Le fardeau économique et intangible de l’obésité en Allemagne : un cri d’alarme !

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Le fardeau économique et intangible de l’obésité en Allemagne : un cri d’alarme !

L’alimentation déséquilibrée et l’obésité qui en découle constituent des menaces de santé connues et très débattues, qui ont atteint des niveaux problématiques dans les pays à revenus élevés au cours de ces dernières décennies. Depuis plusieurs années, l’OMS tire la sonnette d’alarme concernant les dangers des maladies non transmissibles chroniques dues à l’obésité.

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Pour confirmer l’urgence d’adopter des mesures préventives contre l’obésité en Allemagne, Tobias Effertz et ses collègues de l’université de Hambourg et de la « Techniker Krankenkasse » (le plus grand assureur de santé du système allemand) ont récemment mené une étude afin de calculer le coût et les conséquences de l’obésité, à partir des demandes de remboursement reçues par l’assurance maladie allemande. Dans le cadre de cette étude, ils ont analysé un échantillon de 146 000 sujets, dont 31 032 personnes obèses, observés pendant 4,5 ans en ce qui concerne les dépenses de santé, l’emploi et d’autres paramètres économiques pertinents.

Mesurer et quantifier le coût et les conséquences de l’obésité

À l’heure actuelle, en Allemagne, plus de 50 % des adultes sont en surpoids et 24 % sont obèses, d’après l’institut Robert Koch de Berlin. L’évaluation du coût réalisée par Tobias Effertz et ses collègues est très complète, car axée sur trois points.

En premier elle calcule tout d’abord le coût économique annuel de l’obésité, en analysant, d’une part les dépenses du système de santé allemand, et d’autre part, la perte de productivité des individus et de la société dans son ensemble.

En second lieu, les auteurs évaluent des problèmes intangibles liés à l’obésité, qui n’étaient généralement pas inclus dans les études précédentes : «la douleur et la souffrance» des personnes obèses, en plus du coût économique.


Troisième point : l’étude fournit des informations importantes pour les décideurs politiques et le public en ce qui concerne la contribution des sujets obèses dans le système d’assurance maladie allemand. Les cotisations à l’assurance maladie sont-elles supérieures aux dépenses effectuées pour les personnes obèses ? Pour répondre à cette question, le coût net total d’une personne obèse a été calculé sur toute une vie. Par le passé, les défenseurs de certaines industries, comme le tabac, affirmaient que les personnes adoptant un mode de vie risqué apportaient un bénéfice à la société, puisqu’elles touchaient moins de pensions de retraite, de par leur taux de mortalité supérieur ! L’étude souhaitait examiner cette affirmation.

Les conséquences tangibles et intangibles de l’obésité: des résultats alarmants

Les résultats de cette nouvelle étude allemande sont alarmants. Au total, le coût annuel de l’obésité en Allemagne s’élève à 63 milliards d’euros : 29,39 milliards d’euros de coût direct pour le système de santé et 33,65 milliards d’euros de perte de productivité, comme le chômage et la mortalité. En ce qui concerne le budget total de l’assurance maladie allemande, 13,65 % des coûts pourraient être évités en réduisant efficacement l’obésité. Or étant donné que l’obésité augmente en Allemagne et, au vu de la longue période de latence qui accompagne plusieurs maladies graves associées à l’obésité, les auteurs estiment que le coût économique de ce problème de santé devrait augmenter considérablement au cours des années à venir.

D’après cette étude, les personnes obèses perdent en moyenne jusqu’à 4 années d’espérance de vie. Chaque année en Allemagne, 102 000 personnes décèdent prématurément en raison de l’obésité, chiffre qui se rapproche des 110 000 décès par an dus au tabagisme en Allemagne. Dans cette étude, les douleurs et la souffrance ont été évaluées selon la probabilité de présenter des douleurs aiguës ou chroniques pendant la durée de l’observation.

Chez les personnes obèses, ce critère augmente significativement, tout comme le poids des comorbidités supplémentaires. Par exemple, la probabilité de présenter des douleurs est supérieure de 6 à 12 % chez les personnes obèses. Plus de la moitié des femmes âgées obèses en Allemagne souffrent de douleurs aiguës ou chroniques. Ce chiffre témoigne de la perte de qualité de vie que subissent en moyenne les personnes obèses. En ce qui concerne le troisième point de l’étude, la baisse de l’espérance de vie ne compense pas les dépenses élevées qui s’accumulent tout au long de la vie. Chaque adolescent obèse âgé de 15 ans coûte 166 911 euros en valeur actuelle sur toute sa durée de vie ; pour les femmes, ce coût atteint 206 526 euros en raison des salaires et du temps de travail inférieurs.

Un cri d’alarme pour l’Allemagne : la nécessité d’une prévention efficace !

Les chiffres présentés dans cette étude illustrent une vérité cruciale souvent négligée par les décideurs politiques en matière de santé publique, surtout en Allemagne : les instruments de prévention orientés sur les comportements, comme les campagnes d’information et la pédagogie nutritionnelle à l’école largement mises en avant par l’industrie agro-alimentaire en Allemagne, s’avèrent globalement inefficaces. Le marketing de ce secteur a constamment engendré un « environnement adipogène », composé de publicités ciblant les enfants et de prix bas sur les aliments qui ne sont pas sains.

L’obésité est la manifestation d’un style de vie déséquilibré qui appelle des instruments de prévention puissants, pour contrer des habitudes alimentaires solidement ancrées. Les taxes plus élevées sur les aliments riches en matières grasses, en sel et en sucre, semblent être un instrument fort et prometteur en vue de réduire l’incidence de l’obésité en Allemagne. Enfin, plus de la moitié des cas d’obésité acquise documentés en Allemagne concernent des sujets de moins de 20 ans. Les décideurs politiques en matière de santé publique doivent donc prendre conscience que les mauvaises habitudes alimentaires et la pandémie d’obésité prennent racine dans l’enfance et l’adolescence.

Par conséquent, un progrès important dans la prévention consisterait à interdire les publicités pour des aliments à destination des enfants dans les médias grand public, cette catégorie de la population n’étant pas armée pour appréhender les rouages des techniques de marketing. À noter que cette mesure serait bien accueillie par la plupart des parents allemands.

(Tobias Effertz, Université de Hamburg, Allemagne - Equation Nutrition n°169 - Novembre 2016)

SOURCE : APRIFEL