La sédentarité, nouvelle maladie nutritionnelle ?

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Pour rester en bonne santé et lutter contre les risques de surpoids ou d’obésité, il ne s’agit plus seulement de pratiquer une activité physique régulière, il faut aussi lutter contre le comportement sédentaire. Un nouveau paramètre à prendre en compte dans la prévention et le traitement des maladies chroniques.

La sédentarité : quelle définition ?

Issue du latin « sedere » (être assis), la sédentarité reflète un ensemble d’activités pour lesquelles les mouvements sont réduits au minimum. La dépense énergétique est proche de celle au repos, c'est-à-dire de l’ordre de 1 à 1,5 équivalent métabolique (MET *) : regarder la télévision, travailler assis à un bureau, utiliser Internet, jouer à des jeux vidéo, lire, téléphoner, conduire…

Etre sédentaire ne signifie pas « ne rien faire », mais correspond à réaliser un très grand nombre de nos occupations modernes sans dépense d’énergie.

  • Le comportement sédentaire « est représenté par le temps passé en position assise ou allongée pendant une journée, hors durée normale de sommeil » (INPES).
  • L’activité physique englobe « tout mouvement corporel produit par la contraction des muscles squelettiques qui entraîne une augmentation substantielle de la dépense d’énergie au-dessus de la valeur de repos ». Elle ne se limite donc pas à la pratique d’un sport et inclut tous les mouvements de la vie quotidienne.

* 1 MET = 1 kcal/kg de poids corporel.

Comment évaluer la sédentarité ?

Escaliers roulants, ascenseurs, portes automatiques, utilisation systématique de la voiture, remplacement des loisirs de plein air par des activités d’intérieur (télévision, Internet, jeux vidéo)… Jamais, au cours de son histoire, l’être humain n’aura été aussi assisté, véhiculé, diverti, sans quitter la position immobile, principalement assise. Sans oublier que la station assise devant un écran favorise le grignotage, essentiellement de produits de snacking (chips, confiseries…)

Pour mesurer la sédentarité, le temps passé devant un écran (télévision, mais aussi ordinateur, tablette, smartphone…) représente aujourd’hui l’indicateur le plus utilisé. Des outils objectifs tels que des compteurs de mouvements (accéléromètres) peuvent également comptabiliser le temps passé sous un certain seuil d’activité (100 coups/minute correspondant à une activité sédentaire). Les inclinomètres mesurent quant à eux le temps passé en différentes positions (allongé, assis, debout).

Des questionnaires ou la tenue d’un carnet d’activités sont indispensables pour apprécier le statut de chaque patient, mais il faut aussi interroger sur des comportements sédentaires, qu’on sait désormais responsables à eux-seuls de risques pour la santé. Selon le principe de calcul par accélérométrie, une étude française indiquait que le temps moyen de sédentarité était de 7 h par jour. Malgré tout, ces données restent des indicateurs.

Aujourd’hui, il n’existe pas de consensus sur les recommandations précises en termes de limitation de la sédentarité. L’objectif : définir des niveaux à partir desquels un comportement peut être qualifié de « sédentaire », notamment en fonction de l’âge des individus.

Les chiffres de la sédentarité

  • 42,5 % des adultes atteignent un niveau d’activité physique favorable à la santé.
  • 2 h 19 : temps consacré à la pratique d’une activité physique par adulte et par semaine (dont 18 min d’activité physique de loisirs, 20 min de déplacements, et 1h41 d’activité physique au travail).
  • 4 h 38 : temps passé assis par adulte et par jour.

(Source : Baromètre Santé-Nutrition, 2008).

  • 2,4 km : C’est le nombre de kilomètres parcourus à pied par un homme aujourd’hui, contre 10 à 16 km pour nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.

(Source : Exercise like an hunter-gatherer : a prescription for organic physical fitness, O’Keefe J.H., Vogel R., Lavie C.J et al., 2011.)

  • 59 % des hommes et 48 % des femmes de 18 à 74 ans passent plus de 3 h devant un écran (télévision, ordinateur), ainsi que 41 % des garçons et 38 % des filles de 3 à 17 ans.

(Source : ENNS, 2006-2007)

Quel impact sur la santé ?

Chaque année dans le monde, 2 millions de décès sont attribués à l’inactivité physique. Elle accroît la mortalité quelle qu’en soit la cause, double le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète, d’obésité… Elle augmente le risque de troubles lipidiques, d’ostéoporose, d’hypertension… D’autre part, il est prouvé que le temps passé en position assise est associé, indépendamment du niveau d’activité physique, à un risque de diabète de type 2, de cancer, d’obésité et de mortalité cardiovasculaire.

Occupations sédentaires et activité physique insuffisante agissent conjointement et augmentent les risques pour la santé. Un bénéfice apparaît dès un seuil de 30 minutes d’activité modérée par jour.

L’OMS recommande aux adultes une durée minimum de 150 minutes d’activité d’intensité modérée (3 à 6 METs) par semaine, ou au moins 75 minutes d’activité d’endurance soutenue, à compléter par des exercices de renforcement musculaire, au moins deux fois par semaine.

Quelles mesures pour lutter contre la sédentarité ?

Face à l’augmentation de la sédentarité, il est nécessaire de mettre en place des stratégies de prévention, notamment chez les jeunes. Les programmes associant différents acteurs (éducation, services territoriaux, monde de la santé et de l’activité physique, médias…) semblent donner les meilleurs résultats. C’est le cas de l’étude ICAPS (« Intervention ciblant l’activité physique et la sédentarité des collégiens »), réalisée en Alsace de 2002 à 2006.

  • L’idée : proposer des activités lors de temps libres (pause de midi, permanences…) ou des événements (journées « tous à vélo », journées sportives…) sans esprit de compétition et en misant sur le plaisir. Les médias ont relayé les informations, les collectivités territoriales, facilité l’accès aux équipements sportifs…
  • Bilan : par semaine, une activité physique augmentée d’une heure, et le temps passé devant la télévision, diminué de 16 minutes. Les IMC (Indices de masse corporelle) ont également diminué (-0,25 à 4 ans), tandis que les taux de HDL-cholestérol ont augmenté (6 %). Les familles des adolescents ont bénéficié du programme : les mères des participants étaient plus nombreuses à pratiquer une activité de loisirs. Mieux encore : deux ans après la fin du programme, les comportements persistent.

Pour se remettre à bouger, la volonté de chacun compte certes, mais le milieu de vie doit également être favorable : présence de pistes cyclables, de voies piétonnes et/ou de terrains de jeux, trottoirs aménagés, proximité d’espaces verts, politiques de transports assurant la sécurité des piétons et des cyclistes, promotion d’activités physiques en milieux scolaires… Les entreprises peuvent également mettre à disposition des salariés des équipements sportifs, faciliter les accès en vélo... Une action de grande ampleur, incluant pouvoirs publics, médias, urbanisme et sociologie, s’avère indispensable pour que les individus puissent intégrer l’activité physique dans leur vie quotidienne.

(Journée annuelle Benjamin Delessert (JABD) - Vendredi 1er février 2013, CNIT Paris-La-défense)

SOURCE : Institut Benjamin Delessert

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