La recherche identifie l'intolérance au lactose des premiers Européens

lu 3124 fois

Les chercheurs britanniques et allemands travaillant sur l'analyse de l'ADN de squelettes de l'époque néolithique déclarent avoir trouvé la première preuve directe de l'intolérance des premiers Européens au lactose. Les résultats sont publiés dans la revue « Actes de l'Académie nationale des sciences » (Proceedings of the National Academy of Sciences).

Aujourd'hui, plus de 90 % de la population du nord de l'Europe possède le gène permettant la digestion du lait. Le gène est également présent dans certaines populations d'Afrique et du Moyen-Orient, mais est absent, à l'échelle mondiale, pour la majorité de la population adulte.

« La capacité à boire du lait est le trait le plus avantageux des Européens ayant évolué au cours du passé récent. Sans cet enzyme lactase, la consommation de lait à l'âge adulte provoque des gonflements et des diarrhées », explique Mark Thomas de l'University College de Londres (UCL), l'un des partenaires de la recherche.

Bien que les bénéfices de la tolérance au lait restent encore un mystère, les populations prospères bénéficiaient apparemment d'un approvisionnement en lait régulier, ce qui n¿était pas le cas pour les récoltes saisonnières, victimes de hausses et de baisses extrêmes. Le lait possède également des vertus nutritives et, contrairement à l'eau des ruisseaux, n'est pas contaminé par les parasites et constitue donc une boisson plus sûre. « L'un dans l'autre, la capacité à boire du lait a offert un énorme avantage de survie à certains des premiers Européens », note le Dr Thomas.

Les scientifiques sont conscients depuis un certain temps que dans le passé, les êtres humains ne pouvaient pas digérer le lait. Cependant, personne ne sait vraiment à quelle période a eu lieu le passage de l'intolérance à la tolérance au lactose.

Les chercheurs de l'UCL et de l'Université de Mainz ont prélevé des échantillons d'ADN sur des squelettes de l'époque néolithique datant de 5 840 et 5 000 avant JC. Le gène contrôlant notre capacité à digérer le lait n'était pas présent dans ces échantillons.

« Notre étude confirme que la variante du gène de la lactase est apparue très récemment en terme d'évolution et s'est répandue grâce à l'avantage massif de survie offert à ses porteurs. Les scientifiques l'avaient déjà démontré à travers l'analyse de gènes de la population d'aujourd'hui, mais nous l'avons confirmé en revenant en arrière et en examinant des ADN anciens », a expliqué le Dr Thomas.

En plus de dater l'évolution de la tolérance au lactose, les chercheurs ont également cherché à défier la théorie consistant à dire que la capacité de certaines populations en Europe à digérer le lait a conduit à l'expansion de l'industrie laitière. Cependant, les chercheurs ont trouvé que la variante de la tolérance au lactose du gène de la lactase s'est développée après l'apparition de l'industrie laitière, qui a commencé il y a environ 9 000 ans en Europe.

Les recherches continueront désormais à identifier les différences de niveaux de tolérance en Europe. « Il est frappant, par exemple, de voir qu'aujourd'hui, environ 80 % des Européens du Sud ont une intolérance au lactose malgré la présence des premiers industriels laitiers en Europe dans ces régions. Les simulations par ordinateur et les tests ADN nous permettent de nous faire une meilleure idée des premiers Européens », affirme le Dr Thomas.

Source : Copyright © Communautés européennes, 2007

SOURCE : Communautés européennes

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s