La tomate serait-elle un aliment fonctionnel ?

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Dans la population vieillissante des pays industrialisés, le cancer de la prostate est une pathologie dégénérative de plus en plus fréquemment observée chez les hommes. En 2005, plusieurs publications scientifiques ont été consacrées à cette pathologie, notamment pour mettre en évidence le rôle préventif exercé par les fruits et légumes, et plus particulièrement ceux qui sont riches en lycopène et autres caroténoïdes

Une inhibition de la croissance de cellules prostatiques

Même si la tomate occupe une place privilégiée dans ces études, divers auteurs ont examiné d’autres sources alimentaires de caroténoïdes, comme l’avocat. Ainsi, un extrait organique d’avocat, contenant des caroténoïdes (majoritairement de la lutéine) et de la vitamine E, s’est avéré efficace pour inhiber la croissance de lignées de cellules prostatiques. L’utilisation de ces modèles cellulaires a permis de montrer que l’arrêt de la croissance cellulaire se produisait suite à une expression augmentée de la protéine p27, caractéristique des cellules quiescentes. Toutefois, cette action inhibitrice n’a pas été retrouvée avec l’addition de lutéine seule… Cette observation a conduit les auteurs à conclure à l’existence d’une action combinée de la lutéine avec d’autres phyto micronutriments liposolubles, pour arrêter la croissance des cellules cancéreuses [Lu et al, 2005].

La plupart des caroténoïdes alimentaires sont concernés

D’une manière intéressante, une étude épidémiologique, réalisée dans une province chinoise, a montré que les caroténoïdes alimentaires, pour la plupart, pouvaient significativement diminuer le risque de cancer de la prostate [Jian L. et al, 2005]. Suite à cette étude cas témoins, l’hypothèse initiale des auteurs d’une protection dominante par le lycopène a été étendue à tous les autres caroténoïdes majoritaires, même si les aliments riches en lycopène (tomates, pastèque) montrent une association inverse avec le risque du cancer de prostate. Cette association aux autres caroténoïdes a également conduit les auteurs à conclure que la consommation des fruits et légumes riches en lycopène, mais aussi en d’autres micro-constituants, pourrait aider à lutter contre le cancer de la prostate.

Le lycopène : candidat potentiel ou bio marqueur ?

Il est vrai que le lycopène a été étudié de façon prioritaire et spécifique depuis la découverte par Giovannucci en 1995, de l’association positive entre la consommation de tomates (et de produits dérivés) et le cancer de la prostate. Les résultats expérimentaux et cliniques ont montré que le lycopène constituait un candidat potentiel pour expliquer l’implication de la tomate non seulement dans les cancers mais aussi dans la protection cardiovasculaire et d’autres pathologies dégénératives (A. Girault, Equation Nutrition, Mars 2004).

Toutefois, de récentes études expérimentales réalisées chez des espèces murines, ont montré que l’extrait de tomate entière présentait un effet bénéfique plus significatif que le lycopène administré isolément, sur le développement des cancers induits chimiquement. Ces approches expérimentales, utilisant la tomate plutôt que des nutriments isolés, sont plus proches des études épidémiologiques qui ne prennent en considération que l’apport en tomates et non l’apport en lycopène. Dans ces conditions, la prise en compte du lycopène, que ce soit dans les aliments ou dans le plasma, ne représente qu’un bio marqueur d’exposition de l’individu à l’aliment source de lycopène. L’apport en lycopène alimentaire, sous la forme quasi-exclusive de tomate dans les pays industrialisés, a conduit certains auteurs à proposer ce caroténoïde comme seul agent responsable de l’effet santé de la tomate.

La tomate : une source diversifiée de micronutriments

En contrepoint, la revue publiée par Canene-Adams et al. (2005) s’intéresse à la tomate comme aliment fonctionnel. Ces auteurs considèrent que la tomate et ses produits dérivés constituent une source diversifiée de micronutriments. Ces aliments apportent également du potassium, du sélénium, des folates et des vitamines A, C et E. Concernant les micro constituants, les tomates contiennent des caroténoïdes - comme le béta-carotène, le phytoène et le phytofluène - mais aussi des flavanols (quercétine et kaempferol). Il apparaît donc nécessaire que des études cliniques soient spécifiquement dédiées aux interactions potentielles entre ces divers nutriments de la tomate.

À l’avenir, de telles approches expérimentales, réalisées dans les conditions les plus proches de l’aliment, pourront supporter l’hypothèse de plus en plus affirmée par le monde médical [Chong & Rashid, 2005] que la richesse en micronutriments et en phyto constituants de la tomate, en fait un aliment de choix pour préserver l’organisme de pathologies comme, non seulement le cancer de la prostate mais aussi les maladies cardiovasculaires.

Références :

  • Lu QY, Arteaga JR, Zhang Q, Huerta S, Go VL, Heber D. (2005) J. Nutr. Biochem., 16 : 23-30. Inhibition of prostate cancer cell growth by an avocado extract : role of lipid-soluble bioactive substances
  • Jian L, Du CJ, Le AH, Binns CW. (2005) Int. J. Cancer, 113 : 1010-1014. Do dietary lycopene and other caroténoids protect agains prostate cancer ?
  • Canene-Adams K, Campbell JK, Zarioheh S, Jeffery EH, Erdman JW Jr. (2005) J. Nutr., 135 : 1226-1230. The tomato as functional food.
  • Chong P, Rashid P. (2005) Aust. Fam. Physician, 34 : 265-267. Can we prevent prostate cancer ?

(Par Edmond Rock, Directeur de recherche / INRA Clermont-Ferrand, Equation Nutrition n°55 - Mai 2006)

SOURCE : APRIFEL

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