La personne obèse

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L'obésité est souvent considérée comme un défaut qu'il faudrait corriger ou rectifier, comme quelque chose de gênant. Mais pour qui est-ce gênant ? Cela ne fait pas beau dans le décor ? Cela coûte cher à l'économie de la santé ? Dans une société où l'apparence, la réussite, la rentabilité sont les maître-mots, l'obésité dérange,... l'individu peut-être aussi.

« La personne obèse » - Crédit photo : dailymail.co.uk De plus, on considère souvent que La personne est devenue obèse par sa faute : elle n’avait qu’à manger moins et se rendre compte de son état à temps ! N’est ce pas pourtant aussi une respon­sabilité collective ? Celle d’une société obésogène ? Alors pour conjurer le sort on propose de taxer les mauvais ali­ments, ceux qui font grossir : les gros en mangeront moins sinon ils les paie­ront. D’ailleurs pourquoi rembourser les médicaments ? C’est au patient de se prendre en charge ! Ainsi de plus en plus la personne obèse se sent obser­vée, critiquée, regardée ; les patients nous disent qu’ils ne supportent plus les messages contre l’obésité (« pour » la prévention) : ils ont l’impression qu’on les dévisage sans arrêt. D’autres nous disent qu’ils n’osent plus manger comme les autres, devant les autres.

Oui l’obésité est une maladie, c’est aussi une maladie sociale : ainsi que l’écrivait 3. Trémolières il y a plus de 25 ans « notre société crée des obèses mais ne les supporte pas ».

L’excès de poids est avant tout un han­dicap, c’est-à-dire une différence et une gêne, souvent mal vécue. Bien sûr d’abord sur le plan physique avec tout le cortège des symptômes engendrés par le surpoids que l’obèse connaît par coeur. Mais il souffre aussi d’une discrimination sociale lors de la recherche d’un emploi par exemple... C’est aussi le parcours du combattant lors des consultations médicales où le patient se sent « agressé » par un grand nombre de confrères qui se croient obligés de rapporter tout symp­tôme ou pathologie aux kilos. Pire, les personnes obèses doivent renoncer à certaines explorations paracliniques et interventions chirurgicales car le matériel et les tables d’examen sont inadaptés à leur corpulence.

Oui le patient obèse mérite autant de considération et de respect qu’un autre ; non il n’est pas plus responsable de sa maladie que le patient diabétique, coronarien ou cancéreux... Notre rôle n’est pas de juger mais d’aider sans distinction. Oui la dimension psychique de la maladie, et psychologique de La relation, sont fondamentales. Oui la médecine de l’obésité existe et doit s’affirmer pour une prise en charge globale de la souffrance vécue et de la spécificité de cette affection.

C’est peut-être un des atouts des séjours thermaux comme celui de Brides que d’accueillir de façon adaptée les personnes en surpoids, de leur redon­ner confiance, de leur permettre de « réapprivoiser » leur corps, de les aider à se réconcilier avec leur nourriture et avec le regard des autres, dans un environnement où elles se sentent acceptées.

(Par le Dr Jean Michel Lecerf, Institut Pasteur de Lille, et le Pr Olivier Ziegler, CHRU de Nancy - La Lettre de la Nutrition des Thermes de Brides-les-Bains N°3 - Mars 2009)

SOURCE : Thermes de Brides-les-Bains

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