La prévention de l'obésité sauve des vies mais n'empêche pas l'accroissement des dépenses de santé

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L'obésité est une cause majeure de morbidité et de mortalité, et est associée à d'importantes dépenses de santé. Il est donc logique de penser que la prévention de l'obésité pourrait se traduire par des économies de coûts, comme cela a été maintes fois suggéré également pour le tabagisme. Des chercheurs néerlandais, dont les travaux sont publiés sur Public Library of Science Medicine (PLoS), ont mis en évidence contre toute attente que « vivre mince et en bonne santé » coûte plus cher aux organismes de santé qu'être obèse ou fumeur.

« La prévention de l’obésité sauve des vies mais n’empêche pas l’accroissement des dépenses de santé » L’objectif de cette étude ménée par M. van Baal et ses collègues était d’estimer la durée de vie et les frais médicaux annuels imputables à l’obésité, afin de comparer les coûts similaires à ceux attribuables au tabagisme, et de mettre en évidence les implications éventuelles de la prévention pour les diminuer.

Les chercheurs ont donc crée un modèle de simulation pour estimer la durée de vie et les coûts des soins de santé pour un ensemble d’individus répartis en trois groupes de 1.000 personnes environ âgés d’au moins 20 ans : un premier dit « mince et en bonne santé » (définis comme non-fumeurs et mince avec un IMC entre 18.5 et 25), un deuxième constitué d’individus obèses et un troisième de fumeurs. Excepté pour certaines valeurs relatives de risque épidémiologique, tous les paramètres d’entrée du modèle de simulation ont été basés sur les données concernant les coûts et la fréquence des maladies aux Pays-Bas en 2003..

Entre l’âge de 20 ans et 56 ans, les chercheurs ont relevé que les personnes obèses sont à l’origine des dépenses de santé les plus coûteuses. Cependant, parce que les fumeurs, comme les obèses, sont décédés plus tôt que les gens que ceux du groupe dit « mince et en bonne santé », ils ont coûté « moins chers » à soigner sur le long terme. Ainsi, le groupe « mince et en bonne santé » avait une espérance de vie moyenne de 84 ans tandis que les fumeurs vivaient eux en moyenne 77 ans, à peine moins que les obèses qui atteignaient 80 ans. Une longévité moindre qui s’explique en partie parce que les fumeurs et les personnes obèses tendaient à souffrir davantage de maladies cardio-vasculaires que les personnes en « bonne santé ». L’incidence du cancer, à l’exception de celui du poumon, était la même, quelque soit le groupe considéré. Le diabète était plus fréquent chez les obèses, tandis que les accidents vasculaires cérébraux apparaissaient plus nombreux chez les individus en bonne santé.

En fin de compte, ce sont les personnes du groupe « mince et en bonne santé » qui ont coûté le plus cher, environ 281.206 euros à partir de l’âge de 20 ans. Le coût de soins pour les obèses s’élevait pour sa part à 250.185 euros et celui des fumeurs à 219.939 euros. Ainsi, bien qu’efficace, la prévention de l’obésité conduit logiquement à une diminution des coûts des maladies liées à l’obésité elle-même, cependant cette baisse est compensée par l’augmentation des coûts de santé dus à des maladies non liées à l’obésité grâce aux années de vie gagnées qui génèrent les dépensent souvent « les plus lourdes ». « Cela va de soi : quand on vit plus longtemps, on coûte plus cher au système », explique l’auteur d’une étude sur le sujet.

Ainsi, si la prévention de l’obésité constitue bien un facteur important et rentable d’amélioration de la santé publique, elle ne constitue pas un remède à l’augmentation des dépenses de santé. Ces résultats contredisent l’affirmation selon laquelle prévenir l’obésité permettrait d’économiser des millions dans le monde entier. « C’est une douche froide quant au prix exorbitant de l’obésité », a commenté Patrick Basham, professeur de politique de santé à l’université américaine Johns Hopkins, sans lien avec l’étude. « Si nous continuons de nous inquiéter des effets de l’obésité sur la santé, cessons de le faire dans le domaine économique », a-t-il ajouté.

Pour les experts de l’obésité, la lutte contre cette épidémie dépasse l’enjeu des économies d’argent. « L’avantage de la prévention de l’obésité peut ne pas être immédiat en termes d’économie d’argent, mais il y a des gains à long terme à permettre aux gens de vivre plus longtemps et en meilleure santé », a souligné Neville Rigby, porte-parole d’une association internationale d’étude de l’obésité (IASO). Avis partagé par certains détracteurs de cette étude qui ne prend notamment pas en compte le coût économique et social de l’obésité et du tabac.

Références :

  • « Lifetime Medical Costs of Obesity: Prevention No Cure for Increasing Health Expenditure » Pieter H. M. van Baal[1], Johan J. Polder[2,3], G. Ardine de Wit1, Rudolf T. Hoogenveen1, Talitha L. Feenstra1, Hendriek C. Boshuizen1, Peter M. Engelfriet1, Werner B. F. Brouwer[4]
    1. National Institute for Public Health and the Environment (RIVM), Centre for Prevention and Health Services Research, Bilthoven, The Netherlands
    2. National Institute for Public Health and the Environment, Centre for Public Health Forecasting, Bilthoven, The Netherlands
    3. Tilburg University, Department Tranzo, Tilburg, The Netherlands
    4. Erasmus University, Medical Center, Rotterdam, The Netherlands
  • La Presse Canadienne, 4 et 5 février 2008
  • Challenge, 5 février 2008

Source : Alexandre Glouchkoff, Diététicien - Nutritionniste

SOURCE : Toute la diététique !

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