Le manque de sommeil favorise l'embonpoint chez l'enfant

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Alors que l'effet néfaste des nuits trop courtes sur l'apprentissage est maintenant bien documenté, une équipe de chercheurs canadiens vient d'observer deux nouvelles conséquences liées au manque de sommeil : la surcharge pondérale et l'hyperactivité. Le quart des enfants qui dorment moins de 10 heures à deux ans et demi ont un surplus de poids à six ans.

Les enfants qui dorment moins de 10 heures apparaissent quatre fois plus à risque de souffrir d’un excès de poids que ceux qui dorment 11 heures par nuit. - Crédit photo : nouvelles.umontreal.ca Entre l’âge de six mois et de six ans, près de 90 % des enfants font l’expérience d’au moins un problème associé au sommeil dont les plus fréquents sont les terreurs nocturnes, le bruxisme, l’énurésie et l’éveil nocturne. Pour la majorité d’entre eux, l’incident n’est heureusement que passager. Mais au moins 30 % des enfants de ce groupe d’âge éprouvent des difficultés régulières à dormir au moins six heures consécutives, soit parce qu’ils tardent à trouver le sommeil ou qu’ils peinent à demeurer endormis.

« Vingt-six pour cent des enfants qui dorment moins de 10 heures par nuit entre deux ans et demi et six ans font de l’embonpoint; le taux est de 15 % chez les enfants qui dorment 10 heures et il tombe à 10 % chez ceux qui dorment 11 heures », affirme Jacques Montplaisir, professeur au Département de psychiatrie et directeur du Centre d’excellence en médecine du sommeil de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

En retranchant l’effet d’autres facteurs de risque, les enfants qui dorment moins de 10 heures apparaissent quatre fois plus à risque de souffrir d’un excès de poids que ceux qui dorment 11 heures. Ces données, obtenues auprès d’une cohorte de 1138 enfants, étaient présentées au symposium ELDEQ (Étude longitudinale du développement des enfants du Québec), tenu le 10 novembre. Parmi ces 26 % d’enfants qui font de l’embonpoint, 18,5 % ont un surplus de poids et 7,4 % sont obèses.

Anxiété et hormones

Le rapport entre le sommeil et le poids pourrait s’expliquer par des changements de sécrétion hormonale qu’occasionne le manque de sommeil. « Lorsque nous dormons moins, nous produisons plus de ghréline, une hormone sécrétée par l’estomac et qui stimule l’appétit, explique le Dr Montplaisir. Et avec le manque de sommeil vient une production moindre de leptine, une prohormone qui livre de l’information sur le métabolisme cellulaire et dont la fonction est de diminuer la prise alimentaire. »

La sieste ne compense pas le manque de sommeil nocturne, a souligné le professeur; les enfants qui dorment moins la nuit ont aussi tendance à faire des siestes moins longues.

Hyperactivité et performance cognitive

Selon la même étude, l’insuffisance de sommeil entraine également un risque d’hyperactivité. Vingt-deux pour cent des enfants qui dormaient moins de 10 heures à l’âge de deux ans et demi étaient hyperactifs à six ans, ce qui est le double du taux observé chez ceux qui dormaient 10 ou 11 heures par nuit.

Est-ce l’enfant hyperactif qui dort moins longtemps ou l’enfant qui manque de sommeil qui devient hyperactif ? Selon le Dr Montplaisir, la bonne équation serait la seconde. « Chez les adultes, le manque de sommeil se traduit par de la somnolence à l’état de veille, mais, chez l’enfant, cette carence engendre plutôt de l’excitation. Dans certaines thérapies, on force parfois l’enfant hyperactif à dormir plus longtemps, ce qui réduit l’hyperactivité. »

Les enfants de l’étude ont de plus été soumis à un test de performance cognitive consistant à reproduire une figure à l’aide de blocs de deux couleurs. Chez les enfants en manque de sommeil, le taux de faible performance à ce test est de 41 % alors qu’il se situe entre 17 et 21 % chez ceux qui dorment 10 ou 11 heures chaque nuit.

Ces travaux ont été réalisés par Évelyne Touchette alors qu’elle était doctorante au Département de psychologie sous la supervision du Dr Montplaisir et de Dominique Petit, agente de recherche au Département de psychiatrie.

L’étude se poursuit afin de savoir ce que deviennent les mauvais dormeurs à l’adolescence. « Un adolescent a besoin de 9 heures de sommeil par nuit, mais nous savons que plusieurs dorment moins de 7 heures », signale Jacques Montplaisir.

Les problèmes mis au jour au cours de l’enfance risquent de se poursuivre à l’adolescence si aucune mesure n’est prise. Le Dr Montplaisir propose la formation de nouveaux spécialistes, les hygiénistes du sommeil, qui pourraient résoudre, en deux ou trois séances, plusieurs difficultés liées au sommeil.

(Par Daniel Baril, Journal Forum, Volume 43 / Numéro 12 - Université de Montréal - 17 novembre 2008)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

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