La vitamine D : faut-il revoir les recommandations ?

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Contrairement aux autres vitamines, la vitamine D a une double origine, alimentaire (ou médicamenteuse) et « endogène » par production cutanée. Cette production cutanée est effective lorsque la lumière solaire est suffisamment riche en rayonnement ultraviolet efficace (entre avril-mai et septembre-cctobre en France métropolitaine). Elle couvre 50 à 70 % des besoins annuels en vitamine D en conditions habituelles d'exposition solaire. Cette double origine complique la définition d'apports nutritionnels conseillés (ANC) pour l'ensemble de la population, et ceci d'autant plus que les besoins varient au cours de la vie.

« La vitamine D : faut-il revoir les recommandations ? » - Crédit photo : www.7sur7.be Ces besoins sont en effet plus élevés aux deux âges extrêmes de la vie, âges où, de plus, les individus s'exposent moins au soleil : en fin de grossesse et pendant les 2 à 5 premières années de vie parallèlement à l'élévation des besoins en calcium liée à la croissance rapide du squelette chez le foetus et le nourrisson ; chez les personnes âgées en raison du développement d'une résistance à la vitamine D (moindre production cutanée de la vitamine D, moindre production rénale de sa forme active, moindre capacité de l'intestin à absorber le calcium).

Les ANC pour la France rendent compte de ces variations puisqu'ils sont de 5 microgrammes par jour pour la population générale, 20-25 microgrammes par jour chez le nourrisson, 10 microgrammes par jour chez les femmes enceintes et allaitantes, et 10-15 microgrammes par jour chez les personnes âgées de 75 ans et plus [1].

Cependant, plusieurs études d'association ou d'intervention publiées depuis 2001 viennent remettre en cause ces recommandations chez l'adolescent, l'adulte et les personnes âgées. Les plus convaincantes concernent les besoins en vitamine D des personnes âgées [2]. Elles montrent qu'un apport quotidien de 20-25 microgrammes réduit le risque de fractures et de chutes et augmente la force musculaire des personnes âgées. Sur cette base, les ANC de 10-15 microgrammes recommandés en 2001 paraissent insuffisants pour assurer une santé osseuse optimale chez les personnes âgées de 75 ans et plus, même si le manque d'études de longue durée visant à rechercher une éventuelle toxicité de la vitamine D, ainsi que les effets de la fréquente association calcium-vitamine D, incite à la prudence.

Quelques études d'intervention chez l'adolescent suggèrent un effet bénéfique de suppléments vitaminiques D de 5-10 microgrammes par jour sur leur gain de masse osseuse [3]. Mais la courte durée de ces études, 1 an, ne permet pas de prédire l'effet de la vitamine D à plus long terme sur le pic de masse osseuse atteint à l'âge adulte [3,4]. De plus, les interactions avec les apports calciques commencent seulement à être explorées [5].

Les recommandations actuelles d'un apport de 10 microgrammes par jour proposées par l'American Academy of Pediatrics [6], ne semblent donc pas suffisamment étayées pour remettre en cause les ANC pour la population générale entre 4 à 19 ans. Mais un tel apport doit être proposé aux enfants et adolescents considérés comme à risque de carence en vitamine D, parce qu'ils ne s'exposent pas au soleil, portent des vêtements couvrants, ne consomment pas d'aliments riches en vitamine D (poissons gras de mer et aliments enrichis principalement), ont une forte pigmentation cutanée, et/ou ne consomment pas d'aliments riches en calcium.

Enfin, les études chez l'adulte suggérant un éventuel effet bénéfique de suppléments en vitamine D sur la minéralisation osseuse, la mortalité, et l'incidence de cancers, sein et colon principalement, et le développement de maladies auto-immunes, diabète principalement, sont plus controversées et n'ont pas encore été confirmées par des études d'intervention [2,4].

Ainsi, comme pour les enfants, les résultats des études publiées à ce jour chez l'adulte ne sont pas suffisamment convaincants pour modifier les ANC actuels des apports en vitamine D dans la population adulte générale. Cependant, étant donné le faible niveau de consommation de vitamine D en France, 2,6±2,4 microgrammes par jour [7], la mesure des réserves en vitamine D circulantes et une éventuelle supplémentation doivent être proposés aux adultes exposés à des situations extrêmes (sujets non exposés à la lumière solaire, patients avec ostéoporose et/ou souffrant de pathologies chroniques sévères, notamment).

Références :

  1. Apports nutritionnels conseillés pour la population française. Tec et Doc, Paris 2001.
  2. Dawson-Hughes B, Mithal A, Bonjour JP, et coll. Osteoporosis International 2010 [Epub ahead of print]
  3. Rizzoli Rizzoli R, Bianchi ML, Garabédian M et coll. Bone 2010; 46: 294-305.
  4. Cranney A, Horsley T, O'Donnell S, et coll. EvidRep Technol Assess (FullRep) 2007: 1-235.
  5. Esterle L, Nguyen TM, Walrant-Debray O, et coll. JBoneMiner Res20

SOURCE : Références Apports nutritionnels conseillés pour la population française. Tec et Doc, Paris 2001.Dawson-Hughes B, Mithal

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