Le « bien manger » vu par les Français

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Le « bien manger » vu par les Français

Lorsqu’il est question de manger, le plaisir, le goût, la convivialité sont depuis longtemps au rendez-vous à la table des Français. Néanmoins, depuis les années 90, la préoccupation santé a bien émergé, au point de devenir prédominante. Ces dernières années, révèle une enquête du Crédoc, le souci nutritionnel diminue un peu. On observe une tendance à faire retour au cuisiné maison, qui renforce l’attrait pour les aliments goûteux et de qualité.

A la question « qu’est-ce que bien manger », 37% des Français répondaient « manger équilibré » dans une enquête du Crédoc datant de 2007. En 2013, ils n’étaient plus que 25% à faire cette réponse. Vraisemblablement liées en partie à la crise économique, deux nouvelles réponses sont apparues. Pour 15% des personnes interrogées, c’est le cuisiné maison qui est assimilé prioritairement au bien manger. Et pour 11% même, bien manger signifie tout simplement manger à satiété.

A la recherche du goût

Ces temps derniers, le bien manger apparaît moins comme un problème diététique, mais il reste un objet d’attention. On voit filtrer la volonté d’aller vers une cuisine que l’on fait soimême, à partir de produits bruts et sains. Place aux légumes du jardin, aux produits locaux, aux achats chez le producteur… Place à la préparation et à la cuisson de mets simples ou traditionnels. Au plaisir conjoint de faire soi-même et de déguster.

Parallèlement, l’offre de « produits gourmands » s’affirme et s’élargit. Variations sur les desserts laitiers, apparition de goûts différents pour un même produit (foie gras, jus de fruits, compotes…). Les industriels multiplient les innovations plaisir.

Tout mis ensemble, une nouvelle tendance se fait jour, où la qualité des produits et la valorisation gustative des aliments pourraient devenir plus importants que la simple recherche de l’équilibre alimentaire. Ce dernier ne disparaît pas pour autant, mais d’après les chercheurs du Crédoc, le bien manger se situe maintenant au croisement d’un pôle « goût/plaisir/qualité/quantité » et d’un pôle « diététique/nutrition » qui englobe la recherche d’une alimentation saine, variée et équilibrée.

Concilier plaisir, satiété… et équilibre

Petit bémol, il se confirme que les notions de plaisir et de qualité imprègnent plus fortement les catégories sociales les plus aisées et diplômées. On ne saurait cacher non plus que le cuisiné maison renvoie aussi à la part féminine de la cuisine et à la place des femmes dans la cuisine. Une place qui demeure importante, même si la cuisine du week-end tend à se viriliser : 50% des hommes préparent le repas au moins une fois par semaine (ils n’étaient que 28% en 1988). Et les 28 % qui ne font jamais la cuisine sont à comparer aux 54% de réfractaires que l’on comptabilisait durant les années 80…

On note aussi que 64% des ménages préparent les repas à plusieurs : les hommes se mettent à faire des petits plats, les enfants des pâtisseries… La dimension santé reste cependant forte chez les femmes, plus que chez les hommes, et c’est en bonne partie grâce à elles qu’elle garde une place dans la représentation sociale du bien manger. Au total, on peut dire que le cuisiné maison révélé par cette enquête Crédoc de 2013 fait rêver d’une certaine harmonie. Il pourrait concilier les attentes masculines de plaisir et satiété et le souci féminin d’une alimentation saine et qui ne fait pas grossir !

  • Thierry Mathé et Pascale Hébel. Le plaisir du cuisiné maison : pour le goût et la qualité. Crédoc, Consommation et modes de vie n° 275, mai 2015.
  • Thierry Mathé, Diane Beldame et Pascale Hébel. Evolution des représentations sociales du bien manger. Crédoc, Cahier de recherche n° 316, décembre 2014.

SOURCE : Centre de recherche et d'information nutritionnelle

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