient d'être publiée par les chercheurs de Pennsylvania State University : ils ont placé des enfants dans des situations particulières pour obtenir des cookies : dans un premier test, il fallait « travailler » pour les obtenir ; dans un autre, les cookies « x » étaient en libre-service mais les cookies « y » étaient interdits, puis proposés durant seulement 5 minutes. Devinez !?

Ces derniers ont été préférés, surconsommés ... quand les cookies « x » restaient dans le plat. Faut-il seulement interdire pour voir développer l'attrait et la consommation immodérée ?

Marketing de l'inatteignable

Ce n'est parce que c'est rare et cher que nous le souhaitons ardemment. Un diamant de 50 carats ou une île déserte sont rarissimes et cherrissimes... mais ne nous polluent pas trop les neurones.

Non : il s'agit bien de convoiter un objet ou un bien qui, finalement, est à notre portée contre efforts financiers exagérés certes, mais rendus possibles. LVMH l'a très bien saisi et est devenu expert : ces objets qui vous offrent une naissance, un pedigree... et vous font appartenir à ces happy fews positionnés en haut de panier. Une mini bourse pour vos piécettes - 300 euros. Un porte-clé - 400 Euros. Un T-shirt « CHANEL » en gras sur le devant ou un sac à main bien logoté afin que le bas peuple puisse identifier la marque - 2000 Euros.

Et vous oubliez d'un coup qu'habituellement, les marques payent pour les hommes sandwiches ou les taxis qui acceptent de porter leur publicité. Vous payez la marque et la publicité de la marque. Quel monde merveilleux !

LVMH est expert en cupidité : à ne jamais solder ses articles, à ne les diffuser qu'en points de vente agréés et donc, plutôt rares, l'image des produits enfle et aucun des consommateurs qui font la queue avenue des Champs-Elysées n'a le moindre doute sur l'éventualité d'un mauvais choix. La rareté et l'exception justifient le prix, certes, mais surtout, cette insatiété terrible jusqu'au moment de l'appropriation. Pour les frites et le chocolat, c'est tout pareil. Qui résiste à déguster la frite du haut ou le carré de chocolat posé là ?

Si les frites n'étaient pas interdites, seraient-elles si bonnes ? Sûrement non.

Le buffet campagnard gratuit

On prétend que ce qui est gratuit perd toute valeur. Pour autant, la nourriture gratuite est convoitée d'autant plus que l'oeil constate un nombre important de compétiteurs. Ainsi, vous aurez remarqué que lors d'un cocktail ou d'un buffet, nous mangeons bien plus qu'on ne le ferait dans le cocon tranquille du domicile entouré de nos habituels commensaux.

Le fait de faire la queue au buffet « gratuit » nous incline à nous servir de 30 à 100 % fois plus qu'on ne le ferait à la maison. Là encore, la compétition proche est follement ressentie, et nous perdons toute retenue, tout repère de satiété. « Les yeux plus gros que le ventre » est une litote. « Les yeux plus gros que la cervelle », serait plus adapté.

Mais comment lutter ?

Le sachant, en prenant conscience, nous ne sommes néanmoins pas épargnés par ce phénomène. Le mieux serait de n'y être jamais présent.

Tentation de mêler le don et la vente

Redorer un blason lorsqu'il est entaché ou se faire de la pub sur sa générosité ...

C'est pourtant éthiquement impardonnable, mais aujourd'hui, légion. Faire un don et faire la pub de sa générosité reste un comportement impardonnable et même, condamnable. C'est pourtant une arme marketing usée. La dernière en date est celle de « Pure tentation »... même son nom vous met en garde !

Merci Coca-cola, qui sort une bouteille d'eau aromatisée en Chine, nommée « Pure Joy » et dont une partie de ce que vous payez est versée à une association qui s'occupe de fournir de l'eau potable à tous : comme c'est admirable !!?

Conclusions : comment lutter ?

De ceci découlent quelques conseils - finalement séculaires pour raison garder dans votre comportement alimentaire :

  • Ne faites JAMAIS de la nourriture, une récompense. « Si tu es sage, je t'emmène au MCDO » ou « tu auras des bonbons »...
  • N'interdisez JAMAIS un aliment. Faites en sorte qu'il soit proposé en priorité des aliments sains et de bonne qualité et apprenez à vos enfants à manger dans le calme et la modération.
  • Montrez l'exemple. Donc ne faites pas de régime restrictif ni d'orgie devant vos enfants.
  • Au buffet, choisissez une assiette à dessert pour vous servir et ne vous resservez JAMAIS
  • Maximiser les dangers et inconvénients de votre surconsommation... oui, trop manger est vraiment mauvais pour la ligne comme pour la santé. Ce n'est pas anodin. Et si vous n'y parvenez pas, prenez les grands moyens :
  • Cacher les fraises, limitez les haricots verts, punissez d'un menu BigMachin... Non, je ne plaisante pas ! Pas de récompense, un point c'est tout !

(Par Béatrice de Reynal - Consultation Nutrition n°39 - Mai 2014)

SOURCE : NUTRIMARKETING SA

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