Le bio nous met-il à l'abri des contaminants ?

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Si les produits « bio » bénéficient d'une image généralement très positive, les différentes évaluations menées par diverses instances nationales ou internationales ne permettent pas de démontrer, en termes de qualité nutritionnelle ou de qualité sanitaire, un bénéfice significatif et reproductible des aliments « bio » par rapport à ceux issus de l'agriculture conventionnelle.

« Le bio nous met-il à l’abri des contaminants ? » - Crédit photo : www.7sur7.be Les produits « bio » sont les produits agricoles issus de l’Agriculture Biologique. Ce mode de production respecte une réglementation européenne (CE 1991) qui est complétée en France par un cahier national des charges. L’agriculture biologique est un mode d’exploitation agricole qui privilégie les pratiques de gestion plutôt que le recours à des intrants chimiques. Ce label garantit en particulier la non-utilisation de produits chimiques de synthèse et de dérivés d’OGM, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures et la lutte biologique.

L’objet de notre intervention est d’une part de présenter les avancées permises par l’agriculture biologique en termes de réduction de certains contaminants retrouvés en agriculture conventionnelle, et d’autre part de rappeler que ce type de pratique agricole ne constitue pas la panacée car un produit «bio» peut contenir des contaminants. Nous traiterons des produits phytosanitaires avant d’aborder d’autres types de contaminants (nitrates, mycotoxines...) pouvant être retrouvés dans le «bio». Dans cette présentation, nous nous limiterons aux produits chimiques et n’aborderons pas les aspects microbiologiques et parasitaires.

Contamination du « bio » par les produits phytosanitaires

Les produits phytosanitaires sont destinés à protéger les végétaux contre les organismes nuisibles ou les végétaux indésirables ou à assurer la conservation des produits végétaux. Il faut ici distinguer les produits phytosanitaires synthétiques, utilisés exclusivement en agriculture conventionnelle et les produits phytosanitaires naturels, les seuls autorisés en agriculture biologique.

Produits phytosanitaires synthétiques

Du fait de l’interdiction d’utiliser des produits phytosanitaires synthétiques en agriculture biologique, il est logique que les produits «bio», contrairement à ceux provenant de l’agriculture conventionnelle, soient généralement exempts de résidus de produits phytosanitaires synthétiques. Toutefois, et malgré le fait que l’interdiction d’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse soit doublée d’une interdiction, pour un sol, de recevoir des produits chimiques pendant 2 ou 3 ans avant la production biologique, de faibles niveaux de résidus de produits phytosanitaires de synthèse ont été retrouvés sur ces produits « bio » (SETRABIO, 2000). La présence de ces composés chimiques pourrait être due soit à des contaminations environnementales accidentelles, à l’historique particulier de la parcelle ou encore à un détournement d’usage.

Produits phytosanitaires naturels (autorisés en agriculture biologique)

Dans l’agriculture biologique, la protection des végétaux est d’abord basée sur la mise en oeuvre de mesures préventives telles que la rotation de cultures diversifiées, le choix d’espèces appropriées, l’adaptation des techniques culturales ou l’apport de fertilisants privilégiant l’activité biologique du sol. Le règlement CEE 2092/91 autorise l’utilisation en agriculture biologique de produits de traitement d’origine naturelle uniquement en cas de danger immédiat menaçant la culture et lorsque le besoin est reconnu par l’autorité de contrôle. Nous rappelons qu’il est interdit d’utiliser des produits phytosanitaires de synthèse en agriculture biologique. Cependant, en fonction des conditions climatiques particulières, l’usage de produits phytosanitaires synthétiques peut faire l’objet d’une dérogation du Ministère de l’Agriculture (exemple : culture de pommes de terre en 2007). Les produits phytosanitaires autorisés en agriculture biologique en France sont les pyrèthres, la roténone, les sels de cuivre et le soufre.

Les pyrèthres naturels sont des extraits de Chrysanthemum cinerariaefolium qui ont un effet insecticide par une action neurotoxique. Ils sont peu rémanents et très sensibles à la lumière.

La roténone est un insecticide neurotoxique naturel extrait de Derris ou Cubé. Ce composé est reprotoxique, sensibilisant et toxique pour l’environnement, en particulier pour les poissons. L’évaluation des risques est difficile à mener pour les produits phytosanitaires naturels en raison de l’insuffisance de données sur les résidus. Les quelques études menées n’ont pas permis de détecter les résidus de ces composés (DGAL/COOPAGRI/ESMISAB, 1991 ; Moore et al, 2002 ; Baker et al., 2002).

