Le manque de temps : un frein à l'alimentation saine et à l'activité physique

lu 5152 fois

On pourrait dire qu'alimentation saine et activité physique sont « les deux mamelles » de la santé. En Australie, même si on sait que les recommandations nutritionnelles officielles sont importantes pour prévenir les maladies chroniques (en particulier l'obésité [1]), on est pourtant loin de les respecter. Parmi les freins évoqués : le manque de temps [2,3]. Ce serait également le cas pour l'activité physique [4,5].

« Le manque de temps : un frein à l'alimentation saine et à l'activité physique » - Crédit photo : www.journaldugeek.com L'objectif de notre étude [6] est de décrire la proportion et les caractéristiques de femmes qui mettent en avant le manque de temps comme le frein à l'activité physique et à une bonne alimentation et à la consommation de fruits et légumes et les facteurs favorisants la restauration rapide.

Pourquoi les Australiennes manquent elles de temps ?

Les données sociodémographiques de 3 000 femmes australiennes ont été obtenues à l'aide de questionnaires. Ces derniers regroupaient 10 items concernant les causes perçues du « manque de temps » : « longues heures passées à travailler/se former », « inflexibilité des horaires au travail/formation », « horaires au travail/formation imprévisibles », « horaires décalés au travail/formation », « responsabilités familiales - notamment avec les enfants », « responsabilités par rapport à une autre famille », « engagements par rapport aux amis/parents » et « bénévolat et travail associatif ».

On a interrogé les participantes sur leur consommation de fruits et légumes, ce qui a permis de la classer en fonction du respect des recommandations (> 2 portions par jour de fruits et > 5 portions par jour de légumes).

5% des femmes seulement consommaient les quantités recommandées de légumes. Celles qui en consommaient de 3 à 5 portions par jour étaient considérées comme des « fortes consommatrices » et celles consommant moins de 2 portions par jour, des « faibles consommatrices ».

On les a questionné sur leur consommation de produits de restauration rapide afin de les classer en consommatrices « occasionnelles » (un repas/semaine ou moins) ou « fréquentes » (plus d'un repas par semaine).

Les femmes répondant aux niveaux recommandés d'activité physique (plus de 150 min/semaine) pratiquaient une activité modérée.

Le manque de temps est un frein efficace !

Le manque de temps est rapporté comme frein à une bonne alimentation par 41% des femmes. Il s'agit surtout de femmes de moins de 30 ans, d'un haut niveau d'éducation, jamais mariées et exerçant un emploi. 73% de ces femmes mentionnent également le « manque de temps » comme frein à une activité physique. En majorité, il s'agit de femmes de moins de 39 ans, d'un haut niveau d'éducation, jamais mariées, sans enfant à la maison et avec un emploi. Chez les femmes invoquant le « manque de temps » comme frein, 47%, ne respectaient pas les recommandations pour la consommation de fruits, 74% pour la consommation de légumes et 55% pour l'activité physique. 13% d'entre elles fréquentaient souvent les fast foods.

Parmi les femmes ne mentionnant pas le manque de temps, 34% ne respectaient pas les recommandations pour la consommation de fruits, 60% pour la consommation de légumes et 45% pour l'activité physique. 9% d'entre elles fréquentaient souvent les fast foods. Le manque de temps est donc associé de manière statistiquement significative au risque de ne pas suivre les recommandations. Le respect des recommandations chez les femmes rapportant le manque de temps, est plus élevé de 40% pour les fruits, 47% pour les légumes et 35% pour l'activité physique par rapport aux femmes ne mentionnant pas le manque de temps (p<0,0001).

Mieux comprendre le phénomène « manque de temps »

Les longues heures passées à travailler ou à se former sont la cause la plus fréquemment rapportée de manque de temps. Des horaires inflexibles ou imprévisibles sont également des causes majeures.

Les femmes, pour 40%, évoquent le manque de temps comme frein à une bonne alimentation. Elles consomment moins de fruits et légumes, font moins d'activité physique et fréquentent plus souvent les fast foods, et ont ainsi moins de chance de respecter les recommandations. Puisque la consommation de fruits et légumes et l'activité physique ont des effets bénéfiques sur la santé et le bien-être, nos résultats suggèrent qu'il est important de comprendre ce phénomène de manque de temps qui joue finalement un rôle important dans l'alimentation et l'activité physique.

Références :

  1. World Health Organisation (2003) Diet, Nutrition and the prévention of chronic diseases. Report of a joint WHO/FAO Expert consultation. Geneva.
  2. Trost SG et al. Med Sci Sports Exerc 2002;34:1996-2001.
  3. Andajani-Sutjahjo S et al. Int J Behav Nutr Phys Act 2004;1:15.
  4. Disbman RK et al. Public Health Rep 1985;100:158-171.
  5. King AC et al. Health Educ Behav 1990;17:269-285.
  6. Wekh H et al. Public Health Nutrition 2009 Jul;12(7):888-95
(Par David Crawford, Centre de Recherche sur l'Activité Physique et la Nutrition, Australie - Equation Nutrition n° 93 - Décembre 2009)

SOURCE : APRIFEL

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s