Le chocolat est-il aphrodisiaque ?

lu 16227 fois

De tous temps, les hommes ont cherché des substances susceptibles d'accroître leur puissance sexuelle. Parmi elles, le chocolat a eu longtemps une place de choix. Qu'en pensent les scientifiques d'aujourd'hui ?

Une réputation venue des mondes lointains

« Le chocolat : aliment plaisir, aliment santé »

La réputation aphrodisiaque du chocolat date de la conquête du royaume aztèque par les Espagnols en 1520. Ils constatent que le roi aztèque Moctezuma II, pour honorer plus sûrement les multiples femmes de son gynécée, boit jusqu’à cinquante tasses de chocolat pur par jour ! Mais l’effet bénéfique obtenu ou supputé, venait probablement plus de l’action des épices que les Aztèques mettaient en abondance dans leur préparation : piments, vanille, achiote.... Le chocolat n’est guère apprécié par les religieux catholiques. Juan de Cardenas considère en 1591 que « cet aliment conduit au péché de chair. »

Au temps des libertins

Le chocolat, introduit en France par les princesses espagnoles qui ont épousé Louis XIII et Louis XIV, a pris ses habitudes à la Cour et chez les riches nobles. Les gravures du XVIII ème siècle montrent souvent une chocolatière trônant sur la table de nuit des alcôves. A l’époque, inviter une femme à prendre un chocolat chaud après souper, ne souffrait guère d’ambiguïté sur les intentions coquines du galant.

Le roi Louis XV reproche à sa favorite Madame de Pompadour d’être « froide comme macreuse », celle-ci pour tenter de « s’échauffer le sang », se fait alors servir à déjeuner un chocolat triple vanille et ambré, accompagné d’une poignée de truffes et d’un potage de céleri !

Les libertins utilisent le chocolat pour soutenir leurs ébats : Giacomo Casanova le nomme « l’amant alimentaire » et le Marquis de Sade croit bon de renforcer encore son action excitante, en y incluant de la cantharide (mouche aux effets aphrodisiaques reconnus), avant d’aller faire une partie fine avec des dames de petite vertu, au risque de les empoisonner...

Réalité ou fantasme aujourd’hui ?

Ainsi, pendant 3 siècles, le chocolat a entretenu sans faiblir sa réputation d’aphrodisiaque. Que peut répondre aujourd’hui la science moderne à cette assertion ? Quand on prend les composants du chocolat un à un, ni la pâte de cacao, ni le sucre, ni le beurre de cacao n’ont prouvé un quelconque effet aphrodisiaque.

Un seul élément en faveur de la pâte de cacao : la phényléthylamine qu’elle contient, a montré des effets intéressants sur la sexualité lors d’une expérimentation animale chez le rat : son ingestion augmente la fréquence de copulation des mâles. Mais cette substance peut-elle avoir un effet similaire chez l’homme ? Nul ne le sait, une expérimentation reste à faire...

Par ailleurs, le chocolat agit sur les vaisseaux :

  • il favorise la vasodilatation (par action sur le NO)
  • il fluidifie le sang (par action sur les plaquettes)
  • il augmente le HDL-cholestérol.

En favorisant la circulation dans les artères sexuelles, il peut améliorer la mécanique vasculaire qui préside à l’érection. Mais aucun travail scientifique n’a été fait pour le prouver, ces éléments ne restent que des hypothèses.

Le chocolat est considéré comme ayant des effets intéressants sur le psychisme et la forme : il dynamise le fatigué, calme l’angoissé, diminue les effets du stress et améliore le moral. Aliment du bonheur, par les endorphines qu’il fait sécréter, le chocolat est source de détente et de bien-être ; ne crée-t-il pas l’ état d’esprit idéal pour favoriser l’épanouissement d’une sexualité harmonieuse ?

Mais le chocolat ne serait-il pas aussi source de « plaisir solitaire » ? Au point de devenir un sérieux concurrent à la sexualité ?

D’après un sondage fait en 2007 en Grande-Bretagne et portant sur 1500 personnes

  • 52 % des femmes britanniques considèrent que manger du chocolat est meilleur que de faire l’amour. L’argument pour défendre cette position est d’affirmer que le chocolat ne déçoit jamais »
  • 87 % des hommes disent, eux, préférer le sexe...

Quant au Dr David Lewis de l’Université du Sussex, il a mené un test chez 6 couples âgés de 20 ans. Il a comparé les réactions neuronales et cardiaques (par EEG et holter), en réponse, soit à un baiser langoureux de leur partenaire, soit à l’ingestion d’un carré de chocolat.

Il s’avère que la prise de chocolat, notamment noir, entraîne une accélération du rythme cardiaque de plus longue durée qu’un baiser, avec une fréquence cardiaque qui peut passer de 60 à 140 par minute. Les frissons qu’il déclenche persistent 4 fois plus de temps. L’étude montre que le plaisir est à son maximum avec le chocolat, au moment où la personne laisse fondre un carré sur sa langue.

Si la vertu aphrodisiaque du chocolat actuel est sans doute usurpée, tout le monde semble vouloir néanmoins entretenir le mythe. Renonçons donc doctement à balayer cette idée reçue et laissons le dernier mot, plein de poésie, à Brillat-Savarin : « Heureux chocolat, qui après avoir parcouru le monde, à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche. »

(Par le Docteur Hervé Robert, médecin nutritionniste, chargé de cours à la Faculté de Médecine de Paris XIII)

SOURCE : Syndicat du Chocolat

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s