Le petit déjeuner boit la tasse !

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Tout fout le camps… On croyait que le petit déjeuner était la seule prescription nutritionnelle vraiment respectée en France. Voilà que le centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) brise nos dernières illusions : ce monument national est un chef d’œuvre en péril…

L'information aurait dû enflammer le microcosme nutritionnel… et c’est peine si elle a fait l’objet d’un ou deux articles dans nos media, d’habitude si prompts pourtant à dénoncer les errements hexagonaux. Telle une tartine dans un bol de café, le grand observatoire de nos comportements qu’est le CREDOC, se plonge régulièrement dans nos habitudes de petit-déjeuner et conclut cette année que, si les choses bougent, c’est plutôt dans le mauvais sens !

On pensait que le p’tit-dej’ avait atteint un statut d’institution, que toutes les valeurs sociales pouvaient s’écrouler, sauf celleci, symbole de partage, de convivialité, d’unité familiale. Patatras : selon le CREDOC, la place de ce moment privilégié de la journée commence à s’émousser et notre petit-déjeuner national risque de boire la tasse !

L’histoire du petit-déjeuner tel que nous le connaissons aujourd’hui commence au XVIIIe siècle avec la diffusion de l’usage du café et du café au lait accompagné de pain. Le terme de « petit-déjeuner » apparaît lui-même au XIXe siècle lorsque se met en place l’organisation actuelle des rythmes des prises alimentaires en trois repas.

Consensus et petits pains

Au cours de ces 10 dernières années, les enquêtes sont formelles : le premier repas de la journée (étymologiquement, « déjeuner » signifie rompre le jeûne) a perdu de son caractère systématique, quelle que soit la tranche d’âge étudiée. Les ados sont les premiers concernés car la part des 13-19 ans prenant sept petits-déjeuners par semaine est passée en dix ans de 79% à 59%.

Chez les enfants de 3 à 12 ans, la baisse est régulière mais plus lente : 91% en 2003, 87% aujourd’hui, à peu près la même courbe descendante que celle des adultes (91% à 86%).

Non contents d’étudier ce que nous prenons au petit-déjeuner, nos amis du CREDOC s’intéressent de surcroît aux conditions dans lesquelles nous l’avalons. Ce premier repas de la journée en est également le premier repère. Aussi, les codes sont-ils très établis et chaque matin semble répéter un véritable rituel. Première constatation, la quasi-totalité des petits déjeuners sont pris à domicile : 97% pour les enfants (3 - 12 ans), 94% pour les adolescents (13 - 19 ans) et 97% pour les adultes.

L’heure c’est l’heure !

Même si elles sont très minoritaires, les prises hors domicile sont plus fréquentes chez les 13-19 ans pour lesquels 6% des petits déjeuners ne sont pas avalés à la maison. C’est à Paris que l’on « petit déjeune » le plus souvent hors du domicile (8% des petits-déjeuners des adolescents et 5 % de ceux des adultes).

Les ouvriers et tous ceux qui débutent très tôt leur journée de travail, sont aussi ceux qui déjeunent le plus hors du domicile. Bien obligés, leurs enfants suivent alors le mouvement.

En semaine, les horaires du petit-déjeuner sont très concentrés, plus de 75% étant pris avant 9 heures. Les horaires des enfants sont les plus ritualisés puisque 24% d’entre eux sont pris entre 7h30 et 8 heures en raison des horaires homogènes d’ouverture des écoles.

Le weekend, le petit déjeuner est pris un peu plus tardivement, surtout chez les adolescents chez qui seulement 29% des petits-déjeuners sont absorbés avant 9 heures.

Dans la majorité des cas, le petit-déjeuner est pris au moins 4 heures avant le repas suivant. D’où l’importance de cette première prise alimentaire dont on comprend qu’elle doit être suffisamment copieuse pour tenir le coup toute la matinée.

Tous ensemble, tous ensemble, tous…

Si le petit déjeuner reste malgré tout aussi formel, c’est bien sûr du fait de son importance d’un point de vue nutritionnel, mais surtout social. Il revêt un enjeu particulier pour le maintien du lien familial puisqu’il est souvent le seul repas de la journée pris en commun dans les familles où les deux parents travaillent.

