Le p’tit-dej’ boit la tasse : 29% des enfants sautent le petit-déjeuner !

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On croyait que le petit-déjeuner était la seule prescription nutritionnelle vraiment respectée en France. Voici que deux études viennent briser nos certitudes et que le CREDOC nous apprend que ce monument national est un chef d’œuvre en péril…

En pleine rentrée scolaire, deux études, l’une américaine, l’autre britannique, sont venues bousculer la certitude nutritionnelle la plus établie dans notre pays : prendre un petit-déjeuner est une condition sine qua non de bon équilibre nutritionnel et, partant, de bonne santé.

Des équipes de chercheurs ont séparé en deux groupes des adultes volontaires, l’un prenant un petit déjeuner, l’autre s’en passant. L’objet des travaux était notamment de valider ou non que le petit déjeuner aidait à contrôler son poids et renforçait la protection cardiovasculaire.

Badaboum, il semblerait que « dé-jeûner » ou continuer à jeûner jusqu’au repas de midi ne changerait absolument rien à notre état de santé.

En France – mais dans bien d’autres pays également- les résultats de ces travaux font grand bruit et les nutritionnistes sont immédiatement montés au créneau pour en contester les conclusions.

Le grand Soir du petit matin ?

Les défenseurs de l’orthodoxie matinale protestent vigoureusement et leurs arguments sont, si l’on peut dire, nourris. D’abord les études en question ne portent que sur des observations de court terme, les effets d’un déséquilibre alimentaire ne se faisant pas sentir instantanément et, surtout, la différence de dynamisme entre les pratiquants et les abstinents a été confirmée. Le fameux coup de barre de milieu de matinée constaté chez ceux qui n’ont pas fait le plein de carburant n’est pas une légende urbaine… Donc, pas de panique, la révolution n’a pas encore gagné nos bols et le grand Soir du petit matin n’est pas pour demain…

Il reste que l’impact de telles études sur nous autres, pauvres citoyens crédules devant la parole scientifique, peut être désastreux car il se trouve que la pratique du petit-dej’, que l’on pensait sacrée en France, ne l’est plus tant que cela désormais. Selon le grand observatoire de nos comportements qu’est le CREDOC, la place de ce moment privilégié de la journée commence à s’émousser et notre petit-déjeuner national risque de boire la tasse !

Consensus et pain grillés

Aujourd’hui, dans un contexte de crise économique durable, la dernière enquête du CREDOC met en évidence une très forte dégradation de la prise quotidienne d’un petitdéjeuner par rapport à 2010.

Cette baisse est particulièrement inquiétante chez les enfants : 29% d’entre eux sauteraient au moins un petit déjeuner dans la semaine alors qu’ils n’étaient que 11% en 2010. Chez les adultes, la situation n’est guère plus réjouissante puisque la proportion des abstinents augmente également un peu moins vite mais depuis plus longtemps (21% en 2013 vs 11% en 2003).

Les ados restent les premiers concernés car la part des 13- 19 ans prenant sept petits-déjeuners par semaine est passée en dix ans de 79% à 59%.

Non contents d’étudier ce que nous avalons le matin, nos amis du CREDOC s’intéressent de surcroît aux conditions dans lesquelles nous l’avalons.

Le premier repas de la journée en est également le premier repère. La quasi-totalité des petits déjeuners sont pris à domicile : 97% pour les enfants (3 – 12 ans), 94% pour les adolescents (13 – 19 ans) et 97% pour les adultes.

Au cours de ces dernières années, le premier repas de la journée a perdu de son caractère systématique, quelle que soit la tranche d’âge étudiée.

L’histoire du petit-déjeuner tel que nous le connaissons aujourd’hui commence au XVIIIe siècle avec la diffusion de l’usage du café et du café au lait accompagné de pain. Le terme de « petit-déjeuner » apparaît lui-même au XIXe siècle lorsque se met en place l’organisation actuelle des rythmes des prises alimentaires en trois repas. ?

L’heure c’est l’heure !

