Le bio est-il oui ou non meilleur pour la santé ?

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Hors du bio, point de salut ? Si la mode de l’agriculture durable s’est peu à peu imposée comme une pratique d’avenir, le bio n’a pas encore apporté la preuve scientifique de sa supériorité nutritionnelle sur l’agriculture traditionnelle et... l'inverse non plus bien évidemment !

En matière de préservation de l’environnement, il n’y a pas photo : ne serait-ce qu’en bannissant les engrais chimiques et les pesticides utilisés à tour de bras par l’agriculture intensive, la filière bio arrive largement en tête du grand prix écolo.

Revers de la médaille, ses rendements n’ont que peu de rapports avec ceux de sa concurrente polluante et les surfaces qu’elle occupe ne couvrent guère que 3,8% du total des terres exploitables.

Davantage de temps passé, moindre volume de production, l’équation est simple et le résultat se paye cash : le produit bio est entre 30 et 40% plus cher que le produit classique. Au moins est-on certain qu’il est meilleur pour la santé ? En fait, les résultats de la foultitude d’études menées depuis 30 ans ne font pas consensus !

Pesticides : avantage au bio

C’est l’argument massue des consommateurs de bio : l’interdiction d’utilisation dans ce cadre des pesticides chimiques permet des récoltes de fruits et de légumes préservés.

Enthousiasme parfaitement justifié, mais encore faut-il souligner que les normes auxquelles sont soumis les produits de l’agriculture traditionnelle sont aujourd’hui extrêmement strictes. Conséquence heureuse, la présence de résidus de pesticides est devenue plus rare et lorsque c’est quand même le cas, en-deçà des seuils tolérés.

Pourtant, même minoritaire au coeur de la production conventionnelle, le nombre de fruits et légumes dépassant les normes est loin d’être négligeable. Une étude de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), réalisée en 2008, a montré que 6% des fruits et légumes conventionnels avaient encore une teneur en résidus de pesticides supérieure à la limite autorisée.

Quant aux « métaux lourds » (mercure, plomb, cadmium, etc.) dont on prétend que les produits issus de l’agriculture bio seraient exempts, ils dépendent avant tout des sols et non de la façon dont ils sont exploités. Match nul donc dans ce domaine.

Restent les nitrates. Là, incontestablement, l’avantage revient au bio qui - lorsque les sols ne sont pas contaminés par des facteurs environnementaux préexistants - sont plus sains grâce aux engrais organiques utilisés.

Des précautions, par principe

Si les produits bio ne sont pas forcément les modèles de perfection sanitaire qu’on nous vante parfois, ils rassemblent tous les suffrages sur au moins un point : le principe de précaution est appliqué dans ce secteur avec une absolue détermination.

Non seulement les exploitants s’engagent à ne jamais utiliser de produits génétiquement modifiés mais ils acceptent que toute leur chaîne de production soit contrôlable… et contrôlée.

Cela signifie-t-il pour autant que les aliments bio sont réellement meilleurs pour notre santé ? Si le bon sens amènerait à répondre positivement puisqu’ils sont en principe dépourvus de substances toxiques, les scientifiques demeurent plutôt partagés sur le sujet.

Jusqu’ici, aucune étude n’a pu trancher dans un sens ou dans l’autre. On peut même se risquer à dire que les instances officielles font preuve d’une prudence… exemplaire. En réalité, c’est l’objet précis des études qui fluctue et suscite ainsi des interprétations à géométrie variable.

Il n’est pas indifférent de se demander uniquement si l’agriculture traditionnelle fait courir davantage de risques pour la santé à cause des composés chimiques qu’elle utilise ou si l’alimentation bio offre une richesse nutritionnelle supérieure. Exemple : les légumes bio contiennent-ils davantage de vitamines, d’oligo-éléments ou de nutriments essentiels que les légumes classiques ? Présentent-ils donc un avantage nutritionnel net ? On est loin du consensus.

Pour la viande et le lait, en revanche, on reconnaît plus facilement la supériorité du bio dont les produits contiennent moins de mauvaises graisses, plus d’acide conjugué linoléique et omega-3.

