La pollution du BIO : mythe ou réalité ?

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L'agriculture biologique se définit comme un mode particulier de production qui, au niveau de l'exploitation agricole, privilégie, selon un système d'approche global respectueux de l'environnement et du bien-être animal, les pratiques de gestion plutôt que le recours à des intrants extérieurs.

« La pollution du BIO : mythe ou réalité ? » - Crédit photo : Alexandre Glouchkoff On compte environ 12 000 exploitations de ce type en France correspondant à une surface de près de 600 000 hectares. L'intérêt de consommer des aliments issus de l'agriculture biologique doit s'évaluer en fonction d'une étude bénéfices / risques selon des études disponibles, en particulier celles privilégiant les études comparatives avec des produits conventionnels. Nous ne traiterons ici que des aspects de pollution chimique.

Evidemment, les principaux points de discussion portent, d'une part sur l'interdiction d'utiliser des pesticides de synthèse et d'autre part sur les risques de contamination par des mycotoxines. Il faut aussi rajouter le strict encadrement des traitements vétérinaires mais aussi le fait que l'écosystème agricole peut être pollué par des sources naturelles ou anthropogéniques.

Cependant, par comparaison au très grand nombre de mesures effectuées par les laboratoires publics et privés sur les produits de l'agriculture conventionnelle, le faible nombre d'analyses portant sur les aliments issus de l'agriculture biologique limite les conclusions de l'étude comparative.

Pesticides

Le mode de production biologique interdisant le recours aux produits phytosanitaires issus de la chimie de synthèse permet donc d'éliminer les risques qui leur sont associés et concourt à une moindre pollution environnementale. L'ensemble des études disponibles montre que la présence de résidus de pesticides dans les produits biologiques est très inférieure à celle constatée dans les aliments issus de l'agriculture conventionnelle. Le dernier rapport de l'AESA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) sur la présence de résidus de pesticides dans les denrées alimentaires en Europe (EFSA Scientific report 2009) montre un taux de dépassement des LMR (Limite Maximale de Résidus) de 1,24 % pour les produits biologiques contre 4 % pour les produits conventionnels.

Dans des études plus limitées sur des produits issus de l'agriculture française, on note l'absence de résidus de pesticides au dessus des seuils de détection. La présence fortuite de contamination significative des produits biologiques par des pesticides peut s'expliquer par l'historique de la parcelle, des pollutions environnementales, des pollutions technologiques ultérieures accidentelles, voire des mésusages. Il existe aussi des suspicions de contamination pour certains des produits biologiques d'importation, certaines relevant de fraudes. Cette moindre contamination des produits biologiques se traduit par une moindre exposition humaine pour les consommateurs. Des études américaines montrent que chez des enfants consommant des végétaux issus de l'agriculture biologique, les niveaux d'exposition aux composés organo-phosphorés étaient de 6 à 9 fois inférieurs par comparaison avec une alimentation issue de l'agriculture conventionnelle.

Cependant, l'origine naturelle de certains pesticides autorisés en agriculture biologique, tels que les sels de cuivre, le soufre, la roténone, les pyrèthres n'exclut pas pour autant leur toxicité potentielle pour l'Homme, même si leur dégradabilité élevée peut réduire ce risque.

Mycotoxines

Les mycotoxines constituent un sujet de controverse souvent utilisé contre l'agriculture biologique. Ces substances sont produites par des moisissures et peuvent apparaître dans les denrées alimentaires sous l'effet de différents facteurs (humidité, température..) au moment de la récolte et du stockage.

Le mode de production biologique restreint le recours aux traitements fongicides mais privilégie des techniques défavorables à la contamination par les mycotoxines, comme la rotation des cultures, le précédent cultural, le travail du sol, la faiblesse des apports azotés et la non-utilisation de régulateurs de croissance.

Les résultats des analyses de mycotoxines sur des produits biologiques montrent des niveaux de contamination variables avec occasionnellement de fortes contaminations sans que l'on puisse établir une généralisation de ces cas. Il ne semble donc pas y avoir de grandes différences avec les produits issus de l'agriculture conventionnelle.

Nitrates

Les nitrates dans les végétaux ne sont pas des contaminants mais des composés naturels qui s'accumulent dans les plantes sous l'effet de plusieurs facteurs (ensoleillement, température, pluviométrie, irrigation, régime de fertilisation azotée). Le régime de fertilisation azotée et l'ensoleillement sont des facteurs déterminants dans l'accumulation de nitrates dans les végétaux.

