Le chocolat et la gestion de l'équilibre pondéral

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En France, d'après les derniers résultats de l'étude Obépi, on a chez les adultes 29,2 % de sujets en surpoids et 12,4 % d'obèses. Chez les enfants, l'excès de poids (surpoids + obésité) touche 16 à 20 % des enfants (selon les régions). La tentation est grande de trouver des boucs émissaires... Le grand public, et beaucoup de médecins, ont tendance à penser que le chocolat fait grossir...

La surcharge pondérale est à l'origine de nombreuses complications : diabète de type 2, syndrome métabolique et maladies cardio-vasculaires notamment. Gérer son poids est un objectif de prévention indispensable pour la santé. La pandémie de surpoids et d'obésité qui touche quasi tous les pays du monde inquiète les médecins et les pouvoirs publics.

Quelle incidence le chocolat a-t-il sur le poids ?

« Le chocolat et la gestion de l'équilibre pondéral » L'excès de poids apparaît lorsque, de façon prolongée, l'apport calorique venant des aliments est supérieur aux dépenses énergétiques liées à l'activité physique.

Mais en fait, l'excès de poids est multifactoriel et les choix alimentaires ne sont qu'un des paramètres du problème ; interviennent aussi : l'hérédité, l'équilibre hormonal, les anomalies des médiateurs chimiques, le stress, la sédentarité, le tabagisme, la prise de certains médicaments, etc.

Considéré comme trop calorique, le chocolat est souvent accusé de faire grossir, aussi les amateurs s'en privent-ils souvent de peur de prendre du poids. Pourtant les idées ont évolué en matière de nutrition : on ne distingue plus de façon manichéenne, d'une part les aliments qui font grossir et d'autre part ceux qui auraient peu de risque de favoriser la survenue d'un excès de poids. Le chocolat ne fait pas grossir par lui-même, il s'intègre dans l'équilibre alimentaire journalier.

Tout dépend de ce que l'on mange avant et après l'avoir consommé, de la quantité consommée et de sa fréquence de consommation. Il ne faut pas le considérer isolément, mais dans le cadre de l'alimentation quotidienne dans son ensemble.

Quel est l'apport calorique du chocolat ?

100 g de chocolat apportent environ 550 kcal. Mais, comme l'a montré l'enquête du CREDOC réalisée en 2005, la consommation moyenne de chocolat en France est modérée : 10 g/jour chez les enfants et 3,8 g /jour chez les adultes.

Chez les enfants âgés de 3 à 14 ans, sur une semaine de carnet alimentaire, on note 33 % de non-consommateurs. Parmi ceux qui en ont mangé :

  • 25 % sont de petits consommateurs (< 5,14 g/j)
  • 51 % sont des consommateurs moyens (5,14 à 20 g/j)
  • 24 % sont des grands consommateurs (> 20 g/j)

Chez les adultes de 15 ans et plus, sur une semaine de carnet alimentaire, on a 87 % de non-consommateurs. Parmi ceux qui en ont mangé :

  • 27 % sont de petits consommateurs (< 3,43 g/j)
  • 46 % sont des consommateurs moyens (3,43 à 14, 30 g/j)
  • 27 % sont de grands consommateurs (> 14,3 g/j)

Que représente la consommation de chocolat dans les apports quotidiens ? Elle est minime :

  • Chez les enfants :

    • 3,9 % de l'apport calorique
    • 5,7 % des lipides ingérés
    • 5,4 % des glucides simples ingérés

  • Chez les adultes :

  • 2,7 % de l'apport calorique
  • 3,8 % des lipides ingérés
  • 2,1 % des glucides simples ingérés

Quel est l'impact des lipides du chocolat sur le poids ?

N. Matsui (1) a montré, chez les rats, que par rapport à des lipides de viande, les acides gras provenant de la poudre de cacao préviennent l'obésité susceptible d'être induite par un régime très gras.

Les AG de la poudre de cacao inhibent la synthèse des acides gras dans le foie et le tissu adipeux blanc et augmente l'oxydation lipidique par accroissement de la thermogénèse.

Les AG du cacao freineraient donc la lipogénèse et favoriseraient plutôt la lipolyse. Ce travail intéressant porte néanmoins sur le rat, il faudrait vérifier si l'on trouve un effet similaire chez l'homme.

Est-ce que les consommateurs de chocolats sont plus gros que les non consommateurs ?

Quel est l'Index de Masse Corporelle (IMC) moyen des enfants ?

  • 23,6 chez les non-consommateurs de chocolat
  • 23,1 chez les consommateurs (la différence est significative entre ces 2 chiffres)
  • 23,3 chez les petits consommateurs de chocolat
  • 23,2 chez les consommateurs moyens
  • 22,8 chez les grands consommateurs

En fait, ce sont donc les non-consommateurs de chocolat qui ont un IMC plus élevé.

Chez les adultes : il n'y a aucune différence significative de l'IMC en fonction de la non-consommation, de la consommation de chocolat ou de l'importance de la consommation.

Ces résultats concordent avec de nombreuses études qui ont montré de même qu'il n'existait pas de corrélation entre la consommation de chocolat et la corpulence (2)(3).

Les sujets en surpoids ou obèses abusent-ils du chocolat ?

Chez (es enfants en surpoids ou obèses :

  • la consommation de pâte à tartiner est de 4 g/j (contre 5,8 g/j pour les normopondéraux ou minces)
  • la consommation de chocolat en tablette est de 2,7 g/j (contre 1,6 g/j pour les normopondéraux ou minces).
Aucune donnée de la littérature scientifique n'indique chez les obèses, comparés aux non-obèses, une préférence accrue pour le chocolat ou une consommation supérieure (4).

En France, chez les enfants comme chez les adultes :
  • la consommation de chocolat est faible
  • sa part dans l'apport calorique est minime : moins de 4 %
  • sa part dans l'apport lipidique est faible : moins de 6 %
  • l'IMC des consommateurs de chocolat n'est pas différent des non-consommateurs
  • les sujets en surpoids ou obèses ont une consommation de chocolat tout aussi raisonnable que les sujets minces (8,6 g par jour chez les enfants en surpoids ou obèses, contre 10,4 g par jour chez les enfants minces-normonpondéraux)

(CREDOC)

Références :

  1. Matsui N. - Nutrition, 2005, 21, 594-601.
  2. Bolton-Smith C et al. - Proceedings of the Nutr Soc, 1997, 56, 158 A.
  3. Bertrais S. et al. - Entretiens de Bichat, Médecine, 1985, 108-111.
  4. Gibson SA et al. - J. of Food Science and Nutr., 1996, 47, 405-415.

(Par le Docteur Hervé Robert, médecin nutritionniste)

SOURCE : Syndicat du Chocolat

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