L’huile bio contient autant de gras et le vin bio autant d’alcool

A ceux qui croient s’astreindre à un régime ascétique parce qu’ils ne préparent leurs repas qu’à l’aide de beurre ou d’huile bio, il n’est pas inutile de rappeler que, bio ou pas, il s’agit d’un apport en graisse qui ne fera guère de différence sur la balance.

Quant à ceux qui croient avoir trouvé dans le vin bio la vérité absolue, il est plus qu’urgent de les convaincre qu’un vin qui titre 13° d’alcool ne se consomme pas sans limite pour la seule raison qu’il ne contient pas de sulfites.

Faisons-nous une raison, tout ne plaide pas en faveur du bio. Si les engrais biologiques apparaissent incontestablement plus sympathiques que les engrais chimiques (et, sur de nombreux aspects environnementaux, préférables), ils peuvent aussi présenter un risque de contamination par divers microbes d’autant plus difficile à endiguer que l’utilisation des antibiotiques est impossible.

Le stockage des produits peut également présenter un risque sanitaire sérieux car, en bannissant le traitement antifongique pratiqué préventivement en agriculture traditionnelle, les producteurs bio seraient plus exposés à la prolifération de mycotoxines particulièrement dangereuses.

Alors, qui croire ?

Qui dit vrai, qui dit faux ? Pour nous aider à y voir plus clair, une équipe de l’Université de Stanford en Californie a publié il y a quelques mois un inventaire systématique des arguments pro et anti-bio réalisé à partir de 200 études sur la composition nutritionnelle et 17 études cliniques sur les effets sanitaires du bio.

Sur les deux aspects polémiques majeurs que nous avons esquissés ici - présence de pesticides et avantage nutritionnel - les chercheurs américains n’ont pas vraiment tranché non plus.

Côté pesticides, le risque de trouver des résidus dans les aliments est quand même inférieur de 30% en bio par rapport à l’alimentation traditionnelle… où les niveaux mesurés se situent en général au-dessous des limites de sécurité.

Côté avantage nutritionnel, le résultat du match est incertain. En effet, excepté pour le phosphore, les quantités de vitamines, minéraux ou protéines ne diffèrent pas significativement d’une forme d’agriculture à l’autre.

Conclusion, le bio est avant tout un choix de vie et de société. Et il n’y a rien de meilleur pour la santé que de vivre comme on le souhaite…

Où en est le bio en France ?

  • Fin 2012, la France comptait 1 032 941 ha conduits en agriculture biologique : 855 644 ha certifiés biologiques, 177 297 ha en conversion (soit 17% du total). Les surfaces bio ont progressé en France de près de 58 000 ha en 2012 (soit +6%). Elles représentent un peu moins de 4% de la surface agricole nationale.
  • En 2014, le bio continue à faire son marché : multiplié par deux en 5 ans (4,17 milliards d’euros en 2012 : +6,6% vs 2011 ; +101% vs 2007), il poursuit son développement et devrait atteindre 4,5 milliards d’euros. Une belle performance sur le marché global de l’alimentation qui affiche, dans le même temps, une évolution estimée entre 0 et +2%.
  • Le Pr Serge Hercberg, le déjà célèbre papa du Plan National Nutrition Santé et de NutriNet-Santé vient de se lancer dans une nouvelle étude, au long cours avec BioNutriNet, véritable première mondiale dans ce domaine très controversé. Il s’agit de mieux définir quelle est aujourd’hui la consommation des aliments bio mais aussi quel est leur impact nutritionnel, environnemental et toxicologique. Au moins 100.000 internautes consommateurs ou non de bio devraient constituer l’échantillon, en partie puisé dans les volontaires déjà inscrits dans le programme NutriNet-Santé.

Pour en savoir (objectivement) un peu plus sur cette question épineuse, lire "Les produits bio ont-ils un intérêt nutritionnel et sanitaire ?" et les autres articles qui y sont associés en bas de page...

(Par Olga Gretchanowski)

SOURCE : BIENSÛR Santé

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