Le modèle alimentaire français : entre invariants et évolutions récentes

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Le modèle alimentaire en France comprend des éléments assez constants et d'autres ayant évolué plus ou moins récemment. Parmi les tendances fortes et durables observées, on note la diversité des types d'aliments consommés, un plaisir de manger éminemment social, avec des repas très majoritairement pris ensembles, des horaires de repas resserrés et des consommations hors-repas qui ne se développent pas outre mesure. Qu'en est-il des grands changements au sein de ce modèle ?

L'industrialisation du pays, son développement économique, l'évolution du rôle des femmes dans la société et l'attrait pour les loisirs... toutes ces raisons ont conduit à un fort développement après-guerre de l'alimentation transformée. En témoigne l'ultra frais laitier et les boissons sans alcool, aujourd'hui parmi les secteurs alimentaires les plus croissants du marché.

Pour les même raisons, on note une simplification de la séquence des repas [1]. Si, dans les esprits, un déjeuner est toujours constitué d'une entrée, d'un plat, d'un fromage et d'un dessert, dans les faits, 32% des Français mangent effectivement ce type de repas, mais plus encore (40%) consomment un repas simplifié constitué d'un plat et d'un seul autre item (entrée, fromage ou dessert).

Un peu plus récemment (depuis le milieu des années 70), la restauration hors-foyer, bien qu'ayant subi la crise économique de 2008 et sans supplanter la restauration au domicile, est elle aussi en augmentation constante.

D'autres évolutions du modèle alimentaire sont plus récentes

La perception du « bien-manger » n'est pas seulement liée à la convivialité. La notion de santé et d'équilibre est de plus en plus présente dans les esprits. Ainsi 24% des Français la percevaient en 1988, tandis qu'ils sont 37% en 2007 [2]. Ainsi, ces deux notions cohabitent-elles aujourd'hui dans les normes du « bien-manger » en France.

Par ailleurs, on note une baisse régulière de la consommation de viande, notamment des viandes brutes, depuis une dizaine d'année. Cette évolution a de multiples causes, parmi lesquelles : l'attrait pour les produits transformés, l'évolution de la perception de la viande comme symbole de richesse (ce qu'elle était auparavant), l'attachement au bien-être animal et, encore plus récemment, le souci écologique.

Enfin, faisant suite aux générations des années 60 pour qui l'émancipation passait par un abandon des fourneaux, on note aujourd'hui un retour de la cuisine. Devenue compatible avec la demande de praticité, faire la cuisine est devenu un loisir, permettant aussi, selon presque la moitié des Français, de composer des repas variés [3].

Finalement, la variété des aliments consommés et la convivialité des repas, dans des horaires de consommation fixes, restent au coeur du modèle alimentaire. La « révolution » de l'alimentation transformée, l'augmentation de la restauration hors-foyer, la simplification des repas et plus récemment, la mise en valeur de la nutrition en parallèle d'un retour à la cuisine dénotent un modèle en perpétuelle mise à jour.

Pour autant, l'alimentation de France reste un modèle, au sens d'exemple, pour d'autres cultures. Un exemple de gastronomie d'une part, comme en témoigne l'inscription récente du repas gastronomique français au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO [4]. Un exemple, d'autre part, en terme de protection de la santé, comme l'évoquent aujourd'hui de plus en plus de spécialistes des comportements alimentaires.

Références :

  1. Poulain J-P. Sociologie de l'alimentation : les mangeurs et l'espace social alimentaire, Paris, PUF, 2002.
  2. CREDOC, enquêtes CCAF 1988, 1995 et 2007.
  3. CREDOC. Hebel P. Le retour du plaisir de cuisiner. consommations et Modes de vie n°217, décembre 2008.
  4. Qu'est-ce que le « repas gastronomique français » ?
(Par Julie Mayer, Sociologue - La Lettre Faxée de Nutrition ® - Mars 2011)

SOURCE : Groupe Protéines

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