Le modèle japonais alimentaire face au vieillissement : source d’inspiration pour l’innovation ?

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Le Japon est l’un des pays où l’espérance de vie est la plus élevée et que sa population compte plus de 7 000 centenaires. Or quand on connaît l’impact de la nutrition sur la santé, il est logique de supposer qu’il doit exister quelques clés dans le modèle alimentaire japonais pour expliquer cette longévité.

Yuriko Sakata Risch, de l’entreprise Ninapharm, spécialisée dans les régimes antioxydants, s’exprimant au nom d’Eijit Edeas, Président fondateur de cette entreprise, a pris l’exemple du régime d’Okinawa, du nom de cette île, située au Sud du Japon. L’espérance de vie de sa population y est une des plus élevées au monde, d’où le nombre important de centenaires qui vivent dans cette île.

Comment peut-on expliquer cette longévité exceptionnelle ? D’emblée, Yuriko Sakata Risch a indiqué que l’alimentation y est saine. Okinawa étant située dans une zone quasiment tropicale, la population y a un accès facile aux fruits et aux légumes. Appréciés en particulier pour leur couleur et leur texture, les légumes, et notamment le fenouil et différentes variétés de concombres amers, y sont consommés après une cuisson « brève et puissante ».

A Okinawa, on mange aussi beaucoup d’algues, soit en salades, soit en accompagnements, mais aussi des fines herbes. En revanche, cette population, contrairement à la grande majorité des Japonais, ne consomme quasiment pas de petits légumes salés, traditionnellement servis en accompagnement, d’où une consommation de sel très peu élevée.

On y mange aussi beaucoup de viande de porcs, ce qui explique que les habitants de cette île bénéficient d’un apport en protéines plus équilibré que chez les Japonais des autres régions qui, bien souvent, souffrent de carences en protéines. Cet apport protéinique est assuré également par une consommation élevée de tofu. Il faut y ajouter l’utilisation de sucre roux, dont les bienfaits sont connus depuis longtemps et l’absorption en quantité importante de thé ce qui est bon pour l’hydratation. Pour les habitants d’Okinawa, pour l’essentiel des ruraux qui continuent de travailler dans les rizières à un âge avancé et partagent une même philosophie de la vie basée sur de solides valeurs morales et familiales, « le repas est le médicament de la vie », a conclu Yuriko Sakata Risch.

Certes, ce style de vie peut expliquer en partie cette longévité des seniors observée sur l’île d’Okinawa. Mais Yuri Hatanaka, du MI Innovation Lab de Tokyo, s’est interrogé plus généralement sur la façon de maintenir cette espérance de vie de la population japonaise qui est de 86 ans pour les femmes et de 83 ans pour les hommes. Pour elle, il semble qu’il faille « appliquer l’innovation à notre vie quotidienne » pour développer, non pas ce qu’il appelle de « bons produits » qui répondent aux besoins des consommateurs, mais des « produits innovants », qui dépassent leurs attentes. Or pour l’innovation, la clé de la réussite c’est la R&D qui est devenue la partie la plus importante dans le développement d’un produit alimentaire. Yuri Hatanaka a rappelé que si le Japon ne représente que 2% de la population mondiale, son budget de R&D, lui, s’élève à 18% des dépenses mondiales faites dans ce domaine.

Après avoir présenté différents produits innovants, Yuri Hatanaka s’est focalisé sur les services proposés aux seniors et a pris comme exemple un système de plats préparés en poche sous vide livrés à domicile. Elle a expliqué que grâce à cette « nouvelle façon de préparer et servir les repas », les aliments conservent leur fraîcheur mais aussi une certaine texture qui facilite leur consommation par des personnes âgées. De plus, ils ne peuvent être contaminés par des germes extérieurs. Quant à l’utilisation de la cuisson à basse température, elle permet d’éviter l’oxydation des ingrédients. Yuri Hatanaka a précisé qu’un brocoli préparé selon ce procédé conserve 97% de ses vitamines, alors que la cuisson vapeur permet de n’en conserver que 73%.

