Le mode d'action du lithium élucidé

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Des chercheurs de l'Université Laval et de l'Université Duke (Caroline-du-Nord) ont découvert un mécanisme cellulaire qui pourrait expliquer le mode d'action du lithium sur le comportement. Cette découverte ouvre la voie à de nouveaux traitements des troubles de l'humeur et offre nouvelle cible thérapeutique pour tester des molécules qui auraient un mode d'action similaire à celui du lithium.

« Le mode d’action du lithium élucidé » - Crédits photo : Flickr / creativecommons / stephcarter Cette découverte, dont les détails sont livrés à la communauté scientifique internationale dans l’édition du 11 janvier de la revue Cell, lève non seulement le voile sur un mystère qui entourait les propriétés du lithium dans le traitement des troubles de l’humeur, mais elle ouvre la voie à la recherche de nouvelles molécules qui pourraient remplacer ce produit. « Nous disposons maintenant d’une nouvelle cible thérapeutique pour tester des molécules qui auraient un mode d’action similaire à celui du lithium», affirme l’auteur principal de l’étude, Martin Beaulieu, professeur à la Faculté de médecine et chercheur au Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard.

L’effet thérapeutique du lithium a été découvert fortuitement en 1949 par le chercheur australien John Cade. Même si ce produit est utilisé couramment en Amérique du Nord depuis les années 1970 dans le traitement du trouble bipolaire et de la dépression majeure, son mode d’action dans le cerveau fait encore l’objet de spéculations. Contrairement à une croyance répandue, le traitement au lithium ne sert pas à combler une carence métabolique de cet élément. Le lithium agirait plutôt sur des voies de signalisation cellulaire perturbées à la suite d’un dérèglement ayant une origine génétique ou environnementale. Cette hypothèse est confirmée par les travaux que le professeur Beaulieu a réalisés au sein de l’équipe de Marc G. Caron, un diplômé de l’Université Laval qui fait carrière à l’Université Duke.

Des expériences menées en 2004 sur des animaux de laboratoire par le professeur Beaulieu et par l’équipe de Marc G. Caron ont montré que l’inhibition ou l’activation d’une protéine, la GSK3, provoquait des comportements qui s’apparentaient à ceux du trouble bipolaire. Leur dernière étude publiée dans Cell met en lumière le rôle clé joué par une autre protéine, la beta-arrestine 2, dans la régulation de la GSK3. Les changements biochimiques et comportementaux observés chez des souris normales à qui on injecte du lithium ne se manifestent pas chez des souris provenant d’une lignée dépourvue de beta-arrestine 2, ont révélé leurs travaux. Selon les chercheurs, la présence de lithium interférerait avec la formation d’un complexe moléculaire assemblé par la beta-arrestine 2, qui contrôlerait l’expression de la GSK3.

Le mécanisme décrit par les chercheurs, dans lequel la beta-arrestine 2 occupe un rôle central, pourra servir à faire l’essai de molécules qui agissent sur la même voie de signalisation que le lithium sans avoir les effets secondaires désagréables de ce traitement. « Il serait toutefois naïf de croire que le lithium n’a qu’un mode d’action dans le cerveau, reconnaît le professeur Beaulieu. Le lithium agit probablement en parallèle sur d’autres mécanismes qui interviennent également dans la modulation des comportements. »

(Jean Hamman - Le journal de la communauté universitaire - Volume 43, numéro 17 - janvier 2008)

SOURCE : Université Laval

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