Le lactose, à accuser avec modération !

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L'intolérance au lactose découle de la malabsorption de ce sucre, et se manifeste par des troubles digestifs. L'intolérance au lactose est un phénomène fréquent mais qui présente des disparités géographiques importantes. Elle concernerait un adulte sur deux en Afrique du Nord et... 4 % seulement en Scandinavie.

« Le lactose, à accuser avec modération ! » - Crédit photo : www.sanctuarywellness.com.au « Pendant longtemps, on a sous-estimé le phénomène et considéré qu'il était anormal que l'être humain perde sa capacité à digérer le lactose, explique Marie-Christine Morin, cadre de santé diététicienne à l'hôpital Nord de Marseille. Aujourd'hui, on fait l'hypothèse inverse : devenir intolérant au lactose en vieillissant serait un phénomène naturel, qui affecterait la plupart des populations à l'exception de certaines ethnies, notamment du Nord de l'Europe ».

Le lactose est le principal glucide du lait. Il nécessite pour être absorbé d'être d'abord dégradé par la lactase. Le déficit en lactase est fréquent chez l'adulte. Il est donc logique de penser que l'intolérance au lactose est une affection courante. En fait, si la malabsorption de ce sucre est fréquente, elle ne donne pas systématiquement de signes d'intolérance, loin de là. De ce fait, l'attitude diététique consiste non pas à supprimer le lactose pour supprimer la malabsorption mais vise uniquement à améliorer la tolérance lorsqu'il existe des troubles digestifs gênants.

Intolérance, malabsorption et allergie...

Pour pouvoir être digéré le lactose présent dans le lait et les produits laitiers doit être dégradé par une enzyme : la lactase. Lorsque l'intestin fabrique en quantité insuffisante cette enzyme, le lactose risque d'être mal absorbé. Cette « malabsorption » est diagnostiquée par des examens complémentaires : dosage de la glycémie après ingestion de lactose pour évaluer la capacité de l'organisme à le métaboliser en glucose (test au lactose) ou test respiratoire (test à l'hydrogène car le lactose non digéré dans l'intestin grêle se transforme en gaz et dégage notamment de l'hydrogène). Cliniquement, l'« intolérance » au lactose se manifeste par des ballonnements, des diarrhées et des douleurs abdominales, consécutifs à la consommation d'un produit contenant du lactose. Elle est toujours associée à une malabsorption.

En revanche, très souvent on peut avoir une malabsorption sans pour autant présenter les signes cliniques d'une intolérance au lactose. Pas clair. Enfin - et l'erreur est souvent faite pour les enfants - l'intolérance au lactose n'a rien à voir avec I' « allergie » au lait. Si l'allergie aux protéines de lait de vache est relativement courante (4ème allergie alimentaire en fréquence chez l'enfant), l'intolérance au lactose est exceptionnelle chez l'enfant et elle est rarissime chez le nourrisson.

Différents facteurs influencent la sévérité des symptômes : l'activité de la lactase, la quantité de lactose ingérée, la vidange gastrique, la durée du transit et l'adaptation de la flore. Les aliments contenant du lactose ne sont donc pas tous égaux en terme de tolérance, et ce, même à teneur égale en lactose. En effet, la charge, la forme et le mode de consommation influencent cette tolérance.

Partant de ces faits, et sachant que par ailleurs chaque patient a un seuil de tolérance particulier, il est nécessaire de procéder à une enquête individuelle pour donner les conseils adéquats. La stratégie diététique vise alors à adapter la consommation de lait et produits laitiers, en gardant à l'esprit que ces aliments sont des vecteurs importants de calcium, et qu'il faut veiller à couvrir le besoin calcique.

Tester avant de proscrire !

Beaucoup d'enfants souffrent de douleurs abdominales. Le lait et les produits laitiers, sont volontiers pointés du doigt. « Le lait est au centre de tous les débats. On lui impute beaucoup de choses dont il n'est pas responsable » note Marie-Christine Morin. Ainsi donc, avant de prendre la décision de bannir du régime de son enfant les produits laitiers, il importe de faire un test à l'hydrogène ou au lactose qui déterminera si le lactose est correctement absorbé ou non.

« Si on supprime les produits laitiers sans autre forme de procès, on risque d'induire des carences en calcium. Par ailleurs, même en cas d'intolérance avérée, il est essentiel de faire un bilan. Chaque individu est différent, chaque produit laitier est différent. Il faut déterminer ceux qui sont bien supportés par la personne et ceux qui ne le sont pas afin d'établir le régime le mieux équilibré possible. »

A savoir : les produits fermentes, et au premier chef les yaourts, contiennent de la lactase, nécessaire à la digestion du lactose. Ils sont en général bien supportés par les intolérants au lactose.

Le plus souvent quelques conseils simples suffisent à améliorer la tolérance. De manière générale, tout ce qui ralentit la vidange peut être efficace : le contenu énergétique, le contenu lipidique, la forme solide, la viscosité, l'association à d'autres aliments... Ainsi, le lait en boisson est la forme la moins bien tolérée, surtout si celui-ci est consommé à jeun. Lorsqu'une restriction est nécessaire elle porte donc essentiellement sur ce produit. S'il est nécessaire de le supprimer, il est alors possible de recourir à des laits appauvris en lactose, ou à de la lactase exogène. Le yaourt, quant à lui, est en général bien toléré du fait sa viscosité et son activité lactasique.

Au total, l'objectif est d'oeuvrer contre l'intolérance sans restreindre inutilement, et ce d'autant plus qu'il pourrait y avoir un bénéfice à ingérer régulièrement du lactose, ceci permettant à la flore colique de s'adapter.

(Marie-Christine Morin, diététicienne nutritionniste, AP-HM, Marseille - 48èmes Journées d'Etudes AFDN, 10 juin 2010)

SOURCE : Journées d'Etudes AFDN

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