La prévention santé à l'aune de l'épigénétique

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Des études récentes et des domaines de recherche innovants démontrent plus que jamais le rôle de l'environnement et en particulier de l'alimentation dans l'installation des maladies. Les stimulations de l'environnement sont à l'origine notamment de modifications épigénétiques qui peuvent avoir un impact tout au long de la vie et plus particulièrement en période péri-conceptionnelle. L'acquis serait-il transmissible... héréditaire ? C'est une véritable révolution qui vient confirmer l'intérêt d'une alimentation santé préventive et si besoin d'une complémentation.

« La prévention santé à l'aune de l'épigénétique » - Crédit photo : www.nutripages.fr Peut-on souscrire de manière univoque,au postulat de T. Dobzhansky, « Rien en médecine ne fait sens sauf à la lumière de l'évolution », ou mieux, doit-on spéculer sur un rapprochement de la médecine et de la biologie de l'évolution et du développement ? La réponse à cette question devra obligatoirement être nuancée et n'est évidemment pas univoque, mais vu le foisonnement de mécanismes, moteurs de l'évolution mais aussi du développement, et les acquis fondamentaux de la biologie moléculaire dans les processus de l'embryogenèse précoce, de la gamétogenèse, de l'immunité, du potentiel d'action membranaire..., il semble raisonnable de pousser à leur intégration dans la pratique médicale.

Les découvertes concernant l'histoire évolutive des êtres humains permettent également de mieux en mieux de comprendre pourquoi nous sommes vulnérables à certaines maladies. Sans risque de se tromper, on peut tabler aujourd'hui sur des connaissances conséquentes dans des domaines comme l'infectiologie, l'impact de l'environnement moderne, le vieillissement, la péri-conception et la post-natalité. Un dernier point, probablement majeur, la phylogénétique a confirmé l'extraordinaire conservation de certains mécanismes moléculaires mis en jeu au cours de l'évolution des espèces.

Dans ce domaine nous avons choisi de mettre en avant ceux liés :

  • à l'épigénétique, qui est en train de bouleverser notre compréhension de l'impact de l'environnement au cours de la vie d'un individu mais également par ses effets transgénérationnels ;
  • aux Toll-Like Récepteurs (TLRs), récepteurs indispensables dans l'établissement et le maintien de l'homéostasie immunitaire intestinale, par le biais du bruit de fond immunitaire ;
  • au DHA, à travers son affinité particulière pour certains tissus et organes.

Le premier, trop souvent mis en concurrence avec la génétique et surtout avec le dogme central de la biologie moléculaire, est l'épigénétique. Fruit d'une constellation de mécanismes bassement chimiques et physiques mais aussi hautement « ARN non-codants » dépendants, elle permet enfin de comprendre comment nous pouvons nous adapter aussi rapidement à la pression de l'environnement (résilience) ou la subir avec comme conséquence des empreintes parfois indélébiles (états de vulnérabilité).

Ces modifications sont mises en place sans toucher au code génétique, en toute transparence, en facilitant l'expression de gènes habituellement non actifs ou à l'inverse en imposant le silence à d'autres pratiquement toujours exprimés. Un de ces mécanismes est l'ajout, à l'aide d'enzymes, d'un groupement méthyle sur l'ADN, les histones, l'ARN... processus éminemment modulable par un apport de donneurs de méthyles notamment les folates. D'où l'idée d'optimiser le « Capital Méthyle » de tout individu.

Le deuxième, la symbiose entre la famille des Toll-Like Récepteurs (TLRs), récepteurs cellulaires au nombre de dix, et des antigènes du microbiote intestinal et/ou de probiotiques, constitue le socle du bruit de fond immunitaire, mécanisme fondamental dans la maintenance de l'homéostasie immunitaire intestinale voire de l'homéostasie intestinale en général. De la mutualisation des effets « récepteurs » et « messages stimulants universels » est né le concept d'Endosymbiose Microbiote intestinal - immunité intestinale, tout cela étant évidemment applicable aux souches probiotiques.

Le troisième, concerne le DHA, acide gras polyinsaturé oméga 3, vedette mécanistique de la résolution de l'inflammation et médicale dans la prévention cardiovasculaire. Une autre facette remarquable du DHA est son affinité très particulière pour le myocarde, le Système Nerveux Central (SNC) et les photorécepteurs de la rétine, affinité que le DHA ne partage avec aucun autre acide gras. Et enfin, son rôle ubiquiste dans le domaine de l'initiation et la maintenance du potentiel d'action membranaire, mécanisme capital pour les échanges ioniques et la rythmologie.

En conclusion, trois perspectives explicatives, à l'aune de l'évolution et du développement, susceptibles de déboucher sur des prises en charge novatrices et complémentaires de celles déjà utilisées par ailleurs.

(Par André Burckel, Pharmacien biologiste - Forum de micronutrition à l'Institut Pasteur de Paris - 13 mars 2010)

SOURCE : IEDM

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