Même si elles sont très minoritaires, les prises hors domicile sont plus fréquentes chez les 13-19 ans pour lesquels 6 % des petits-déjeuners ne sont pas avalés à la maison. C’est à Paris que l’on « petit-déjeune » le plus souvent hors du domicile (8% des petits-déjeuners des adolescents et 5 % de ceux des adultes).

Les ouvriers et tous ceux qui débutent très tôt leur journée de travail, sont aussi ceux qui déjeunent le plus hors du domicile. Bien obligés, leurs enfants suivent alors le mouvement. En semaine, les horaires du petit-déjeuner sont très concentrés, plus de 75% étant pris avant 9 heures. Les horaires des enfants sont les plus ritualisés puisque 24% d’entre eux sont pris entre 7h30 et 8 heures en raison des horaires homogènes d’ouverture des écoles.

Le weekend, le petit-déjeuner est pris un peu plus tardivement, surtout chez les adolescents chez qui seulement 29 % des petits-déjeuners sont absorbés avant 9 heures.

Dans la majorité des cas, le petit-déjeuner est pris au moins 4 heures avant le repas suivant. D’où l’importance de cette première prise alimentaire dont on comprend qu’elle doit être suffisamment copieuse pour tenir le coup toute la matinée.

Petits-déjeuners pas si petits

Maintenant que nous avons pu répondre à l’angoissante question « comment petit-déjeune-t-on ? », empressons-nous de répondre à la plus essentielle, nutritionnellement parlant : que diable mange-t-on le matin au réveil ?

Quand il existe, le petit-déjeuner est devenu plus copieux et sa durée s’est allongée. Cela traduit une évolution vers un repas plus souvent choisi qu’auparavant.

Contrairement au dîner, où le plat principal est partagé dans 80 % des cas, au petit-déjeuner chacun choisit les produits qu’il préfère. C’est le même phénomène que pour les fins de repas, de plus en plus individualisées.

La contribution des petits-déjeuners aux apports énergétiques a fortement progressé au cours du temps, notamment chez les 30-59 ans, pour atteindre plus de 20 % des apports totaux, alors qu’elle n’était que de 16 % en 2003.

Le petit-déjeuner s’est enrichi de plus de composantes, avec notamment l’ajout d’un produit laitier au petit-déjeuner de base classique, tartine et café. Le plus fréquent est aujourd’hui le pain biscotte et produit laitier avec ou sans boisson chaude.

Comme le petit-déjeuner classique, celui qui est composé seulement d’une boisson chaude a diminué depuis 2003. Les boissons chaudes sont d’ailleurs remplacées peu à peu par des jus de fruits.

La baisse des petits-déjeuners chez les enfants et les adolescents conduit pourtant à une diminution globale de certains produits fortement consommés à cette occasion (lait, pain).

Ecole, collation et goûter...

C’est Pierre Mendès-France, président du Conseil, qui avait institué le verre de lait servi aux enfants en 1954 pour lutter contre le déficit en calcium. Les autorités sanitaires déconseillent aujourd’hui la collation du matin à l’école. A midi, les enfants qui ont mangé à 10h00 n’auraient plus faim et se rattraperaient sur le goûter et le dîner.

Pris dans l’après-midi, après l’école, le goûter est un repas important qui permet d’éviter le grignotage jusqu’au dîner.

Traditionnellement en France, selon ses besoins et en fonction de ses activités, un enfant devrait pouvoir choisir 1 ou 2 aliments parmi les groupes suivants :
  • Fruits (frais, en compote ou en jus, sans sucre ajouté)
  • Lait et produits laitiers (yaourt, fromage)
  • Produits céréaliers (pain complet, biscuits secs riches en céréales…).
Mais comme le petit-déjeuner, le goûter "idéal" est lui aussi de plus en plus bousculé et une autre révolution est peut-être également en marche...

La nouvelle réforme du rythme scolaire sur quatre jours et demi mettra l’accent sur les heures du matin. Raison de plus pour relancer des campagnes d’incitation à la prise du petit déjeuner !

(Par Olga Gretchanowski)

SOURCE : BIENSÛR Santé

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