La télé alimente la pandémie d'obésité

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Décourager l'écoute de la télévision serait plus rentable que d'encourager la pratique d'activités physiques du point de vue de la santé publique, d'après une étude récente de Statistique Canada.

Les risques de la télé ne se limitent pas qu’à la publicité à destination des enfants

« La télé alimente la pandémie d’obésité » - Crédit photo : www.edupax.org En France, depuis quelques mois, divers organismes tentent de faire comprendre aux décideurs publics que les messages publicitaires destinés aux enfants sont un enjeu majeur de santé publique et qu’il faut les interdire. Bravo !

En général, les décideurs publics comprennent facilement qu’il faut réglementer la circulation routière de façon à protéger les enfants, que ça plaise ou non aux automobilistes et aux grandes entreprises de camionnage. Mais de là à les protéger des agences de marketing qui les prennent pour cibles, il y a un pas à franchir qui requiert du courage politique. L’impact de la pub sur les enfants est pourtant abondamment documenté ; les dommages sont énormes et les coûts sociaux le seront tout autant, sinon plus.

Hélas, l’impact de la télé sur les enfants ne se limite pas aux seuls messages publicitaires. C’est ce qui ressort d’une étude rendue publique par Statistiques Canada, le 18 juin 2008, et réalisée auprès de 42 612 personnes (Pour accéder à l’étude, cliquez ici ).

L’étude de Statistique Canada démontre qu’il y a un lien entre télévision et risque d’obésité

A été mesuré l’impact du temps passé à la télé par les enfants, les ados et les adultes sur le risque d’obésité.

La probabilité de souffrir d’obésité augmente de 80 % lorsque nous passons 21 heures par semaine devant la télé (3 heures par jour), comparativement à nos voisins qui y passent 5 heures ou moins par semaine.

Dans le cas de l’ordinateur, les hommes qui y consacrent plus de six heures par semaine de leur temps de loisirs augmentent les risques de devenir obèses de 20 %. Ce risque passe à 30 % pour les femmes.

Statistique Canada est arrivé à déterminer ces probabilités après avoir isolé 4 autres facteurs : l’âge, l’état matrimonial, le revenu et le lieu de résidence à la ville ou à la campagne.On se doute bien que les grands consommateurs de télé sont aussi plus sédentaires et moins enclins à manger leurs cinq portions quotidiennes de fruits et de légumes.

Mais le facteur télé est demeuré observable peu importe les autres facteurs, y compris l’activité physique peu fréquente et la faible consommation de fruits et de légumes. Cela confirme que le temps passé devant la télé augmente nos risques d’obésité indépendamment de notre sédentarité et de notre régime alimentaire.

Assis devant la télé, on est porté à grignoter, notamment à cause des produits suggérés par la pub. Hormis le sommeil, l’écoute de la télévision est l’activité qui demande le moins d’énergie au métabolisme. La demande d’énergie métabolique diminue a 0,9 lorsqu’on dort. Cette demande passe à 1,0 lorsqu’on regarde la télé, à 1,8 lorsqu’on écrit à l’ordinateur, à 1,3 lorsqu’on lit, à 2,5 lorsqu’on range l’épicerie et à 1,5 en jouant aux cartes.

Et Madame Julie Mandeville, de Statistiques Canada, de conclure que d’un strict point de vue de santé publique, il est plus rentable « de décourager l’écoute de la télévision que d’encourager la pratique d’activités physiques. »

DÉFI : arrêter la télévision pendant 10 jours

Depuis avril 2003, près d’une centaine d’écoles du Québec et de l’Ontario ont organisé un arrêt concerté de consommation de petit écran. En mai 2008, le DÉFI 10 jours « pour voir autrement » a permis de mobiliser une première école de Strasbourg. Partout, les résultats ont impressionné. L’activité préférée des enfants et des ados pour remplacer les écrans a été le sport et autres activités physiques. Le DÉFI est tout sauf une punition, c’est un mouvement concerté, planifié et volontaire. Aucune récompense autre que la fierté d’avoir vaincu des adversaires parmi les plus puissants au monde : les industries du divertissement et du marketing.

Rappelons que le cerveau des enfants encaisse chaque année 200 heures de publicité télévisée, essentiellement conçue pour contourner ou neutraliser leur jugement critique. Aux États-Unis, les budgets de pubs ciblant les enfants sont passés de 100 millions de dollars à 17 milliards entre 1983 et 2006.

Les résultats : peut-être un remède de santé publique

En avril 2007, les parents, les enseignants et les élèves de l’école primaire Jacques-Rocheleau, sur la Rive-sud de Montréal, ont relevé le DÉFI 10 jours sans écrans. Les 653 élèves (y compris 186 enfants de Maternelle) ont gardé les écrans fermés durant 8,9 jours en moyenne et les deux tiers ont réussi à les garder fermés durant 10 journées complètes.

Résultats ? Le DÉFI a été jugé utile par 88% des parents, par 79% des élèves et par 95% des membres du personnel. 66% des parents et 71% du personnel considèrent que le DÉFI a permis d’améliorer la santé et le bien-être des enfants.

Le principal changement constaté ? Augmentation de la pratique d’activités physiques et sportives constatée par 75% des parents et 87% des enfants. 52% des enfants ont également lu plus souvent.

Les devoirs et leçons se sont améliorés disent 45% du personnel. 70% des parents et 69% des enfants disent avoir passé plus de temps en famille. Papa et maman ont eux aussi réduit le temps passé devant la télé, respectivement 55% et 71%. 40% des parents ont noté une augmentation de l’aide fournie à la maison par leur enfant.

L’expérience ne semble pas avoir rendu les enfants maussades puisque 40% des parents, 56% des enfants et 66% du personnel ont trouvé l’humeur des enfants meilleure. 58% du personnel ont noté une amélioration de la concentration en classe et 78% ont jugé que les énergies investies dans le DÉFI rentables au plan pédagogique.

Que se passe-t-il après les 10 jours ? Invités à garder la consommation de petit écran inférieure à 7 heures semaines durant les mois suivants, 88% des parents se disent prêts à collaborer. Comme personne ne peut (et ne veut) garder les enfants à l’abri des médias indéfiniment, il faut se réjouir que 82% du personnel et 57% des parents disent avoir constaté que la préparation au DÉFI 10 jours a permis d’aiguiser le sens critique des enfants. Surprise ! 77% des parents et 52% des enfants se disent prêts à reprendre le DÉFI chaque année.

Si pour prévenir le surplus de poids et l’obésité, il est plus rentable de décourager l’écoute de la télévision que d’encourager la pratique d’activités physiques, que dire de ce DÉFI 10 jours qui fait les deux. N’est-ce pas une excellente nouvelle pour les enfants et les parents de la France entière ?

(Par Jacques Brodeur, conseiller en Prévention de la violence, Éducation à la Paix, Éducation aux médias Trois-Rivières, Québec)

SOURCE : EDUPAX

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