Le « microbiote » : des milliards de bactéries pour nous défendre

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On l’appelait il n’y a pas si longtemps la « flore intestinale ». Aujourd’hui, les scientifiques parlent de « microbiote ». Deux dénominations pour une même réalité : celle de ces innombrables bactéries présentes dans notre tube digestif - surtout dans le côlon. Elles jouent un rôle majeur pour nous garder en bonne santé.

C’est fou le nombre de « bons microbes » que nous pouvons héberger. Un seul gramme du contenu du gros intestin – le côlon – contient 100 milliards de bactéries, réparties en quelque 500 espèces bactériennes ! Dans 1 gramme de selles humaines, ces bactéries représentent la moitié du poids. Extrêmement diverses, elles possèdent de très nombreuses fonctions extrêmement utiles. A tel point que certains scientifiques considèrent cette flore intestinale comme un véritable « organe caché ».

En expérimentation animale, on a pu créer des souris entièrement dépourvues de toutes ces bactéries bienfaisantes. Qu’observe-t-on ? Ces souris digèrent moins bien : l’activité des enzymes digestives est plus faible. Elles sont plus sujettes aux infections. Elles ont deux fois moins de réseaux vasculaires. Elles ont des besoins caloriques de 20 à 30 % supérieurs pour maintenir leur masse corporelle : car la flore intestinale contribue à l’absorption des lipides, des glucides, et permet de réguler le stockage des graisses. Enfin, les souris dépourvues de cette flore microbienne ont des anomalies du système immunitaire. Le microbiote joue en effet un rôle essentiel dans le développement et la maturation du système immunitaire. Ce dernier a besoin d’être stimulé en permanence par le microbiote pour pouvoir assurer son rôle de défenseur de l’organisme.

Au niveau de l’intestin, les « bonnes » bactéries opposent une barrière à la colonisation par les bactéries nuisibles présentes dans l’alimentation. Quand nous absorbons accidentellement une bactérie étrangère, ses chances de survie sont très réduites, précise le Pr Gérard Corthier, directeur de recherches honoraire à l’INRA. « On peut dire que le microbiote est particulièrement xénophobe, explique-t-il, et limite ainsi la plupart des dangers liés aux contaminations bactériennes de nos aliments ».

A part quelques flatulences, liées à une fermentation intestinale plus ou moins forte selon les aliments, nous percevons peu de choses de toutes ces actions dont les mécanismes restent pratiquement inconnus. De même, on est loin de connaître l’immense diversité de la flore bactérienne et de toutes ses fonctions. On sait néanmoins que l’absence de telle bactérie, qui joue un rôle anti-inflammatoire, est en cause dans certaines maladies de l’intestin comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique.

La diversité du microbiote semble aussi importante pour lutter contre l’obésité : une faible diversité rend les régimes moins efficaces. Des travaux récents suggèrent enfin que le microbiote pourrait aussi exercer des effets sur le système nerveux, voire sur le comportement… Bref, on n’a pas fini d’explorer les multiples services que nous rendent ces excellentes bactéries !

(Corthier G. Cholé-Doc 2012 ; 129 :1-3.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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