Intervenant à nouveau, mais cette fois-ci au nom du Docteur Saburo Matsuda, Yuriko Sakata Risch a présenté un autre exemple qui illustre la capacité du Japon à innover dans le secteur de l’alimentation. Il s’agit de l’Hyprolina, un produit extrêmement prometteur développé par Ninapharm à partir du probiotique Lactobacillus fermentum. Ce microorganisme est issu de la séparation du glucose et du lactose, ce qui permet de générer de l’énergie essentielle pour la croissance. Tout comme Bifidus, Lactobacillus est l’une de ces « bonnes bactéries » qui affaiblit les mauvaises bactéries, accélère la digestion et l’absorption des aliments, renforce l’immunité et la synthèse des vitamines, en particulier de toute une gamme de vitamines B, et augmente la résistance aux maladies.

Elle a rappelé que cette bactérie n’est pas seulement présente dans les produits laitiers, comme on l’estime à tort, mais qu’on la retrouve dans de nombreux aliments à base de plantes fermentées mais aussi de poissons fermentés, consommés en particulier au Japon. Ce Lactobacillus peut alors survivre dans des environnements nutritionnellement déséquilibrés. Si la fermentation provoquée par cette souche de microorganisme ajoute une certaine acidité et par conséquent du goût à ces produits, la modification de leur pH empêche le développement d’autres bactéries pouvant entraîner notamment des intoxications alimentaires. D’où la possibilité d’un stockage plus sûr.

Découlant de Lactobacillus, l’Hyprolina est donc un nouveau probiotique dont les effets sont plus élevés. Ainsi le complexe anthocyanine réduit l’absorption du glucose dans le sang et le niveau des cellules intestinales en inhibant l’activité alpha-glucosidase. Il augmente aussi l’utilisation métabolique du glucose. Yuriko Sakata Risch a indiqué que des doses élevées de ce probiotique vont permettre de digérer le glucose disponible dans l’intestin et agir par exemple contre la constipation. L’Hyprolina est d’autant plus intéressant comme probiotique que son taux de survie est de 99%, sa résistance thermique étant par ailleurs plus élevée que celle des autres bactéries lactiques. Des essais cliniques ont montré qu’Hyprolina, qui peut être utilisé sous la forme de complément alimentaire, accélère le développement de « bonnes bactéries » dans l’intestin. En outre, une réduction du tour de taille a par ailleurs été observée trente jour après la prise d’Hyprolina.

Autre « trésor » japonais, c’est ainsi que Eiji Yamashita, de Fuji Chemical Co Ltd, l’a qualifié, l’Astaxanthine, qui appartient à la grande famille des caroténoïdes dont elle possède les puissantes propriétés antioxydantes. L’Astaxanthine est produite naturellement par Haematococcus pluvialis, une algue verte qui se protége ainsi des dommages causés par l’environnement. Or Fuji Chemical Co Ltd développe la culture de cette algue afin de concevoir différentes gammes de produits à base d’Astaxanthine, celle-ci ayant la particularité d’améliorer le métabolisme des lipides et, par conséquent, de limiter l’accumulation de graisses, mais aussi de lutter contre les rides. Eiji Yamashita a précisé que 11 études cliniques menées sur l’homme ont apporté la preuve de son efficacité sur la fatigue oculaire.

Yuriko Sakata Risch, tout comme les autres participants à cette table ronde, a rappelé que les Japonais ont un niveau de conscience très important de ce qu’est le bien vieillir. C’est la raison pour laquelle ils font très attention à ce qu’ils peuvent et doivent manger. Mais pour y parvenir, il faut que le repas soit facile à préparer, avec une cuisson intelligente, certes, mais que celui-ci soit consommé avec plaisir. Autrement dit, il faut aimer manger. « Je crois que manger est le dernier plaisir qui nous reste quand nous sommes très âgés. Aussi faut-il en profiter », a conclu Yuriko Sakata Risch.

(Congrès international Goût Nutrition Santé 2012 de Vitagora®, à Dijon, table ronde du 21 mars 2012 : « Action mechanisms of pre- and pro-biotics: the challenges for industrial exploitation » animée par Isabelle Lestienne, Nutrition Infos)

SOURCE : Congrès Internationl Goût-Nutrition-Santé Vitagora®

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