Le lait, un coupe-faim santé ?

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La consommation adéquate de lait favoriserait la régulation de l'appétit en atténuant sensation de faim chez les personnes qui suivent un régime amaigrissant, démontre une étude publiée par des chercheurs de la Faculté de médecine dans le premier numéro de 2011 du British Journal of Nutrition. Les personnes désireuses de perdre du poids auraient donc tout intérêt à consommer suffisamment de produits laitiers si elles souhaitent atteindre leur objectif sans être tenaillées par la faim.

Jo-Anne Gilbert, Denis Joanisse, Jean-Philippe Chaput, Pierre Miegueu, Katherine Cianflone, Natalie Alméras et Angelo Tremblay ont soumis 25 femmes obèses à un régime de six mois. Pendant cette période, la consommation énergétique des participantes était réduite de 600 calories par jour. Les chercheurs ont demandé à 13 d'entre elles d'accroître de deux tasses leur consommation quotidienne de lait, soit un apport supplémentaire de 1000 mg de calcium par jour. Pour leur part, les sujets du groupe placebo devaient consommer une boisson de riz équivalente sur le plan calorique, mais dépourvue de calcium. Tout compte fait, la consommation de calcium était deux fois plus élevée (1523 mg/j) dans le groupe lait que dans le groupe placebo (733 mg/j).

Au terme du régime, les participantes du groupe lait avaient perdu 8 kg contre 5,8 kg dans le groupe placebo. Les chercheurs soulignent que les femmes du premier groupe ont davantage réduit leur consommation de lipides (- 11 %) que celles du groupe placebo (- 7 %), sans que la consigne leur en ait été donnée. La perte de poids a induit une augmentation du désir de manger et de la faim chez toutes les participantes, mais cette hausse était moins prononcée dans le groupe lait. « En théorie, cette hausse du désir de manger aurait dû être plus élevée chez ces femmes étant donné qu'elles avaient perdu plus de poids, souligne Angelo Tremblay. La consommation de lait induit une satiété qui atténue la sensation de faim chez les personnes au régime. »

Le professeur Tremblay et ses collaborateurs explorent la filière lait depuis plusieurs années. En 2003, ils avaient démontré que les personnes dont l’alimentation est pauvre en calcium ont un pourcentage de gras, un tour de taille et un taux de mauvais cholestérol plus élevés que celles qui en consomment modérément ou beaucoup. Une seconde étude, qui s’échelonnait sur six ans, a révélé que plus les gens réduisent leur consommation de produits laitiers, plus leur poids, leur taux de gras corporel et leur tour de taille augmentent. Ces deux études constituaient toutefois des preuves indirectes d’un lien entre l’obésité et les produits laitiers.

En 2007, une première étude faisant appel à des suppléments de calcium a permis aux chercheurs d’établir un lien direct entre cet élément et une amélioration du profil de risque cardiovasculaire chez des personnes qui suivent un régime amaigrissant. Cet effet était surtout manifeste chez les petits consommateurs de calcium. Dans une étude publiée en 2009, les chercheurs démontraient que, chez les petites consommatrices de calcium, la prise quotidienne de suppléments de calcium favorise la perte de poids (6 kg vs 1 kg pour le groupe placebo). Ils avaient alors émis l'hypothèse que le cerveau est en mesure de percevoir une carence en calcium et qu’il cherche à la compenser en stimulant la prise alimentaire. «Le calcium semble jouer un rôle important dans la régulation de l'appétit, mais la vitamine D et les protéines laitières ont également un rôle significatif», précise Angelo Tremblay.

Cela dit, le professeur ne préconise pas une ruée vers les comptoirs laitiers des épiceries. « Une consommation adéquate de produits laitiers devrait suffire à atténuer la hausse du désir de manger qui survient pendant un régime. Le Guide alimentaire canadien recommande aux adultes de consommer deux portions de produits laitiers chaque jour et nos résultats rappellent l'importance de respecter ces recommandations », souligne-t-il.

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 46 - numéro 16 - 13 janvier 2011)

SOURCE : Université Laval

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