L'interdiction de l'emploi des engrais azotés de synthèse (nitrate, ammonitrate, urée) pour la production des légumes en agriculture biologique conduit en général à des teneurs en nitrates globalement plus faibles. Ceci peut s'expliquer par l'utilisation d'engrais et d'amendements organiques (fumiers, composts...). Cependant, pour ces engrais, la biodisponibilité de l'azote peut être supérieure à celle des engrais azotés de synthèse.

Métaux lourds

Les quelques études disponibles ne permettent pas de mettre en évidence une différence de concentration en métaux lourds entre les produits issus de l'agriculture biologique et ceux issus de l'agriculture conventionnelle. Cependant, les restrictions imposées par le cahier des charges (période de conversion des parcelles, interdiction d'épandage des boues de station d'épuration, limitation de l'apport de fertilisants minéraux, limitation plus stricte pour les sels de cuivre) concourent à limiter le risque de contamination des denrées végétales et animales par des métaux lourds.

La plupart des phosphates (phosphates naturels, superphosphates) sont des sources importantes de cadmium que l'on retrouve en particulier dans les céréales, contributeurs importants à l'exposition alimentaire de ce contaminant métallique. La possibilité de contamination des denrées alimentaires par des métaux lourds, d'origine industrielle, ne peut être écartée et concerne aussi bien les productions biologiques que conventionnelles si elles se trouvent à proximité de la source de pollution (en particulier métallur-gies, fabriques de batteries, usines de recyclage...).

Dioxines et autres PTS

L'application des limites en dioxines en 2002 a mis en évidence certains cas de contamination des animaux élevés en libre parcours. La pollution par les PTS (Persistent Toxic Substances) peut se faire de façon directe ou indirecte, à travers le sol et les végétaux, à travers des pollutions environnementales (lorsqu'ils sont proches de sources de contamination) ou issues de pratiques traditionnelles (dépôts de cendres dans les basse-cours). Ces contaminants peuvent ensuite s'accumuler dans les produits animaux (oeufs, lait, viande).

Les animaux en élevage confiné peuvent également être soumis à ce même type de contamination de façon indirecte par l'aliment mais qui sont évidemment soumis aux valeurs limites réglementaires. Ce type de pollution n'est donc pas spécifique d'un mode de production particulier et peut venir de constituants importés. Ainsi, la remise des animaux d'élevage dans l'écosystème naturel doit renforcer l'attention à porter au niveau de la contamination naturelle ou anthropogénique du milieu.

Médicaments vétérinaires

Les pratiques d'élevage en production biologique limitent le recours aux traitements médicamenteux par une gestion sanitaire fondée sur la sélection de races rustiques, une faible densité d'élevage, la rotation des animaux sur les prairies. L'utilisation de médicaments vétérinaires en élevage biologique est encadrée par un cahier des charges strict qui privilégie le recours à des substances à base de plantes et aux traitements homéopathiques. Cependant, l'utilisation de substances à base de plantes est également observée en élevage conventionnel depuis l'interdiction récente d'un certain nombre d'additifs anti-coccidiens de synthèse.

En ce qui concerne les antibiotiques, seuls les traitements curatifs sont autorisés en nombre limité en agriculture biologique ; leur utilisation en tant que facteur de croissance est interdite pour ce mode de production. Le recours aux antibiotiques en agriculture biologique uniquement dans le cadre de traitement curatif peut contribuera réduire la pression de sélection aux antibiotiques.

« Le mode de production biologique interdisant le recours aux produits phytosanitaires (...) concourt à une moindre pollution environnementale. »

Si l'intérêt nutritionnel des aliments issus de l'agriculture biologique n'est pas toujours évident en l'état actuelle des connaissances, leur consommation correspond en général à une diminution de l'exposition à certaines substances chimiques, essentiellement des pesticides. L'intérêt essentiel de l'agriculture biologique réside quand même dans les aspects environnementaux comme indiqué dans le rapport de l'Expertise scientifique collective de l'INRA sur « Agriculture et biodiversité », publié en juillet 2008.

(Par le Pr Jean-François NARBONNE, Professeur de Toxicologie à l'ENSCBP (Ecole Nationale Supérieure de Chimie, de Biologie et de Physique), Université Bordeaux 1. - La Revue de Nutrition Pratique n°24 - DIETECOM - Mars 2010)

SOURCE : DIETECOM 2010

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