La prise de poids induite par les médicaments antipsychotiques n'est pas incontournable

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L'un des effets indésirables de plusieurs médicaments prescrits contre le trouble bipolaire ou la schizophrénie est le gain de poids considérable qu'ils peuvent entraîner. Dans les cas extrêmes, un patient peut prendre jusqu'à 30 kg en un mois. Ce problème est-il incontournable ? Non, démontre un groupe de chercheurs de la Faculté de médecine dans un récent numéro de l'Australian and New Zealand Journal of Psychiatry.

Jean-Philippe Chaput et Angelo Tremblay, du Département de médecine sociale et préventive (kinésiologie), et leurs collègues Marie-Josée Poulin, Véronique Simard, Pierre Vincent, Joëlle Bernier, Yvan Gauthier, Guy Lanctôt, Jacynthe Saindon, Annick Vincent et Solange Gagnon, du Département de psychiatrie, ont testé l'efficacité d'un programme de prévention de gain de poids chez un groupe de 59 patients traités pour problèmes de santé mentale. Ces personnes, atteintes de trouble bipolaire, de troubles psychoaffectifs ou de schizophrénie, consommaient des antipsychotiques depuis près de trois ans en moyenne.

Les chercheurs les ont invitées à suivre une session de formation de 90 minutes portant sur les principes d'une bonne alimentation et sur l'activité physique. Par la suite, les participants prenaient part à deux séances hebdomadaires de conditionnement physique d'une heure pendant 18 mois. Supervisées par des kinésiologues, ces séances se déroulaient dans une petite salle de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus et comportaient des exercices aérobiques et de musculation.

Pour évaluer l'efficacité du programme, les chercheurs ont mesuré à plusieurs reprises différents paramètres physiques et biochimiques des participants et ils les ont comparés à ceux d'un groupe témoin de 51 patients sédentaires ou peu actifs, également sous médication. Le poids, le tour de taille et l'indice de masse corporelle des sujets du groupe témoin ont augmenté de plus de 4 % entre le début et la fin de l'étude. Leurs taux de mauvais cholestérol et de triglycérides ont également bondi de 15 % et de 12 % respectivement.

Par contre, les sujets qui ont pris part au programme de contrôle de poids affichaient une tendance inverse à tous les chapitres. Leur poids, leur tour de taille et leur indice de masse corporelle ont diminué de 4 % ou plus alors que leurs taux de bon cholestérol (hausse de 21 %), de mauvais cholestérol (baisse de 14 %) et de triglycérides (baisse de 26 %) témoignaient des effets positifs du programme.

Cette démonstration est encourageante parce que la prise de poids induite par la prise d'antipsychotiques a de multiples effets pervers sur la santé: elle perturbe le profil lipidique, augmente les risques de maladies cardiovasculaires et de diabète, et constitue une entrave au bon suivi du traitement.

« Nos résultats mettent en lumière l'importance d'un programme de contrôle du poids conçu spécifiquement pour les patients qui consomment des antipsychotiques, souligne Jean-Philippe Chaput. Dans un monde idéal, chaque prescription d'antipsychotiques devrait être accompagnée d'une prescription d'activité physique.»

(Jean Hamman - Le journal de la communauté universitaire - Volume 43, numéro 17 - janvier 2008)

SOURCE : Université Laval

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