La prévention par la nutrition : un objectif d'intérêt général

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L’information nutritionnelle est, encore trop souvent, contradictoire. Alors que le public a besoin d’être éclairé sur un sujet dont il conçoit l’importance dans la prévention des maladies, il est sans cesse sollicité par des produits nouveaux, et les explications qu’il reçoit sont souvent partielles et confuses. Il est important d’entreprendre un effort de clarification...

Il est important d’entreprendre un effort de clarification et de vulgarisation pour que les consommateurs puissent s’appuyer sur des recommandations sûres. C’est l’objet du Programme National Nutrition Santé (PNNS) et du guide alimentaire récemment paru qui l’accompagne.

Les facteurs de prévention nutritionnelle sont généralement efficaces sur un grand nombre de pathologies. Bien que génétiquement inégaux devant les risques, nous avons sensiblement les mêmes caractéristiques énergétiques, et sommes susceptibles de bénéficier des mêmes facteurs de protection. La qualité des nutriments et des micronutriments que reçoivent nos cellules retentit non seulement sur le fonctionnement de notre organisme mais aussi sur son éventuel dérèglement au cours du vieillissement.

Objectif : faciliter le fonctionnement de l’organisme

La nutrition préventive permet de définir les caractéristiques d’une alimentation qui facilite le fonctionnement complexe de l’organisme, par le biais d’un apport énergétique adapté et la présence d’un ensemble de facteurs de protection. Les bases de ce type d’alimentation peuvent être définies par une approche analytique des ANC ou par l’observation des modes alimentaires les plus protecteurs comme, par exemple, le régime méditerranéen. Caractéristiques communes de ces régimes : un apport élevé de produits végétaux, et une utilisation modérée d’ingrédients purifiés et de produits animaux riches en acides gras saturés. Du point de vue énergétique, la proportion des glucides, protéines et lipides doit respectivement représenter 55 %, 13 % et 32 %, alors que la majorité de la population dispose d’un apport énergétique du type 45 %, 15 %, 40 %. Un effort évident doit donc être fait pour favoriser la consommation de glucides sous forme de produits végétaux complexes (fruits et légumes frais, pains bis ou complets…) et pour modérer les apports lipidiques.

Trop d’ingrédients purifiés

Le problème de l’alimentation actuelle provient de l’absence de règle précise concernant la préservation de la complexité des aliments et le maintien d’une densité nutritionnelle suffisante. Aucun frein réglementaire n’existe concernant une utilisation, devenue excessive, d’ingrédients purifiés (sucres, matières grasses purifiées, farines très raffinées) servant de base à l’élaboration d’un très grand nombre de produits alimentaires ou de boissons. Paradoxalement, la législation a toujours été très attentive aux conséquences des supplémentations en éléments divers (minéraux, vitamines). Il est regrettable que la même vigilance n’ait pas été accordée aux conséquences des transformations alimentaires qui abaissent la densité nutritionnelle des produits et surchargent notre alimentation en “calories vides”.

Des céréales et des féculents de bonne qualité

Une des premières sources de calories vides étant représentée par les glucides, il est essentiel de s’attacher à la qualité des produits céréaliers afin qu’ils apportent une quantité suffisante de protéines, de fibres, de minéraux et de micronutriments. Ils doivent être consommés sous la forme la plus complète possible (pains bis ou complets) puisque les produits raffinés ont perdu les trois quarts des minéraux et des vitamines (pain blanc, pâtes, riz). La consommation d’autres féculents (pommes de terre, légumes secs) doit être encouragée, d’autant que leur composition est complémentaire de celle des céréales.

Les rôles essentiels des fruits et légumes

L’intérêt majeur des fruits et légumes repose sur la qualité de leur fraction non énergétique (fibres, minéraux, vitamines, micronutriments) qui rend compte de leur rôle clé dans la prévention de nombreuses pathologies. Pour l’apport de minéraux, l’importance des fruits et légumes ne semble pas avoir été correctement perçue. Pourtant, l’ingestion de 10 % de l’énergie totale sous forme de fruits et de légumes (soit environ 300 g de fruits et 300 g de légumes) fournit près de 50 % des besoins en potassium et 20 % des besoins en calcium, magnésium et fer. Ils jouent ainsi un rôle essentiel pour rééquilibrer le rapport potassium/sodium, indispensable pour combattre l’hypertension, et pour accroître le pouvoir alcalinisant des aliments, particulièrement intéressant dans la prévention de l’ostéoporose. En outre, ces végétaux peuvent être particulièrement riches en certaines vitamines limitantes, comme l’acide folique, mais aussi en antioxydants (vitamines C, E, polyphénols, caroténoïdes) ou en micronutriments protecteurs divers (composés soufrés, phytostérols). Les végétaux devraient couvrir au moins 60 % de nos besoins énergétiques, avec une répartition variable, entre fruits et légumes frais, pommes de terre et légumes secs, céréales et pains complets.

Quelle place accorder aux produits animaux ou issus de l’animal ?

Sans remettre en cause leurs intérêts nutritionnel et gastronomique, la place à donner aux produits animaux est relativement modeste en terme énergétique (20-25 %). Leur composition binaire "protéines + lipides", ne permet pas de les utiliser en forte quantité sans risquer un excès de protéines ou de matières grasses saturées. Les nutritionnistes recommandent de modérer la consommation de protéines animales, visant à obtenir un apport sensiblement identique de protéines animales et végétales. Cela suppose de consommer par exemple de la viande une fois par jour seulement. Le rôle des produits laitiers pour la fourniture de calcium est bien connu et indéniable. Cependant, une consommation excessive de ces produits n’est pas toujours compatible avec les bases de la nutrition préventive (cf. Objectifs PNNS portant sur le cholestérol).

Et les lipides ?

Il faut souligner l’intérêt des poissons gras pour l’apport de matières grasses poly-insaturées de la série oméga 3. Les graisses ajoutées dans diverses préparations jouent un rôle clé en nutrition préventive. Un choix judicieux d’huiles végétales (huile d’olive ou de colza ou de mélange colza/olive) permet d’apporter les acides gras insaturés en proportion équilibrée, complémentaires des lipides d’origine animale. Tout en privilégiant l’utilisation des huiles vierges pour préserver leur richesse en antioxydants variés.

Le végétal à l’honneur

La prise en compte de la complexité des aliments et de leur potentialité protectrice est certainement une des meilleures clés de la prévention nutritionnelle. Les mêmes modes alimentaires semblent tout aussi efficaces pour prévenir la surcharge pondérale, que le diabète, les maladies cardio-vasculaires, les cancers, voire d’autres pathologies. Cela constitue la base du concept de nutrition préventive. Les seuls aliments ou boissons dont on doit limiter l’usage sont ceux qui sont constitués d’ingrédients énergétiques purifiés (matières grasses, sucres, produits sucrés, alcool, mais aussi d’amidons ou d’autres produits purifiés). En pratique, l’accent doit tout simplement être mis sur le fait que la consommation de produits animaux doit toujours être accompagnée d’une grande diversité de produits végétaux, tout en insistant sur leur remarquable complémentarité.

SOURCE : APRIFEL

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