Pourtant, prendre son petit-déjeuner seul est de plus en plus fréquent en milieu urbain. A paris, c’est même le cas de 61% des adultes, de 63% des adolescents et de 30% des enfants (contre seulement 50% des adultes, 52% des adolescents et 22% des enfants vivant dans des communes de moins de 2.000 habitants).

Maintenant que nous avons pu répondre à l’angoissante question « comment petit déjeune-ton ? », empressons-nous de répondre à la plus essentielle, nutritionnellement parlant : que diable mange-t-on le matin au réveil ?

Quand il existe, le petit-déjeuner est devenu plus copieux et sa durée s’est allongée. Cela traduit une évolution vers un repas plus souvent choisi qu’auparavant.

Contrairement au dîner, où le plat principal est partagé dans 80% des cas, au petit-déjeuner chacun choisit les produits qu’il préfère. C’est le même phénomène que pour les fins de repas, de plus en plus individualisées.

La contribution des petits-déjeuners aux apports énergétiques a fortement progressé au cours du temps, notamment chez les 30-59 ans, pour atteindre plus de 20% des apports totaux, alors qu’elle n’était que de 16% en 2003.

Le petit-déjeuner s’est enrichi de plus de composantes, avec notamment l’ajout d’un produit laitier au petit-déjeuner de base classique, tartine et café. Le plus fréquent est aujourd’hui le pain biscotte et produit laitier avec ou sans boisson chaude. Comme le petit-déjeuner classique, celui qui est composé seulement d’une boisson chaude a diminué depuis 2003. Les boissons chaudes sont d’ailleurs remplacées peu à peu par des jus de fruits (voire par des sodas…).

Ecole, collation et goûter...

C’est Pierre Mendès-France, président du Conseil, qui avait institué le verre de lait servi aux enfants en 1954 pour lutter contre le déficit en calcium. Les autorités sanitaires déconseillent aujourd’hui la collation du matin à l’école. A midi, les enfants qui ont mangé à 10h00 n’auraient plus faim et se rattraperaient sur le goûter et le dîner. Un point de vue que l’application de la semaine de quatre jours et demi pourrait bien inciter à revoir.

Pris dans l’après-midi, après l’école, c’est un repas important qui permet d’éviter le grignotage jusqu’au dîner. Idéalement, selon ses besoins et en fonction de ses activités, un enfant devrait pouvoir choisir 1 ou 2 aliments parmi les groupes suivants :

  • Fruits (frais, en compote ou en jus, sans sucre ajouté)
  • Lait et produits laitiers (yaourt, fromage)
  • Produits céréaliers (pain complet, biscuits secs riches en céréales…)

Une hécatombe à l’examen PNNS !

Le petit-déjeuner « idéal » (composé de céréales, fruit ou jus de fruit et produit laitier) chute dans les trois populations étudiées depuis 2007 alors qu’il avait progressé avant. Les spécialistes du CREDOC avancent une double explication au phénomène. D’une part ce type de petit-déjeuner est complexe à composer et peu ancré dans les habitudes culturelles (notamment avec la présence du fruit) ; d’autre part la crise économique est passée par là, provoquant la baisse de produits jugés superflus comme les viennoiseries.

Les messages sanitaires rabâchés par le Plan National Nutrition Santé ont-ils pour autant été inutiles ? Loin de là car ils ont clairement favorisé la hausse de la consommation de fruits ou de compotes dans les trois populations étudiées. De fait, chez les enfants et les adolescents, la part des fruits augmente alors que celle des ultra frais laitiers, des viennoiseries et des céréales en flocons diminue.

La baisse des petits-déjeuners chez les enfants et les adolescents conduit pourtant à une diminution globale de certains produits fortement consommés à cette occasion (lait, pain). La nouvelle réforme du rythme scolaire sur quatre jours et demi mettra l’accent sur les heures du matin. Raison de plus pour relancer des campagnes d’incitation à la prise du petit déjeuner !

(Par Olga Gretchanowski)

SOURCE : BIENSÛR Santé

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