Les sels de cuivre constituent des produits phytosanitaires très utilisés comme fongicides à la fois en en agriculture biologique et en agriculture conventionnelle (bouillie bordelaise et bourguignonne). La contamination des fruits et légumes est peu documentée à l’exception du raisin et partiellement des tomates. La LMR de 15 mg/kg pour le cuivre n’est pas fondée sur des essais de bonnes pratiques agricoles. Des limites d’utilisation réglementaires sont actuellement de 6 kg/ha/an en agriculture biologique.

Pour le soufre, également largement utilisé en agriculture biologique et conventionnelle, les résidus sont peu fréquents dans les fruits et légumes. La LMR qui est de 50 mg/kg n’est pas confortée par des essais appropriés.

Dans le cadre du processus de réévaluation progressive de l’ensemble des pesticides, conformément à la directive 91/414/CEE, les sels de cuivre, le soufre, la roténone, les pyrèthres doivent faire l’objet, au même titre que de nombreux autres pesticides de synthèse, d’une ré-évaluation toxicologique selon les exigences actuellement en vigueur. A noter que l’inscription de la roténone à l’annexe I de la directive 91/414 n’a pas été renouvelée, et la commercialisation de ce produit sera interdite en Europe en Octobre 2008, la France bénéficiant d’un délai supplémentaire jusqu’en Avril 2011.

Autres types de contaminants pouvant être retrouvés dans le « bio »

Parmi les autres produits pouvant contaminer les produits «bio», nous pouvons distinguer trois types de contaminants : les nitrates, les polluants environnementaux et les mycotoxines.

Nitrates

La production de légumes en agriculture biologique conduit généralement à une réduction des teneurs en nitrates. Ce point peut s’avérer important car il est recommandé d’augmenter la consommation en légumes alors que l’apport journalier moyen en nitrates est déjà proche de la DJA.

Polluants environnementaux

Parmi les polluants de l’environnement qui peuvent être retrouvés dans ou sur les produits «bio», nous trouvons les radioéléments et les composés apparentés aux dioxines.

Les mycotoxines

On regroupe classiquement sous le terme de mycotoxines les toxines produites par les champignons et moisissures qui se développent sur les cultures. Les principales mycotoxines pouvant être retrouvées dans les produits «bio» sont produites par des champignons du type Claviceps ou ergot (alcaloïdes), Fusarium (fumonisines, trichothécènes tels que la toxine T2 ou les dérivés du nivalénol, zéaralénone...), Penicillium ou Aspergillus (Aflatoxines, Ochratoxine, Patuline ...) et Alternaria. Ces mycotoxines constituent aujourd’hui un sujet de préoccupation particulièrement du fait de leur fort potentiel génotoxique voire cancérogène et reprotoxique. Bien qu’aucune étude ne permette de trancher définitivement, il semblerait que les aliments « bio » contiennent globalement plus de mycotoxines que les aliments issus de l’agriculture conventionnelle.

Références

  1. AFSSA 2003. Rapport « Evaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique ». Juillet 2003. www.afssa.fr
  2. Baker B.P., Benbrook C.M., Groth E., Lutz Benbrook K., 2002. Pesticide residues in conventional, integrated pest management (IPM)-grown and organic foods: insights from three US data sets. Food Additives and Contaminants, 19: 427-446.
  3. CE 1991, Règlement CE 2092/91 modifié du 24 juin 1991 concernant le mode de production biologique de produits agricoles et sa présentation sur les produits agricoles et les denrées alimentaires (JOCE du 22/07/91).
  4. DGAI/COOPAGRI/ESMISAB, 2001. Evaluation de l’exposition des consommateurs et produits issus de l’agriculture biologique et de l’agriculture conventionnelle aux résidus de pesticides, métaux lourds, nitrates, nitrites et mycotoxines. Notre Alimentation, 37: I-VI.
  5. Directive 91/414/CEE du Conseil, du 15 juillet 1991, concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. JOCE L 230 du 19/08/1991 p. 0001-0032.
  6. Moore V.K., Zabik M.E., Zabick M.J., 2000. Evaluation of conventional and "organic" baby food brands for eight organochlorine and Pive botanical pesticides. Food Chemistry, 71: 443-447.
  7. SETRABIO, 2000. Etudes des teneurs en résidus de pesticides dans les produits biologiques bruts et transformés, 1993-2000. 115 p.

(Frank Le Curieux et Fabrice Nesslanyl, Laboratoire de Toxicologie Génétique, EA2690, Institut Pasteur de Lille, Département Toxicologie-Santé Publique-Environnement, EA2690, Faculté de Pharmacie, Université Lille 2 - Xème Entretiens de Nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, 6 juin 2008)

SOURCE : Institut Pasteur de Lille

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